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Chronique des matières premières

L’éthanol met le feu au marché des céréales

Dominique Baillard 

		(Photo : RFI)
Dominique Baillard
(Photo : RFI)

«Il faut que les Africains protestent et demandent aux Occidentaux d’arrêter de mettre des céréales dans leur moteur». Commentaire énervé entendu, vendredi 15 juin, à la Bourse du Commerce de Paris où se sont retrouvés tous les opérateurs du marché des céréales, après une semaine de folie sur les marchés à terme. Pour ce courtier qui préfère rester discret, «tout ça, c’est-à-dire le blé au plus haut depuis onze ans à Chicago, le contrat novembre à plus de 180 euros la tonne à Paris, c’est la faute à l’éthanol, une monumentale connerie», d’après lui, un avis qu’il se garde de donner publiquement car la société qui l’emploie a investi dans les biocarburants. Des pics similaires de prix ont déjà été observés, notamment en 2003, après la sécheresse, mais ils ont rapidement disparu des courbes, tandis que la tension actuelle sur les marchés de céréales est faite pour durer, prédisent la plupart des opérateurs présents à la Bourse du Commerce.

D’une part, en raison de la demande croissante en céréales pour nourrir les habitants de la planète, mais aussi en raison du développement des biocarburants qui absorbe une part croissante de la production. La Chine est en passe d’interdire le recours aux graines issues des cultures alimentaires pour la fabrication de l’éthanol. A l’opposé, les Etats-Unis et l’Europe misent sur les céréales pour couvrir leurs besoins en essence verte. Aujourd’hui, les stocks restants, au niveau mondial, correspondent à 45 jours de consommation, un niveau extrêmement faible que le moindre contretemps climatique peut encore affaiblir. Après la défaillance patente de l’Ukraine, une nouvelle sécheresse en Australie où l’on moissonne en novembre serait une véritable catastrophe. «Dans ce schéma de tension persistante sur l’offre, les prix sont devenus anecdotiques», explique un courtier, la vraie question qui se pose pour un importateur est de savoir où trouver des disponibilités. Une vraie question pour les gros acheteurs déclarés comme l’Inde, les pays du Maghreb ou l’Irak.

Sur ce marché survolté, les céréaliers continuent à se plaindre haut et fort de la hausse des intrants ou du coût du fret qui les pénalisent pour se réjouir mezzo vocce des juteux bénéfices engrangés ; l’année dernière, à la même époque, la tonne de blé rendu à Rouen se vendait à 115 euros ; cette année, elle part à 175 euros. Ironie, peut-être provisoire, de l’histoire : les grands perdants de cette folle campagne sont les céréaliers sous contrat avec les fabricants d’éthanol, ils se sont engagés à fournir du blé pendant trois ans sur un prix fixe avoisinant les 100 euros la tonne. 


par Dominique  Baillard

[18/06/2007]

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