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Justice internationale

Vukovar : deux condamnations et un acquittement

Article publié le 28/09/2007 Dernière mise à jour le 28/09/2007 à 00:57 TU

Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPI) a rendu son premier jugement pour les crimes commis après la prise de la ville croate de Vukovar par les forces serbes à l’automne 1991. Deux des trois officiers poursuivis, Veselin Sjlivancanin et Mile Mrksic, ont été condamnés à des peines de 5 et 20 ans d’emprisonnement. Le troisième, Miroslav Radic, a été acquitté.
Le Tribunal pénal international a condamné deux officiers serbes : Veselin Sljivancanin (g) ainsi que Mile Mrksic (d), et acquitté Miroslav Radic (c).(Photo : AFP)
Le Tribunal pénal international a condamné deux officiers serbes : Veselin Sljivancanin (g) ainsi que Mile Mrksic (d), et acquitté Miroslav Radic (c).
(Photo : AFP)

De notre correspondante à La Haye, Stéphanie Maupas

Dans le prétoire du Tribunal international pour l’ex-Yougoslavie, les accusés saluent leur demi-victoire avec force démonstration. Face à eux, dans la galerie du public, les proches des victimes de Vukovar laissent aller amertume et tristesse. Une jeune juriste laisse couler ses larmes. Un journaliste croate affirme qu’ « aucune justice ne sera rendue » pour la mort de son neveu de 17 ans, exécuté dans la nuit du 20 au 21 novembre 1991 sur le site de la ferme d’Ovcara, proche de Vukovar.

Au-delà de la légèreté des peines prononcées, le jugement rendu par les trois magistrats a surpris et choqué. Car si les colonels Sjlivancanin et Mrksic ont bien été reconnus coupables, c’est uniquement pour crimes de guerre. Les trois officiers postés dans le box des accusés ont été acquittés de crimes contre l’humanité, car pour les trois juges, le massacre de 194 personnes évacuées de l’hôpital de Vukovar - alors même qu’un accord entre les autorités croates et les forces serbes, portant notamment sur l’échange de prisonniers, venait d’être conclu - est un crime de guerre.

« Animosité » à l’égard des Croates

Les trois magistrats ont joué sur les nuances. Pour eux, les forces serbes pensaient détenir des membres des forces croates et non des civils. Battus, torturés, ils avaient été laissés aux mains des paramilitaires serbes, alors que le chef de l’opération, Mile Mrksic, s’il n’avait pas de pouvoir sur eux, n’ignorait rien, en revanche, de leur « animosité » à l’égard des Croates. Pour les juges de La Haye, les victimes de l’un des épisodes les plus violents de l’épuration ethnique en ex-Yougoslavie n’étaient pas des civils. Les officiers serbes accusés n’étaient donc passibles que de crimes de guerre. Evacués de l’hôpital, où plusieurs centaines de personnes s’étaient réfugiées au terme de trois mois de siège, sélectionnés puis conduits par autocar jusqu’à la ferme d’Ovacara, les détenus avaient été laissés aux mains des paramilitaires serbes.

Battus, puis exécutés, leurs corps, découverts un an plus tard, avaient été ensevelis dans une fosse commune, creusée pour l’occasion. Le premier jugement rendu par le tribunal international pour les crimes commis à Vukovar, a réveillé une amertume plus profonde. Le procès ne portait que sur l’un des épisodes de la prise militaire de Vukovar par les forces serbes, mais pas sur les milliers de victimes des trois mois de pilonnage de la ville croate.

Accusé, l’ancien président serbe Slobodan Milosevic, est décédé avant la fin de son procès. Quant à Goran Hadzic, alors chef politique des Serbes de Croatie, il figure toujours dans la liste des fugitifs de la juridiction onusienne. Pour les victimes de ceux qui avaient fait de Vukovar une ville fantôme, la justice ne s’est pas encore prononcée.