Chronique Médias

Ce n’était pas arrivé depuis dix ans : le lancement d’un quotidien d’informations générales et politiques en Espagne. Alors, bien sûr, il s’agit d’un quotidien d’aujourd’hui, tout en couleurs, avec 64 pages en moyenne, qui comprend une rédaction bimédia diffusant de l’information autant sur le papier que sur le site.
Le journal se veut d’ailleurs participatif, en se disant ouvert à la critique des lecteurs. Il espère se vendre à 250 000 exemplaires au prix de 50 centimes d’euros, c'est-à-dire moitié prix par rapport à un quotidien comme « El Pais ». Ce n’est pas tout à fait un hasard car « Publico », qui appartient au groupe catalan Mediapro, veut chasser sur les terres du quotidien madrilène, qui appartient lui au puissant groupe Prisa. « Publico » se positionne également comme un journal de centre gauche mais, à la différence d’« El Pais » qui a été fondé, il y a plus de trente ans, il cible tout particulièrement les jeunes générations qui sont parfois arrivées à la lecture d’un quotidien par la presse gratuite et qui veulent aller un peu plus loin.
Dès son lancement, le mercredi 26 septembre 2007, « Publico » est d’ailleurs sorti avec un scoop : le nom du véritable numéro 1 de l’ETA, Javier Lopez Pena, qui serait, selon le quotidien, l’homme qui a coulé la trêve du mouvement terroriste avec l’Etat espagnol. Je dis bien « serait » car sitôt, cette information parue, le ministre de l’Intérieur du gouvernement régional basque, Javier Balza, a exprimé de sérieux doutes sur le scoop de « Publico ». Pour lui, l’idée même d’un chef pour l’ETA colle mal avec l’organisation complexe et composite du mouvement armé. Il s’agit donc, peut-être, d’un raccourci médiatique mais, après tout, c’est un raccourci accrocheur, vendeur, et « Publico » a besoin de s’imposer très vite face à « El Pais » et aux autres quotidiens qui rivalisent de produits cadeaux distribués avec le journal : des DVD mais aussi des plats en céramique, une soupière et même des croissants emballés sous cellophane. « Publico » a aussi son cadeau, en l’occurrence un DVD gratuit, mais il compte surtout attirer le regard par une info un peu plus musclée. De quoi inquiéter le groupe Prisa qui est parallèlement engagé dans un bras de fer avec MediaPro autour de la retransmission du football espagnol.
Outre « Publico », Mediapro est la propriété de la chaîne Sexta et il dispute à Canal+ Sogecable, dont Prisa est actionnaire, les droits de la Ligue de foot professionnelle qui faisait, jusqu’à présent, l’objet d’un savant partage. Et les deux groupes -Prisa et Mediapro- ont beau être tous deux proches de Zapatero, le tacle fait partie de leur culture médiatique.
En partenariat avec l'hebdomadaire Stratégies.
par Amaury de Rochegonde
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