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Soudan

Darfour : le cri d’alarme de Moreno Ocampo

Article publié le 08/12/2007 Dernière mise à jour le 08/12/2007 à 08:08 TU

Dans une interview qu’il a accordée à RFI, le procureur de la Cour pénale internationale Luis Moreno Ocampo affirme qu’il existe une « campagne préparée » contre les populations déplacées du Darfour, et que ces populations déplacées sont victimes d’ « attaques massives » qui visent, selon lui, à provoquer leur élimination. Des propos prononcés alors que le Conseil de sécurité de l'ONU vient de demander au Soudan, vendredi, de respecter ses obligations de coopération avec la CPI.

Luis Moreno Ocampo, le procureur de la Cour pénale internationale.(Photo : AFP)

Luis Moreno Ocampo, le procureur de la Cour pénale internationale.
(Photo : AFP)

Luis Moreno Ocampo est venu à New York rendre compte au Conseil de sécurité de l'ONU de la situation dans le Darfour et des relations de Khartoum avec son institution. Non seulement, explique-t-il, les autorités soudanaises ne font rien pour arrêter Ahmad Harun, l'un des responsables de la violente contre-insurrection qui a eu lieu dans le Darfour en 2003-2004, mais en plus elles sont passées à une nouvelle étape qui se déroule aujourd'hui sous nos yeux : « la pratique systématique d'attaques menées par des agents soudanais contre des civils, en particulier contre les 2,5 millions de déplacés ».

Dans l’interview qu’il a accordée à RFI, le procureur de la Cour pénale internationale insiste sur le caractère systématique des attaques contre les camps et évoque « une campagne très bien préparée » : « Ce n'est pas le chaos. Il ne s'agit pas de combats inter-tribaux. Ces mots sont des écrans de fumée. Quand vous avez le ministre des Affaires humanitaires qui autorise les milices janjawid à encercler les camps, à arrêter les gens, à violer les femmes qui vivent dans les camps, c'est en fait une campagne très bien préparée. »

Interrogé sur l’objectif de telles attaques contre les camps, Luis Moreno Ocampo répond sans détour : « Détruire ces gens ! Parce que pour eux [le gouvernement, ndlr], les rebelles ne sont pas seulement ceux qui portent les armes ; les rebelles ce sont les Zaghawas, les Fours, les Massalits. » 

S’agit-il de génocide ? Le procureur de la CPI laisse pour l’instant la question ouverte : « Nous verrons, nous verrons... C'est une attaque massive contre des civils. Le génocide suppose une intention spéciale. Nous verrons. »

Il décrit en tout cas des camps transformés en pièges dont les déplacés ne peuvent plus sortir : « Il y a 2,5 millions de personnes qu'on a forcées à vivre dans des camps. Leurs villages ont été attaqués, elles ont tout perdu. Et maintenant, elles sont attaquées dans les camps. Or, elles n'ont pas le choix, parce que si elles quittent les camps elles doivent aller dans des territoires hostiles : les endroits dans lesquels elles habitaient avant sont maintenant occupés par de nouveaux venus et cernés de milices janjawid. » 

Par RFI

Ecouter l’interview de Luis Moreno Ocampo :

Luis Moreno Ocampo

Procureur de la Cour pénale internationale

«Il y a deux millions et demi de personnes qu'on a forcées à vivre dans des camps. [...] Et maintenant, elles sont attaquées dans les camps.»

écouter 1 min 13 sec

08/12/2007 par Laurent Correau

Lire le rapport présenté par Luis Moreno Ocampo au Conseil de sécurité de l’ONU : http://www.icc-cpi.int/library/organs/otp/OTP-RP-20071205-UNSC-FRA.pdf