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Europe/Méditerranée

L’appel de Rome pour la Méditerranée

par Valérie Lainé

Article publié le 21/12/2007 Dernière mise à jour le 21/12/2007 à 18:18 TU

Le président français et les chefs de gouvernement espagnol et italien ont lancé jeudi soir, depuis la capitale italienne, un appel à la formation d’une Union pour les pays riverains de cette mer. L’idée, exprimée initialement par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale et réaffirmée au soir de son élection, est donc dorénavant officiellement portée aussi par Romano Prodi et Jose Luis Zapatero. Un sommet réunira à Paris les pays riverains le 13 juillet. Il sera élargi le lendemain à l’ensemble de l’Union européenne des 27.

Le port italien de Messine. L'Union méditerranéenne devrait notamment favoriser le commerce entre les pays riverains de « la grande Bleue ».(Photo : wikimedia)

Le port italien de Messine. L'Union méditerranéenne devrait notamment favoriser le commerce entre les pays riverains de « la grande Bleue ».
(Photo : wikimedia)

L’Union pour la Méditerranée devrait regrouper les pays géographiquement riverains de cette mer auxquels s’ajouterait le Portugal. Elle aurait vocation à impulser des idées, un peu à la manière du G8, à instaurer des coopérations concrètes en mobilisant les sociétés civiles, les entreprises, les collectivités locales, les associations et les organisations non gouvernementales à travers des agences et des organismes aux structures légères. Si les sujets de cette future coopération restent à définir entre participants, on en connaît les grands domaines. L’environnement, le développement durable, la lutte contre le changement climatique, les transports maritimes et aériens, l’immigration, l’enseignement, la formation, la croissance économique ou encore la sécurité… Ce partenariat, fondé sur une démarche de projets, intéressant la vie quotidienne des citoyens s’écarte donc, tout en le complétant, du processus de Barcelone lancé en 1995 et dont tous regrettent aujourd’hui les progrès limités et la réussite mitigée.

Compléter le processus de Barcelone

Le partenariat euro-méditerranéen qui porte le nom de la ville où il fut lancé a pour objectif la définition d’un espace commun de paix et de stabilité, la mise en place d’un partenariat économique et financier et l’instauration progressive d’une zone de libre échange d’ici 2010. Mais douze ans après son démarrage, les avancées sont très lentes du fait de la guerre israélo-palestinienne, d’une certaine lourdeur bureaucratique et d’intérêts insuffisamment partagés entre les deux rives de la Méditerranée. Un déséquilibre que l’on a observé au niveau de représentation choisi par les pays. Durant la première décennie du processus, ceux du Nord n’envoyaient aux réunions communes que des numéros deux ou trois tandis que ceux du Sud déléguaient leurs chefs d’Etat ou de gouvernement. Un ordre qui a basculé en 2005 quand  les dirigeants du Nord, plus intéressés par les questions de lutte contre le terrorisme, se sont davantage déplacés mais peut-être pas pour parler davantage qu’auparavant des sujets au cœur des préoccupations du sud, à savoir le chômage, le commerce ou l’économie.

Un accueil mitigé

Si l’Espagne et l’Italie se sont dans un premier temps méfiées de l’Union pour la Méditerranée, lorsqu’elle était une initiative uniquement française, qui risquait de concurrencer le processus existant à 27, c’est l’Allemagne qui s’est montrée la plus critique. La chancelière a fait part de son scepticisme, voire de son hostilité à l’égard d’une « Union en miniature qui pourrait avoir à terme un effet explosif incroyable, libérer des différences régionales voire entraîner des risques de désintégration de l’Union européenne ». Angela Merkel évoque deux arguments. Celui de la solidarité des initiatives européennes, en vertu de laquelle tout projet doit être avalisé par l’ensemble des 27 partenaires. Car ce qui a lieu en Méditerranée concerne les Européens du Nord et du Sud, tout comme l’avenir de la frontière entre la Russie et l’Ukraine est l’affaire de tous. Celui ensuite de la solidarité financière. La chancelière craint que si les pays riverains de la Méditerranée utilisent des fonds communautaires pour mener leurs actions, d’autres voudront faire de même à l’égard par exemple des pays situés à l’est de l’Union européenne.

Ces réticences exprimées de manière fort peu diplomatique n’ont pas été levées lors de la visite à Paris le 6 décembre de la chancelière à l’issue de sa rencontre avec le président français.  Ces réticences soulignent le risque de cette initiative, si elle est mal conduite à terme, de pousser l’Allemagne vers les pays de l’Europe Centrale et de l’Est, tandis que la France serait davantage attirée par ceux du bord de la Méditerranée. Une façon pour ces deux pays de céder à la tentation de reconstituer des zones d’influence géopolitique en dehors de l’Union européenne et d’asseoir leurs places respectives sur la scène internationale dans le nouveau contexte de la mondialisation.

De leur côté, les pays de la rive sud se sont jusqu’ici montrés prudents. Si elle n’émet pas de réserve, l’Algérie, où Nicolas Sarkozy s’est rendu en visite d’Etat début décembre, souhaite donner à ce projet un contenu plus concret. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, lors d’une visite à Bruxelles le 6 décembre,  a émis des doutes sur le financement du projet, son approbation par l’ensemble des 27 et sa mise en œuvre en l’absence de règlement du conflit au Proche-Orient. Enfin le président de la République turque a précisé que cette initiative ne devait pas servir de substitut à une adhésion de son pays  à l’Union européenne, alors que le président français ne cache justement pas son souhait de voir ce pays seulement associé à l’UE. Dans leur appel de Rome, les trois dirigeants français, espagnol et italien ont bien précisé que l’Union qu’ils appellent de leurs vœux ne devrait pas interférer avec le processus d’adhésion de la Turquie.