Chronique armée-défense

De la difficulté à mettre en route « l’Europe de la défense ». Ce lundi, à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne doivent approuver officiellement l’envoi d’une force européenne au Tchad et en Centrafrique. Mais cela n’aura pas été sans que la France en paie le prix fort ! Et Nicolas Sarkozy, qui ne cache pas qu’il veut profiter de « sa »présidence française de l’Europe, à partir du 1er juillet prochain, pour relancer une coopération militaire qui marque le pas, pourra méditer l’exemple de l’Eufor-Tchad-RCA.
Il aura fallu en effet presque six mois, depuis la formulation de l’idée - sécuriser les camps de déplacés et réfugiés proches de la frontière avec un Darfour en guerre civile - pour arriver à un début de réalisation : les premières unités ne seront pas sur le terrain avant une quinzaine de jours et la force n’aura pas sa pleine capacité opérationnelle, sans doute, avant la mi-mars, si ce n’est plus tard !
L’entreprise -menée en parallèle avec le montage, également laborieux, de la force dite « hybride » Onu-Union africaine au Darfour même- a buté sur une série de difficultés. Et peut-être d’abord sur le rôle de la France elle-même, qui a été moteur, au départ, lorsque Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères, plaidait en faveur de « couloirs humanitaires ». Mais qui, alors qu’elle souhaitait une action clairement « européenne », a dû s’engager à fournir une bonne part du « carburant », ensuite, c’est à dire les effectifs, soit la moitié des 3700 hommes requis, plus le commandement de terrain assuré à Abeché par le général Ganascia, plus l’hébergement, près de Paris, de l’état-major international du général irlandais Pat Nash.
Une participation importante sans laquelle, sans doute, les treize autres nations participantes, avec notamment 400 soldats irlandais et 400 Polonais, n’auraient pas sauté le pas. Le continent africain leur est inconnu, alors que la France, avec son réseau de bases en Afrique, son habitude des interventions, et sa présence au Tchad depuis plus de 20 ans au titre du dispositif Epervier, dispose d’un incontestable savoir-faire.
Cette « double appartenance », la France, partenaire « stratégique » des régimes tchadiens et centrafricains et acteur majeur d’une opération multinationale dans les mêmes pays, a été aussi un frein. Même si les responsables français ne cessent de répéter qu’il s’agit de deux actions très différentes, cette « double casquette » explique pourquoi certains pays européens, notamment l’Allemagne, ne se sont pas engagés dans l’opération actuelle, alors qu’ils avaient été en pointe l’an dernier dans le cadre de l’Eufor-RD Congo (dont l’Allemagne avait même assuré pour la 1re fois le commandement). Elle explique aussi pourquoi les groupes rebelles tchadiens et centrafricains peuvent faire mine de croire que cette opération européenne, - qui risque de déranger leurs petites activités - devienne un paravent « humanitaire » pour le soutien militaire français aux présidents Deby et Bozizé.
Un contexte politique d’autant plus délicat que, pour combler les trous et assurer le départ effectif de l’opération, Paris a dû s’impliquer encore davantage, proposant non plus la moitié, mais jusqu’à 60 % des effectifs, acceptant de mettre à disposition les hélicoptères et avions manquants, de devenir la « nation-cadre » de l’opération sur le plan logistique et de payer l’essentiel de la note !
par Philippe Leymarie
[27/01/2008]
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