Chronique des matières premières

Le mil distribué récemment au Niger par le Programme alimentaire mondial a été récolté au Burkina Faso. Les haricots distribués dans la région des Grands lacs proviennent d'Ouganda. Avec la hausse du pétrole, du fret et bien sûr des produits agricoles, le PAM a une raison supplémentaire de privilégier les produits locaux aux importations : ils sont beaucoup plus compétitifs. Cette pratique a été introduite par l’agence des Nations unies dans les années 90 quand les donateurs ont commencé à délaisser les dons en nature au profit des dons en argent.
Le système a de multiples vertus : les habitudes alimentaires des bénéficiaires sont respectées, l'agriculture est encouragée et enfin cela permet d’intervenir beaucoup plus rapidement en situation d’urgence, sans attendre l'arrivée de bateaux qui mettent des semaines pour livrer les denrées qui manquent cruellement. Avec l'inflation des matières premières, ce type d'achat a augmenté en valeur comme en volume. 80% des approvisionnements effectués grâce aux dons ont été réalisés dans les pays en développement. Le PAM a acheminé du maïs en provenance du Malawi et de Zambie pour répondre à la détresse alimentaire des habitants du Zimbabwe, ou encore du sorgho au Cameroun pour le Tchad.
Pour éviter de rompre un équilibre alimentaire déjà précaire, l’agence prend soin d’effectuer ces achats de préférence au moment des récoltes dans les pays qui dégagent des excédents. L’aide alimentaire des Nations unies, souvent perçue comme variable d’ajustement des surplus dégagés par les grands pays agricoles, est en train de se transformer en outil de développement. Pour que la mue soit complète, les dons en nature essentiellement fournis par les Etats-Unis doivent se transformer en don en argent frais. Le chemin est encore long. Le président George Bush a demandé que cette nouvelle orientation soit inscrite dans la Farm Bill actuellement en discussion. Mais le Congrès fait la sourde oreille. Le Charity Business, généré par les trois millions de tonnes de céréales envoyées chaque année à ceux qui ont faim, aurait trop à y perdre.
par Dominique Baillard
[11/02/2008]
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