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Chronique des matières premières

Le phosphate, un engrais trop cher ?

Dominique Baillard 

		(Photo : RFI)
Dominique Baillard
(Photo : RFI)

En l’espace de quelques semaines le prix du DAP, l’engrais à base de phosphate le plus courant, a quasiment doublé par rapport à l’année dernière, quadruplé par rapport à 2006. Il faut maintenant compter sur un prix moyen de l’ordre de 800 dollars la tonne au départ du pays producteur contre 200 dollars il y a deux ans. La faute aux autres matières premières, s’excuseraient presque les fournisseurs, selon l’expert Ken Nyiri qui brossait un tableau de la situation lors des journées du phosphate organisées à Paris (1). Avec un baril de pétrole à 100 dollars,  l’acide sulfurique et l’ammoniaque nécessaires à la production des engrais à partir du minerai de phosphate ont vu leur prix bondir, d’où le surenchérissement des coûts, ont-ils expliqué en janvier.

En février, la Chine, passée du statut d’importateur à celui d’exportateur au cours des dernières années, a ajouté son grain de sel en relevant ses taxes à l’exportation de 20 à 35% sur les produits phosphatés jusqu’à l’automne prochain pour protéger son marché intérieur. Des évènements qui font bouillir un marché déjà fort tendu par la demande agricole. Les stocks de céréales au plus bas, l’engouement pour les biocarburants donnent des perspectives radieuses au marché du phosphate. Du moins tant que la production est concentrée comme c’est le cas aujourd’hui.

Maroc en tête, une poignée de pays et de compagnies représentent les trois quarts de l’approvisionnement. Au moment où la rareté du minerai de qualité commence à devenir un sujet de préoccupation, ils ont le loisir de fixer les prix. Comme pour toutes les matières premières, les prix élevés attirant de nouveaux joueurs, les maîtres actuels entendent bien profiter tant que possible de leur position dominante. A moins que la demande ne s’effondre plus vite que l’offre ne s’étoffe, car au prix actuel du phosphate, beaucoup d’agriculteurs n’ont plus les moyens de fertiliser leurs terres. Au Pakistan, par exemple, où le prix du sac de 50 kilos de DAP a plus que doublé. Les paysans ont déjà divisé leur consommation par deux. Un coup dur pour un pays dont l'agriculture constitue encore le quart de la richesse nationale.

(1) conférence organisée par British Sulphur Consultants.


par Dominique  Baillard

[19/02/2008]

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