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Madagascar

Le grenier à riz malgache inondé par le cyclone Ivan

par Grégoire Pourtier

Article publié le 02/03/2008 Dernière mise à jour le 03/03/2008 à 10:37 TU

Avec 83 morts, 177 disparus mais aussi plus de 187 000 sans abris, le bilan humain du passage de Ivan est l’un des plus lourds de ces dernières années à Madagascar, régulièrement victime des cyclones. Et au-delà de ces chiffres, on craint pour l’économie du pays : des kilomètres de route sont cassés et 133 000 hectares de cultures sont inondés, dont 15 000 hectares de rizières dans l’Alaotra Mangoro, véritable grenier à riz malgache.

La région du lac Aloatra, grenier à riz de Madagascar.(Carte : C. Wissing / RFI)

La région du lac Aloatra, grenier à riz de Madagascar.
(Carte : C. Wissing / RFI)

Ivan l’ayant frappé la première, et de plein fouet, la petite île de Sainte-Marie restera comme la victime la plus spectaculaire d’un cyclone dont la violence a rappelé Katrina, qui avait détruit la Nouvelle-Orléans en 2005. Mais c’est bien plus de la moitié de Madagascar qui a été touché, soit directement par des vents ayant atteint les 230 km/h, soit par la pluie, qui est tombée quasiment sans interruption du 17 au 21 février dernier.

Ainsi, située à mi-chemin entre la capitale Antananarivo, sur les Hauts Plateaux, et Sainte-Marie, sur la côte est, la région de l’Aloatra Mangoro continue d’en subir les conséquences dramatiques, quinze jours après l’intempérie. Et c’est tout le pays qui retient son souffle en attendant de voir comment les rizières auront supporté le choc. Fournissant 30% de la production du pays, alors que Madagascar dispute au Vietnam le titre de plus grand consommateur de riz du monde, la zone qui entoure le lac Alaotra est des plus stratégiques économiquement.

Vue aérienne du lac Aloatra et des ses alentours.(Photo : G. Pourtier / RFI)

Vue aérienne du lac Aloatra et des ses alentours.
(Photo : G. Pourtier / RFI)

15 000 hectares de rizières ont été inondés, et il est encore trop tôt pour prédire le rendement qu’elles pourront avoir cette année. Si l’eau stagne trop longtemps, si les terrains sont ensablés ou si les plants ont été arrachés, alors c’est tout le marché national qui pourrait être déstabilisé. On accuse le réchauffement climatique, mais David Robinson refuse la fatalité et trouve des explications locales à l’ampleur du désastre : « Ca vient en grande partie de l’action de l’homme, ce sont les effets de la destruction de notre environnement », dénonce le chef de région. La déforestation favorise l’érosion et la terre est donc charriée vers le lac. Sa profondeur a ainsi diminué et la moindre pluie provoque des inondations sur les berges. Alors quand il pleut plusieurs jours durant…

« Des allures de cataclysme »

Dans quelques villages où stagnent plusieurs dizaines de centimètres d’eau, on doit donc se déplacer en pirogue. Tels des taxis, les pêcheurs vendent les services de leurs bateaux pour des courses entre le hangar, où sont distribués les kits de première nécessité (couvertures, seaux, savons, moustiquaires, poudre pour assainir l’eau) et les maisons les plus isolées. Un calme déroutant règne malgré tout. « C’est comme ça presque tous les ans… Enfin, cette année, c’est quand même assez grave », soupire Fleur, une épicière de Anororo, où le lac s’est littéralement invité dans toutes les rues.

Un peu plus au nord, sur la route principale, la petite ville de Tanambe a, elle, été surprise. De mémoire d’habitant, la localité n’avait pas été submergée depuis 1984. Mais la rupture d’une digue, à l’usure, a eu raison d’une partie des habitations récemment construites en périphérie. « On pensait que ça n’arriverait plus et qu’on pouvait s’installer là », témoigne un vieux monsieur en regardant les ruines de sa maison.

A Anororo, les rizières sont inondées, les rues du village aussi.(Photo : G. Pourtier / RFI)

A Anororo, les rizières sont inondées, les rues du village aussi.
(Photo : G. Pourtier / RFI)

L’école du coin est, elle, toujours debout mais inutilisable. Des murs sont enfoncés, et la toiture tient miraculeusement. Un cahier en lambeau traîne devant. Immédiatement, l’Unicef a fourni une tente pour que les élèves puissent continuer d’étudier, surtout ceux qui ont des examens en vue du passage dans le secondaire. Et déjà, des parents se sont réunis pour remonter au plus vite une structure capable d’accueillir leurs 150 enfants. « On se donne la main, chacun apporte ce qu’il peut, quelques briques, du bois… On rebâtit nous-mêmes un bâtiment provisoire en attendant des aides. »

Au niveau national, le gouvernement malgache a plus généralement lancé un appel à la solidarité internationale. Pendant quelques jours, il a cru pouvoir faire face seul. Le Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC) n’avait-il pas engagé une intense campagne de sensibilisation, pré-positionné de la nourriture et du matériel, et même fait, en novembre, une simulation grandeur nature, précisément dans la région frappée par Ivan ? Cela n’a pas été suffisant.

Après plusieurs jours d’attente, le temps pour les informations de remonter vers la capitale, il a fallu se rendre à l’évidence. Madagascar ne peut pas assumer seul le passage d’Ivan. Dans l’Alaotra Mangoro comme ailleurs, la catastrophe dépasse les bilans initiaux. «On avait eu une requête d’appui pour 10 000 personnes dans toute la région, on les a trouvé dans le seul district ! », constate Bodo Razafindratsita, de l’Unicef, pour illustrer l’ampleur des dégâts. Sans compter que la saison cyclonique ne s’achève que mi-avril, et qu’il faut donc se préparer au pire. « Ici, plus besoin de cyclone… une petite pluie sur le lac pourrait avoir des allures de cataclysme. »

Les rizières inondées d'Anaroro.
(Photo : G. Pourtier / RFI)

Les rizières inondées d'Anaroro.
(Photo : G. Pourtier / RFI)

A écouter

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