publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Annonce Goooogle
Annonce Goooogle

Ouzbékistan

L’islam entre répression et encadrement

Article publié le 19/05/2008 Dernière mise à jour le 19/05/2008 à 17:36 TU

L'ancienne république soviétique d'Asie centrale est connue pour sa sévère répression contre ceux soupçonnés de flirter avec l'islamisme. Mais la dictature ouzbèke tente aussi d'encadrer l'islam, notamment depuis le massacre d'Andijan, le 13 mai 2005.

Une jeune femme portant le hidjab au marché de Chorsu à Tachkent.( Photo : RFI )

Une jeune femme portant le hidjab au marché de Chorsu à Tachkent.
( Photo : RFI )

De notre envoyé spécial à Tachkent et Samarcande,

Dans les rues de Tachkent, de plus en plus nombreuses sont les jeunes filles à porter le hidjab, souvent à rayures, où l’orange vif le dispute au rose et au mauve. Y compris sur Amir Timour (Tamerlan), la grande artère de la capitale de la république d'Asie centrale, qui a gardé un fort laïcisme de son passé soviétique. « On n'en voyait pas autant il y a deux trois ans encore », observe Komila, étudiante rencontrée devant une boutique de mode de la grande avenue, portant, elle, jeans et tee-shirt sexy.

C'est que depuis ce qu'on appelle en Ouzbékistan la « tragédie d'Andijan », du 13 mai 2005, le pouvoir a accentué sa politique d'encadrement de l'islam. Il veut à la fois encourager le développement d'une certaine version de l'islam tout en le contrôlant sévèrement. L'heure n'est plus au tout répressif. A l'image de ce qu'il avait fait dans les années 1990, lorsqu'il encourageait un soufisme d'Etat, réhabilitant une authentique tradition religieuse ouzbèke tout en la reconstruisant à sa manière.

Mystérieux « terroristes »

Voilà trois ans qu'à Andijan, dans la turbulente vallée du Ferghana, le régime du président Karimov réprimait  une rebellion dans le sang. Le bilan officiel sera de 187 victimes, des « islamistes » affirmera-t-il aussitôt, tandis que des ONG internationales et locales parleront de 500 à 1 000 morts, innocents pour la plupart. Il est aujourd'hui admis de tous que des hommes en armes ont utilisé cette situation pour des motifs politiques. Mais longtemps Tachkent a nié que les manifestations qui ont précédé le 13 mai avaient pour but, avant d'être manipulées par ces mystérieux « terroristes », de défendre des hommes d'affaires d'un mouvement de solidarité musulman, Akromia, né de la nécessité de se protéger de la corruption qui règne dans ce pays pauvre d'Asie centrale.

Un vendredi de grande prière, devant la porte de la nouvelle mosquée de Tachkent, Hazrati imom.( Photo : RFI )

Un vendredi de grande prière, devant la porte de la nouvelle mosquée de Tachkent, Hazrati imom.
( Photo : RFI )

La répression qui a suivi « Andijan » a été féroce, voire aveugle comme à l'accoutumée. Mais paralèllement, le pouvoir ouzbek a relancé sa politique d'encadrement de l'islam. Derrière le bazar de Chorsu, dans le vieux Tachkent, la nouvelle mosquée Hazrati imom, construite en six mois en 2007, fait l'admiration d'un groupe d'hommes âgés venus de Samarcande. Les amis se prennent en photos devant les édifices aux mosaïques bleues. « C'est moins beau qu'à Samarcande », commente Alisher, avant de louer le fait que le gouvernement « prend soin des musulmans. »

La massive porte d'entrée, en bois sculpté, est bien gardée par des policiers. Les hommes en uniforme vert rôdent autour du complexe religieux, comprenant aussi une madrassa et un institut d'études islamiques. Le vendredi, les fidèles se pressent dans l'immense mosquée, de 5 000 places, avec ses deux minarets hauts de 52 mètres. Rares sont ceux à porter la barbe. Chacun sait que les services secrets en font un motif de soupçon d'appartenance à des mouvements radicaux.

La littérature religieuse en vente à la sortie des mosquées fait évidemment l'objet d'un contrôle sévère. La population se presse sur les stands qui vendent brochures, livres et imagerie. La réislamisation de la société ouzbèke est patente. « Le pouvoir semble en avoir pris conscience et veut à présent accompagner et encadrer ce mouvement », commente un diplomate européen, à Tachkent.

Répression disproportionnée

A Samarcande, le pouvoir ouzbek tente avec fierté de valoriser autant que faire se peut le merveilleux héritage de Tamerlan, descendant de Gengis Khan, promu quasi père fondateur de la nation. Mais l'essentiel des monuments sont religieux. « C'est pourquoi le pouvoir tente, tout en en faisant de ces édifices des lieux à vocation touristique, de les couper de la ville », estime un Samarcandais qui déplore la destruction de quartiers autour de certains monuments, historiquement imbriqués dans la ville.

C'est peut-être aussi pour ce motif, outre des raisons sanitaires, que le marché qui s'étendait en bas du complexe de mausolées de Shah-i-Zinda vient d'être détruit et relocalisé un plus à l'extérieur de la ville. Des pélerinages s'y déroulent chaque année, mais la population samarcandaise s'en trouve de facto à l'écart à présent.

« On ne peut pas reprocher à l'Ouzbékistan de vouloir encadrer l'islam, nous aussi nous le faisons en Europe », déclare un diplomate occidental. Ce qui ne justifie pas la répression brutale dont le régime ouzbek fait couramment usage. Une répression disproportionnée en grande partie à l'origine de la radicalisation d'une partie de la population.

Le pouvoir est toujours sur les dents à propos de la question religieuse. Pour ne pas paraître trop libéral en la matière, il harcèle actuellement les étudiantes qui portent le hidjab. « C'est probablement moins pour les dissuader de le porter que pour rappeler qu'il veille au grain », estime un spécialiste de l'islam ouzbek.