par Myriam Berber
Article publié le 22/05/2008 Dernière mise à jour le 23/05/2008 à 10:54 TU

Les principaux leaders syndicaux français en tête du cortège de la manifestation contre la réfome des retraites.
(Photo : Reuters)
Face à la réforme des retraites, les syndicats ont affiché leur unité. Côte à côte, les présidents et secrétaires généraux de la CGT, la CFDT, la CFTC, FO, FSU, CFE-CGC, UNSA et de la FSU Solidaires ont défilé, ce jeudi 22 mai 2008, dans les rues de Paris avec pour mot d’ordre central « la défense de la retraite solidaire ». Les cinq confédérations de retraités et la Fédération générale des retraités de la Fonction publique ont également appelé à se joindre au défilé parisien et aux manifestations organisées à Marseille, Lyon, Rouen ou Nantes.
La journée d'action a également été marquée par des appels à la grève, notamment dans les transports, où les perturbations ont surtout affecté les réseaux des villes de province, comme à Marseille ou Strasbourg. En région parisienne, les bus et métros ont fonctionné normalement. A la SNCF où le service minimum a été mis en œuvre pour la deuxième fois au plan national, les perturbations étaient limitées avec un train sur deux et deux TGV sur trois. Des perturbations ont également affecté les hôpitaux, les bureaux de postes, les centres des impôts, les Douanes, à France Télécom ou bien encore dans les écoles et collèges. Certains établissements ont même refusé d’accueillir des élèves. Dix-neuf organisations d’enseignants, de lycéens et de parents d’élèves appellent d’autre part à une journée d’action le samedi 24 mai.
Favoriser l’emploi des seniors
L’ensemble des syndicats s’opposent au passage de 40 à 41 ans de cotisation d’ici à 2012 à raison d’un trimestre par an, pour obtenir une retraite à taux plein, un point déjà négocié dans la loi Fillon de 2003. La CGT et Force ouvrière s’opposent au principe même de la réforme. En revanche, la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC y sont favorables, mais ils estiment aujourd'hui que les conditions ne sont pas réunies pour l'entrée en application de la réforme. Ils demandent notamment une amélioration du taux d’emploi des seniors, qui reste un des plus faibles parmi les pays européens avec 38,3% des 55-64 ans contre 42,5% pour l’ensemble de l’Union européenne. Augmenter l’emploi des seniors auraient au moins deux avantages : augmenter leur pension et remplir les caisses de retraites. Ces divergences profondes expliquent pourquoi il n’y a pas eu de mot d’ordre central contre l’allongement de la durée de cotisation à 41 ans.
Conformément aux promesses de Nicolas Sarkozy, le projet du ministre du Travail, Xavier Bertrand, propose plusieurs mesures pour inciter les seniors à travailler. Ainsi, le gouvernement veut relever la surcote (pension majorée de 5% par année de cotisation supplémentaire dans la limite de 15%), supprimer les limites au cumul emploi-retraite et les mises en retraite d’office. Le minimum vieillesse sera revalorisé de 25% en cinq ans et la pension de réversion de 54% à 60% d’ici à 2011. L’âge plancher de dispense de recherche d’emplois pour les chômeurs (57 ans et demi actuellement) sera relevé de six mois par an jusqu’au passage à la retraite.
L’âge de la retraite en fonction de la pénibilité
La prise en compte de la pénibilité, l’un des sujets abordés lors de la réforme de 2003, est également au cœur des revendications des syndicats qui demandent que l’on en tienne compte pour l’allongement de la durée de cotisation, compte tenu de l’espérance de vie. Depuis quatre ans, syndicats et patronat se rencontrent régulièrement sans parvenir à un accord notamment sur les critères de pénibilité.
Les besoins en financement du système de retraite sont évalués à près de 25 milliards d’euros à l’horizon 2020. Et dans ce cadre, les syndicats dénoncent également le manque d’ambition de cette réforme. Pour la présidente de la Caisse nationale d'assurance-vieillesse (Cnav), Danièle Karniewicz, de la CFE-CGC, le problème du projet actuel est qu’il fait reposer tous les efforts sur les salariés : « Le problème, il faut le régler par des financements supplémentaires, des assiettes différentes, des cotisations sur les profits ou les plus-values. Il faut également responsabiliser les employeurs qui ne pourront pas toujours s'en sortir en disant qu'il faut repousser l'âge de la retraite ».
Relever l’âge légal de la retraite, c’est pourtant l’une des revendications de la présidente du Medef. La semaine dernière, Laurence Parisot est revenue sur la question en expliquant que le système ne serait équilibré que si l’on repoussait à 63 ans et demi l’âge minimal de départ. Mais les syndicats y sont tous opposés. D’autres solutions existent. En attendant que davantage de seniors travaillent, la CFDT, FO et la CGT demandent 0,5% de cotisation retraite supplémentaire pour les entreprises. Ils demandent, eux aussi, un élargissement de la cotisation, en taxant par exemple l’intéressement, la participation ou les stock-options.
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