Article publié le 02/07/2008 Dernière mise à jour le 02/07/2008 à 07:16 TU
De notre correspondant régional, Camille Magnard
C'était une fenêtre inespérée ouverte sur l'extérieur, là où la mise au pas médiatique n'avait pas encore frappé. Refuge des partis d'opposition, des militants des droits de l'homme, et des infatigables organisateurs de manifestations réprimées par la force dans les rues de Minsk, l'internet biélorusse ressemblait bien à une bulle de liberté.
Par une nouvelle loi sur les médias, votée samedi par la Chambre haute du Parlement biélorusse et que devrait dans les prochains jours promulguer le président lui-même, le régime autoritaire enfonce le clou : désormais, aucun média, qu'il soit de presse écrite, audiovisuelle ou, grande nouveauté, multimédia, ne pourra exercer sans être passé sous les fourches caudines de la censure officielle.
Enregistrement obligatoire
Déjà, quelques mois après sa réélection unanimement considérée comme frauduleuse par la communauté internationale en 2006, Alexandre Loukachenko avait institué le principe d'un enregistrement obligatoire des médias traditionnels auprès du gouvernement. Dotant le pouvoir et le KGB de nouveaux moyens d'empêcher ces médias d'exister, la nouvelle loi annonce un grand ménage dans les kiosques, sur les ondes mais aussi sur la toile biélorusse dans les prochains mois. « Avant, la répression contre les journalistes existait, mais en dehors des lois, commente Mikola Markevitch, correspondant biélorusse de la radio polonaise Razzia. Aujourd'hui, la répression peut prendre appui sur un cadre législatif ».
Razzia fait partie de ces radios qui, faute de pouvoir travailler librement à l'intérieur du pays, émettent depuis la Pologne voisine, et tentent de rejoindre les auditeurs biélorusses par la voie des ondes ou à travers leur site internet. Comme d'autres, la station a fait l'objet d'incessantes attaques ces derniers mois, dans une Biélorussie qui s'enfonce de plus en plus dans l'isolement diplomatique et la radicalisation autoritaire.
Mykola Markevitch, correspondant de l'intérieur pour un média étranger considéré comme gênant, se sait particulièrement visé par la nouvelle loi : « Maintenant, le fait de travailler sans accréditation comme je le fais va devenir carrément illégal, constate le journaliste. Cette loi va nous rendre la vie plus difficile, il va falloir avoir recours à des pseudonymes, mais quoi qu'il arrive, la presse libre continuera d'exister en Biélorussie ». Un discours combattif qui tranche avec la résignation ambiante dans le milieu. Pour l'association des journalistes biélorusses, la loi votée samedi est « un coup terrible porté aux médias indépendants qu'elle condamne à la disparition ».
Le web en ligne de mire
« Le pire, c'est que les autorités ont décidé de s'attaquer aussi au web », confirme Mykola Markevitch. Jusque-là épargnée, la toile est désormais au même régime que le reste des médias : tout site qui ne demanderait pas son accréditation officielle, ou se la verrait refuser, pourrait selon la loi être purement et simplement bloqué. Plusieurs sites considérés comme d'opposition ont d'ores et déjà annoncé qu'ils renonceraient à se faire accréditer, sachant très bien qu'ils ne passeront pas au travers des mailles du filet.
Comme la presse écrite et audiovisuelle, « les médias web vont être de fait placés sous le contrôle du gouvernement », résume le journaliste de Radio Razzia. La nouvelle loi sur les médias concrétise donc le vieux souhait exprimé par le président Loukachenko en août 2007, de « mettre fin à l'anarchie » qui règne sur le web, et d'empêcher qu'internet ne devienne « un égout à informations ».
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