par Oihana Gabriel
Article publié le 18/07/2008 Dernière mise à jour le 18/07/2008 à 19:59 TU
Silvio Berlusconi en avait fait une de ses priorités : mettre fin à la crise des déchets à Naples. Depuis quatorze ans, les ordures s’amoncelaient sur les routes et dans la ville, créant des odeurs pestilentielles et des risques d’épidémie. Avec des moyens inédits et l’aide militaire, Silvio Berlusconi a réussi à lancer une opération de grand nettoyage, même s’il reste encore des problèmes à régler. Si dans le centre de Naples la situation s’est améliorée, dans les banlieues, notamment à l’est, les ordures jonchent encore les rues. Le gouvernement s’est donné trois ans pour régler ce problème sur le long terme.
Naples, enfin débarrassée de ses immondices ? C’est en tout cas ce qu’affirmait hier le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi : « la situation d’urgence des déchets est terminée et il n’y a plus d’ordures dans les rues. »
Cet après-midi, le Conseil des ministres se réunissait exceptionnellement à Naples. Et Silvio Berlusconi devait y proclamer la fin de la crise des déchets. Tout en restant prudent : il faudra trois ans pour trouver une solution durable au problème des déchets.
La manière forte
Silvio Berlusconi, revenu au pouvoir le 14 avril, avait fait de cette crise une priorité de son mandat. Le 21 mai, lors de son premier Conseil des ministres, Silvio Berlusconi avait nommé Guido Bartolaso secrétaire d’Etat préposé à l’urgence sanitaire. Le chef du gouvernement avait par ailleurs annoncé l’ouverture d’une dizaine de décharges dans la région. Pour lancer cette opération propreté, Silvio Berlusconi a opté pour les grands moyens : il a retiré tout pouvoir de veto aux élus locaux. Et n’a pas hésité à faire appel à l’armée. Des soldats ont ainsi dégagé les rues et ont empêché les Napolitains de bloquer les décharges. Un blocage courant, désormais passible de cinq ans de prison.
Professeur à l'université de Rome, spécialiste de l'aménagement du territoire
« La méthode Berlusconi a été celle de négocier directement avec beaucoup d'acteurs territoriaux. »
Pour le moment, deux décharges ont été ouvertes. Et aujourd’hui, huit décharges illégales ou contenant des déchets toxiques, qui étaient sous le contrôle d’un des plus puissants clans mafieux, ont été placées sous séquestre.
Une crise vieille de quatorze ans
Cela fait quatorze ans que cette ville du sud de l’Italie était en « état d’urgence déchets ». En cause, la pénurie de décharges publiques et leur saturation mais aussi la résistance des riverains qui refusent l’ouverture de nouvelles décharges ainsi que la construction d’un incinérateur à Naples prévu depuis deux ans. Une situation compliquée par l’implication de la Camorra, la mafia napolitaine, dans la collecte, le stockage et la destruction des ordures, activités très lucratives. La Camorra n’a donc rien à gagner à une normalisation de la situation.
Des avancées mais la crise n’est pas terminée
La puanteur a disparu, 35 000 tonnes d’ordures ménagères ont été retirées des rues, les routes ne sont plus des décharges à ciel ouvert. Pour Roberto Della Seta, sénateur du Parti démocrate et membre de la commission parlementaire pour l’environnement, « de nombreux pas en avant ont été faits au cours de ces derniers mois, mais il y a encore des milliers et des milliers de tonnes d’ordures dispersées dans la région. »
Certes, le centre de Naples et les quartiers du nord de la ville ont été nettoyés mais dans les banlieues lointaines, dans l’est notamment, la chasse aux ordures n’est pas achevée. La journaliste italienne Tulia Notarvatolo, estime que « les rues centrales, les beaux quartiers de la ville sont propres […], mais par contre dans les banlieues, la situation est même pire parce qu’il y a des luttes entre la population et les soldats. »
Professeur à l'université de Rome, spécialiste de l'aménagement du territoire
« On ne peut pas dire que la région Campanie a totalement résolu le problème. »
La Commission européenne avait décidé, en mai dernier, de poursuivre l’Italie devant la Cour européenne de justice au titre d’infraction contre l’environnement et contre la santé des consommateurs. Une procédure que la Commission refuse d’annuler avant que des solutions pérennes ne soient envisagées. Le gouvernement italien s’est donné trois ans pour augmenter le nombre de décharges et pour construire quatre incinérateurs.
A lire