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Etats-Unis

Esclavage : un premier mea culpa fédéral

par Olivier Lambert

Article publié le 30/07/2008 Dernière mise à jour le 30/07/2008 à 17:16 TU

Cent-quarante ans après l'abolition de l'esclavage, la Chambre des représentants a demandé pardon, hier mardi, aux Noirs américains pour les violences et la ségrégation raciales. C’est une grande première dans l'histoire des Etats-Unis.

A Oklahoma City en 1939, un jeune homme boit à la fontaine de la gare routière, réservée aux gens de couleur. Les lois Jim Crow invitaient à la ségrégation raciale.(Source: Wilkipédia)

A Oklahoma City en 1939, un jeune homme boit à la fontaine de la gare routière, réservée aux gens de couleur. Les lois Jim Crow invitaient à la ségrégation raciale.
(Source: Wilkipédia)

« Au nom des citoyens des Etats-Unis, la Chambre des représentants présente ses excuses aux Africains-Américains pour les erreurs commises contre eux et à leurs ancêtres qui ont souffert de l’esclavage et des lois Jim Crow, invitant à la ségrégation raciale. » En lançant ce message, du haut de la tribune de la Chambre des représentants, l’une des deux entités du Congrès américain avec le Sénat, le démocrate Steve Cohen marque une nouvelle étape dans l’histoire des Etats-Unis d’Amérique.

Jamais jusqu’à présent, le corps fédéral américain n’avait présenté d’excuses pour les 250 années de discriminations et de violences contre les Noirs américains, jugées par la Chambre comme « fondamentalement injustes, cruelles, brutales et inhumaines ». Toujours, une telle demande avait été repoussée, les instances américaines craignant de devoir réparer les crimes, en sus de s’en excuser.

Seuls quelques Etats avaient indépendamment pris la décision de s’excuser. La Virginie avait ouvert le bal en 2007, rapidement suivie par plusieurs Etats du Sud, tels que le Maryland, la Caroline du Nord ou l’Alabama. Steve Cohen a reconnu que ces états avaient une « plus grande autorité morale que le Congrès lui-même ».

Steve Cohen, élu de Memphis, dans le Tennessee, est l’un des seuls législateurs blancs de la Chambre à parler au nom d’une  zone majoritairement noire. En février 2007, il dépose sa résolution. Rapidement, il trouve un large soutien notamment auprès des membres du Groupe des congressistes noirs, le Black Caucus.

Mardi, le texte a été adopté par un vote aux deux tiers, deux représentants républicains ont d’ailleurs apporté leur voix. Cette demande de pardon suit la décision du Sénat, qui en février 2008, s’était excusé auprès des indiens d’Amérique, pour les violences commises contre eux à l’arrivée des premiers colons.

Première étape

Si le texte n'offre aucune réparation, cette résolution est un premier pas à l'échelon fédéral, une première étape qui affirme la volonté des Etats-Unis de faire table rase d'au moins 250 années de discriminations raciales, qualifiées de « tâches dans l'histoire de ce qui est la plus grande Nation sur la Terre », en référence notamment aux lois Jim Crow, qui au XIXe siècle interdisaient dans plusieurs Etats du Sud l'accès des Noirs aux écoles ou aux équipements publics.

Les Africains-Américains ne pouvaient ainsi pas prendre le bus avec les Blancs, ni par exemple fréquenter les restaurants ou les cinémas. A l'époque, de nombreux groupuscules, dans la mouvance du Ku Klux Klan, commettaient des violences contre les populations noires, sans risquer de peines de justice.

Les lois Jim Crow ont été abolies en deux temps. D'abord en 1954 pour la ségrégation scolaire, déclarée inconstitutionnelle par la Cour suprême des Etats-Unis, puis en 1964, le Civil Rights Act enterre les autres textes. Néanmoins, comme l'a rappelé Steve Cohen, les Africains-Américains souffrent encore aujourd'hui de ce passé.

En 2005, des entreprises américaines, dont les banques JP Morgan et Wachovia ont reconnu avoir eu recours autrefois à un esclavage massif dans certaines de leurs activités.

Cette résolution n'est donc qu'une première étape. Le sénateur démocrate de l'Iowa Tom Harkin a d'ores et déjà mentionné son intention de déposer un projet du même ordre au Sénat.

Bien accueillies dans l'ensemble, ces excuses ont néanmoins été critiquées par quelques représentants de la Chambre et notamment le républicain du Colorado, Tom Tancredo, qui enjoint aux démocrates « de commencer à se préoccuper des problèmes du XXe siècle, comme le prix du baril de brut, plutôt que de se concentrer sur un problème du XIXe siècle, déjà résolu par Abraham Lincoln ».

Si ces excuses doivent beaucoup à l'action de Steve Cohen, elles ne lui garantissent par pour autant d'être réélu à la Chambre. En effet, le représentant du district de Memphis doit affronter Nikki Tinker, avocat noir, aux prochaines primaires démocrates du Tennessee le 7 août prochain.