Article publié le 19/08/2008 Dernière mise à jour le 19/08/2008 à 06:22 TU
Moscou a annoncé avoir commencé le redéploiement de ses troupes en Géorgie en direction de l’Ossétie du sud. Sur le terrain en revanche, aucun retrait significatif n’a été observé pour le moment. Ce mardi, les ministres des Affaires étrangères des pays de l’OTAN se retrouvent à Bruxelles. Au risque d’altérer leurs relations avec Moscou, ils doivent réaffirmer les perspectives d’adhésion à l’Alliance de la Géorgie et de l’Ukraine. L'objectif, selon la secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice, est d'empêcher Moscou d’atteindre son « objectif stratégique » : stopper l’élargissement de l’OTAN dans ce qu’elle considère comme sa zone d’influence.

Les troupes russes continuent à patrouiller sur le territoire géorgien. Ici, un char russe dans le village de Kvemo-Achebeti, près de Tskhinvali, la capitale d’Ossétie du sud. Des miliciens sud-ossètes ont mis le feu aux maisons.
(Photo : Reuters)
Avec notre correspondant à Tbilissi, Régis Genté
La confusion aura régné tout ce lundi en Géorgie. Pendant que Moscou affirmait amorcer le retrait de son armée, sur le terrain, les Géorgiens constataient au contraire des mouvements des forces armées russes, ainsi que des gestes de provocation.
Une mauvaise journée pour Tbilissi qui voulait pourtant croire que Dmitri Medvedev tiendrait sa promesse faite à Nicolas Sarkozy ce dimanche.
Lundi en fin d’après-midi, un tank fonçait, sans raison apparente, sur des véhicules de police stationnés sur la route entre Tbilissi et Gori, au niveau du village d'Igoïeti, à une quarantaine de kilomètres de la capitale géorgienne.
Plus tôt dans la journée, les troupes de Moscou violaient le cessez-le-feu à plusieurs reprises dans l’ouest et au centre nord du pays.
« Ce lundi soir, aucun mouvement de retrait ne semble amorcé » a confirmé le président de la commission de Défense du parlement géorgien.
Mais ce proche du président Saakachvili se veut confiant : « les Russes ne veulent pas perdre la face. Ils ne veulent pas avoir l’air de quitter notre territoire sous la pression de la communauté internationale. Voilà pourquoi ils font traîner les choses. »
Sur le terrain, d'après le haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, 30 000 personnes originaires de la région d'Ossétie du sud ont fui en Russie au début du conflit, notamment en Ossétie du Nord. Depuis l'annonce du retrait des forces russes, certaines d'entre elles auraient commencé à revenir en Ossétie du sud.
Responsable du bureau de Moscou de la Croix-Rouge
« Nous avons vu des cars et des bus de personnes qui sont sur le retour vers l'Ossétie du Sud. »
De son côté, le président Saakachvili, qui aurait surestimé le soutien de ses alliés occidentaux au début de la crise, se retrouve dans une position délicate.
En Géorgie, son image a changé depuis la Révolution des Roses en 2003. Pourtant, pour l’ancienne ministre des affaires étrangères géorgiennes, Salomé Zourabichvili, passée dans l’opposition, le président géorgien doit coûte que coûte, pour l’instant, rester aux commandes du pays.
A la tête du parti d'opposition géorgien, La Voix de la Géorgie
« Il faut que Saakachvilli reste à la tête de l'Etat parce que n'est pas à Moscou de décider qui sera à la tête de la Géorgie. »
| Réunion extraordinaire des pays de l’OTAN ce mardi |
A Bruxelles, les 26 pays de l'Alliance atlantique devraient apporter un soutien sans faille à l'intégrité territoriale et à la souveraineté de la Géorgie. Ils devraient également lui répéter que les portes de l'OTAN lui seront ouvertes lorsqu'elle aura accompli les réformes nécessaires. Mais rien de définitif ne devrait être dit sur le point essentiel du calendrier. En avril, lors de leur dernier sommet, les 26 avaient repoussé au mois de décembre le fait d'octroyer à Tbilissi comme à Kiev le statut de candidat officiel à l'adhésion. Déjà, à l'époque, la France et l'Allemagne s'étaient montrées réticentes à précipiter cette évolution et à l'imposer à Moscou. Le comportement du président géorgien risque de les conforter dans leur analyse. Car l'appartenance à l'Alliance implique un engagement de défense mutuelle. Les Occidentaux l'auraient-ils assumé dans la crise actuelle si la Géorgie avait été membre? Et s'ils n'avaient pas épaulé militairement Tbilissi, cela n'aurait-il pas ruiné la crédibilité de l'alliance aux yeux de Moscou ? C'est en fait toute la vision d'ensemble de la relation entre l'Ouest et la Russie qui doit être redéfinie. Et il est pour cela urgent d'attendre l'élection du nouveau président américain. |