Revue de la presse française du 22 août 2008
Les quotidiens français posent de nombreuses questions après l'hommage rendu aux dix soldats morts en Afghanistan. Le Parisien - Aujourd'hui en France en a même posé une directement aux Français, par le biais d'un sondage de l'institut CSA. Le résultat est assez éloquent. Plus de la moitié, 55% des personnes interrogées, souhaitent un retrait des troupes d'Afghanistan. Voici la justification : « éviter que nos soldats s'enlisent dans un conflit sur lequel ils n'ont pas de prise ».
Pour autant, cela voudrait-il dire que le président Sarkozy n'a plus la confiance de ses concitoyens ? Pas vraiment, puisque 48%, autant dire la moitié, font toujours confiance au chef de l'Etat dans la gestion de cette crise. C'est un dossier qui divise, et la France s'interroge, comme le font déjà les autres pays participant au maintien de la paix en Afghanistan, et qui ont, eux aussi, subi de lourdes pertes.
Amalgame troublant
Les quotidiens énumèrent les zones d'ombre qui restent à éclaircir. Le Figaro publie un récit détaillé de l'embuscade tendue par les Talibans contre l'armée française, quasiment minute par minute. Mais Libération se demande encore : « les renforts ont-ils tardé ? Y-a-t-il eu des tirs fratricides ? Les soldats sont-ils bien entraînés ? Sont-ils trop jeunes ? Leur équipement est-il bien adapté ? » Le père d'une victime, rencontré par le journal Le Parisien, promet d'aller lui-même à Kaboul pour « comprendre ce qui s'est passé ».
Au-delà de l'enquête, les éditorialistes reviennent sur le discours d'hommage prononcé par Nicolas Sarkozy. La Croix note un « amalgame troublant » commis par le président de la République en parlant de « lutte contre le terrorisme ». Le contingent français a pour mission de contribuer à la sécurité et à la stabilité de l'Afghanistan, non pas de traquer al-Qaïda. C'est une autre opération, placée sous commandement américain qui en est chargée. « Certes », poursuit La Croix, « la dégradation de la situation peut donner l'impression que les deux missions se brouillent. C'est d'ailleurs la vision qu'en a George Bush. Mais il faut sans doute résister à la confusion, ou alors clarifier les enjeux lors d'un débat clair devant la Nation ».
Ce débat aura lieu fin septembre au Parlement. France-Soir remarque une certaine « unité et retenue » de toute la classe politique. Libération d'ailleurs n'est que peu critique après l'intervention de Nicolas Sarkozy. « Cette émotion et le rituel national qui en découlent sont un signe de civilisation », explique l'édito de Laurent Joffrin. « Le digne hommage rendu par Nicolas Sarkozy rappelle que le pays est engagé non dans une opération de maintien de la paix, mais dans une vraie guerre.»
Electrifier Denver
Certains quotidiens sont déjà tournés vers la convention démocrate aux Etats-Unis, qui commencera lundi. C'est le cas du Figaro, pour qui Barack Obama est « sur la défensive ». Il a peut être eu tort de s'octroyer une semaine de vacances à Hawai en pleine campagne électorale. A son retour, il trouve John McCain ragaillardi dans les sondages, beaucoup plus agressif dans ses attaques, dopé par les récents événements en Géorgie et au Pakistan, estime Le Figaro. « La crise en Géorgie rappelle aux Américains qu'ils devraient peut être se choisir un président d'expérience, capable de réagir avec fermeté et détermination ».
Dans ce contexte, la convention démocrate à Denver sera « déterminante », explique Le Figaro. « Obama parviendra t il à transformer son personnage, pour le rendre plus présidentiel ? Réussira-t-il à imposer les termes du débat pour le reste de la campagne ? Peut-être nous prépare-t-il une surprise de nature à électrifier Denver », se demande le journal. Les derniers sondages montrent que l'élection est loin d'être décidée.
Le plongeon américain
Pour terminer, les Jeux Olympiques et les déboires en athlétisme des Etats-Unis. On ne s'attendait pas à une telle débâcle des sprinters à la bannière étoilée. « Le plongeon américain », titre Libération, tant chez les hommes que chez les femmes, « sous l'éteignoir jamaïcain ». En photo, un sprinter du relais 4 x 100 mètres à même la piste du nid d'oiseau. Pas de relais américain en finale, du jamais vu ou presque.
L'Equipe donne une explication à la supériorité jamaïcaine sur les courtes distances : « là-bas, les cours de sport à l'école sont consacrés au sprint. Aucun enfant talentueux ne passe au travers de la détection ».
« Jamaïque, l'île qui humilie l'Oncle Sam », titre pour sa part le Figaro. « Comment 2 millions 700 mille habitants parviennent-ils à ridiculiser la première puissance de l'athlétisme mondial et ses 302 millions de résidents ? » Pour certains, comme l'entraîneur d'Asafa Powell, « le talent et la résistance sont dans les gènes des Jamaïquains, descendants d'esclaves qui ont survécu au voyage depuis l'Afrique ».
par Bruno
Faure
[22/08/2008]