par Marie Joannidis (MFI)
Article publié le 04/09/2008 Dernière mise à jour le 05/09/2008 à 13:14 TU
Après le libéralisme économique, l’Angola, important producteur africain de pétrole et de diamants, se met à l’heure de la démocratisation politique avec la tenue, ce 5 septembre, des premières élections législatives multipartites organisées depuis 1992 et la fin, en 2002, d’une sanglante guerre civile de plus de 27 ans.

Une passante dans les rues de Luanda devant les affiches de l'opposant Isaias Samakuva, le 30 août 2008.
( Photo : AFP )
Quatorze partis et coalition sont en lice, ce vendredi, pour capter les suffrages de quelque huit millions d’électeurs devant choisir 220 députés ; parmi eux, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), parti au pouvoir anciennement marxiste qui dirige le pays depuis son indépendance en 1975, et sa principale opposition, l’Union nationale pour l'indépendance de l'Angola (Unita), l'ancien mouvement de rébellion armée de Jonas Savimbi, tué en 2002. Cette disparition a mis fin aux combats, permettant au président José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis 1979, d’offrir une « paix des braves » à ses adversaires qu’il a réussi progressivement à diviser, à affaiblir ou à laminer.
Le MPLA, qui dispose de moyens financiers et coercitifs importants, est largement favori pour le scrutin législatif. Les autorités angolaises, avec en tête le chef de l’Etat, réfutent les accusations de népotisme et de corruption et ont voulu faire preuve de transparence dans ces élections en invitant notamment des observateurs de l’Union européenne, des Etats-Unis et de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).
Dos Santos n’a pas dévoilé ses intentions pour 2009
Une élection présidentielle devrait avoir lieu en 2009 mais le président angolais n’a pas encore révélé ses intentions. « Il aimerait bien gagner pour prouver qu'il est capable de le faire et prendre sa revanche sur les élections tronquées de 1992 », soulignent des observateurs politiques à Luanda, qui se demandent cependant s’il en a toujours l'envie. Dos Santos était arrivé en tête du premier tour des élections de 1992, malgré les prédictions des Occidentaux qui, à l’époque, étaient plutôt favorables à Jonas Savimbi, considéré par les Américains comme un « combattant de la liberté » contre le marxisme. Ceux-ci n’avaient pas mesuré le ras-le-bol et la peur de la population des villes en proie aux attaques et aux sabotages de l’Unita.
La guerre civile, qui avait démarré dès l’indépendance, en 1975, de cette ancienne colonie portugaise, avait repris de plus belle après 1992, et ce malgré les accords de paix de Lusaka de 1994. Le conflit a coïncidé avec la guerre froide et a vu la participation, du côté de Luanda, des Soviétiques et des Cubains, et celle de l’Afrique du Sud de l’apartheid et des Occidentaux, en particulier les Etats-Unis, du côté de l’Unita avant que ce mouvement ne soit, progressivement, lâché par la communauté internationale comme fauteur de guerre utilisant la contrebande des diamants pour financer le conflit.
Luanda soigne son image de marque
L’Angola, deuxième producteur d’or noir d’Afrique subsaharienne – après le Nigeria qu’il talonne de près et qu’il a, brièvement, dépassé en avril 2008 en raison d’incidents dans le secteur pétrolier nigérian – et deuxième puissance militaire au sud du Sahara après l’Afrique du Sud, est devenu un partenaire incontournable, courtisé aussi bien par les Etats-Unis que par les puissances émergentes comme la Chine ou le Brésil.
Le pétrole et ses cours élevés mais aussi les diamants lui rapportent gros alors que le pays est engagé dans sa reconstruction, même si, selon plusieurs organisations non gouvernementales, cette manne financière n’est pas équitablement répartie et que le régime fait toujours l’objet d’accusations de corruption. Ce qui n’empêche pas les Etats-Unis et la Chine, principaux importateurs de pétrole angolais, de renforcer les relations économiques avec ce pays qui a renoncé au marxisme pour un libéralisme affairiste.
Les Chinois ont signé plusieurs accords de coopération financière évalués à plusieurs milliards de dollars. L’Angola a par ailleurs été admis par Washington, depuis fin décembre 2003, dans le groupe des pays qui bénéficient des préférences commerciales accordées aux exportations vers les Etats-Unis sous le régime de la Loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique (Agoa). Luanda, qui soigne son image de marque, a rejoint l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et a été à l’origine de la création de l’Association des pays africains producteurs de diamants.
Un rôle majeur en Afrique centrale
Rival de Pretoria en Afrique australe, l’Angola joue aussi un rôle majeur en Afrique centrale. Les troupes angolaises sont ainsi intervenues, tant en République démocratique du Congo (RDC) qu’au Congo Brazzaville, officiellement pour préserver la stabilité et l’unité de leurs voisins.
En mai 2008, l’Angola s’est également officiellement réconcilié avec la France à l’occasion d’une brève visite officielle du président Nicolas Sarkozy. Ce voyage a confirmé que la France souhaitait mettre fin à la crise qui avait éclaté entre les deux pays à la suite d’une affaire de ventes d’armes russes à Luanda par des intermédiaires ayant des sociétés en France à l’époque de la guerre civile angolaise, connue sous le nom « d’Angolagate ».
« Nous avons décidé de tourner la page des malentendus du passé. Nous avons décidé de travailler ensemble, main dans la main, à la construction d’un avenir de développement et de paix. La France veut s’engager sur le long terme avec l’Angola », avait souligné à Luanda le président français. Le pétrole est pour le moment au cœur des échanges entre les deux pays, le groupe Total étant le deuxième partenaire de l’Angola après l’américain Chevron/Texaco, qu’il aimerait dépasser d’ici quelques années.
Des proches de l’Elysée soulignent que l’intérêt français pour l’Angola n’est pas uniquement motivé par le pétrole mais aussi par la position géostratégique de ce pays, entre Afrique australe et Afrique centrale et par des convergences de vue concernant l’intégrité territoriale de la RDC ou du Congo Brazzaville.Articles précédents
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