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Autriche

Le retour de l’extrême droite

par Dominique de Courcelles

Article publié le 29/09/2008 Dernière mise à jour le 30/09/2008 à 07:47 TU

En Autriche, les deux grands partis traditionnels, en coalition jusqu'à ce dimanche, enregistrent leur plus mauvais score depuis la Seconde Guerre mondiale. Les sociaux démocrates (SPÖ) tirent tout juste leur épingle du jeu en arrivant en tête du scrutin, mais en perdant six points par rapport aux dernières législatives, les conservateurs, eux, chutent de neuf points.
Heinz-Christian Strache, chef du parti d'extrême droite autrichien FPÖ, au siège de son parti à Vienne, le 28 septembre 2008. (Photo : Reuters)

Heinz-Christian Strache, chef du parti d'extrême droite autrichien FPÖ, au siège de son parti à Vienne, le 28 septembre 2008.
(Photo : Reuters)


La vraie gagnante de ce dimanche est l’extrême droite. Ensemble les 2 partis FPÖ et BZÖ  font près de 30% des voix, soit 56 députés, seulement deux de moins que les sociaux-démocrates. Ils dépassent le succès historique de 1999 lorsque le FPÖ avait frappé l’Europe de stupeur avec un score de près de 27% de voix. Neuf ans après, l’extrême droite revient dans une beaucoup plus grande indifférence.

On l’attendait, on savait qu’elle reviendrait en force, mais pas à ce point là. L’extrême droite fait un retour au-delà de ses espérances. En 1999, le populiste Jörg Haider avait à lui tout seul fait jeu égal avec les conservateurs. Aujourd’hui, ils s’y mettent à deux, deux frères ennemis, pour réitérer l’exploit et sanctionner à nouveau la grande coalition.

Wilhelm Molterer, chef du parti conservateur autrichien ÖVP (d) annonce sa démission lors d'une conférence de presse au siège de son parti, à Vienne. A sa gauche, son successeur Josef Pröll, le 29 septembre 2008.  (Photo : Reuters)

Wilhelm Molterer, chef du parti conservateur autrichien ÖVP (d) annonce sa démission lors d'une conférence de presse au siège de son parti, à Vienne. A sa gauche, son successeur Josef Pröll, le 29 septembre 2008.
(Photo : Reuters)


Anciens alliés, Jorg Haider et Heinz-Christian Strache, ont eu beau se livrer une guerre sans merci, ils ont réussi à faire progresser leurs partis et rafler la mise. Chacun accusant l’autre de « contrefaçon ». « Rien ne remplace l’original », a lancé le chef du BZÖ, Jörg Haider, âgé de cinquante-huit ans à son jeune homologue du FPÖ, Heinz-Christian Strache, de seulement trente-neuf ans et traître à ses yeux  pour s’être retiré de la direction du FPÖ en 2000 et avoir créé son parti le BZÖ cinq ans plus tard, avec d’autres dissidents du FPÖ.   

Des thèmes sociaux

Ils ont néanmoins réussi à mettre pour un temps leur rhétorique xénophobe au second plan, pour surfer sur l’exaspération des Autrichiens devant la paralysie de la grande coalition et son incapacité à prendre des décisions. Ainsi aura-t-elle été incapable de lancer la réforme fiscale pourtant très attendue et l’une des pièces maîtresses de la campagne électorale des conservateurs comme des sociaux-démocrates.  

« Les Autrichiens ont voté avec la colère au ventre », a reconnu un éditorialiste du quotidien Standard, cette colère les a mis dans les bras des extrémistes. Inflation et crise financière aidant, les partis populistes ont réussi à capter les « petites gens », en faisant campagne sur des thèmes sociaux, comme la lutte contre la vie chère ou  le chômage, principales préoccupations des électeurs. Ainsi le FPÖ a-t-il revendiqué la paternité de la réduction de la TVA sur les médicaments, votée in extremis sur proposition des sociaux-démocrates trois jours avant le scrutin.

Autres temps, autres mœurs…

A l’annonce du score spectaculaire de l’extrême droite en Autriche, la Commission européenne a fait profil très bas. Elle s’est contentée de dire qu’il fallait respecter le vote des Autrichiens et qu’il ne lui appartenait pas de commenter les résultats.

On est bien loin du séisme politique qu’avait provoqué en 2000 l‘incroyable percée du parti de Jörg Haider – déjà lui – et  son arrivée dans le gouvernement aux côtés des conservateurs. En réaction, et pour la  première fois de son histoire, les 15 Etats membres de  l’Union européenne, alors majoritairement sociaux-démocrates, avaient  imposé des sanctions diplomatiques contre l’un de leurs Etats membres. Aujourd’hui, le temps de la social-démocratie est bien révolu dans l’Europe des Vingt-Sept où il n’y a plus que sept pays avec des gouvernements de gauche.

Par ailleurs, la présence de populismes et de l’extrême-droite s’est dans une certaine mesure banalisée dans une Europe qui a vu, en une décennie, ces partis jouer les premiers rôles du Danemark à l’Italie, de la Suisse à la Belgique, des Pays-Bas à la France. Confrontée à la réalité du succès de ces courants, l’Europe a révisé son indignation à la baisse.   

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A écouter

Jean-Yves Camus

Politologue, chercheur associé à l’IRIS, l’Institut de relations internationales et stratégiques

« Pour la première fois en Europe, les 16-18 ans votaient en Autriche. (...) 25% des jeunes autrichiens ont choisi de voter pour les deux partis de l'extrême droite. »

30/09/2008