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Canada

Harper contraint de chercher des appuis

par Michèle Gayral

Article publié le 15/10/2008 Dernière mise à jour le 15/10/2008 à 17:18 TU

Les conservateurs de Stephen Harper ont remporté les élections législatives du 14 octobre. Le Premier ministre canadien n'a toutefois pas tout à fait gagné son pari, puisqu'il n'obtient pas de majorité absolue à la Chambre des communes. Il lui faudra donc trouver des alliés

Le Premier ministre Stephen Harper félicité par ses partisans, le 14 octobre 2008.(Photo : Reuters)

Le Premier ministre Stephen Harper félicité par ses partisans, le 14 octobre 2008.
(Photo : Reuters)


Pour ne pas être absolue, la majorité conquise ce mardi par le parti de Stephen Harper n'en est pas moins confortable, beaucoup plus confortable que dans le Parlement sortant. A l'issue du dépouillement, les conservateurs ont en effet gagné 143 sièges, certes 12 de moins que le seuil des 155 - sur 308 députés au total - qui les aurait rendus tout-puissants à la Chambre, mais 16 de plus que dans la précédente législature ; une configuration qui leur avait déjà permis de former en 2006 un gouvernement minoritaire. Obligé donc de nouer des accords, Stephen Harper a d'ores et déjà tendu la main à l’opposition en appelant au « rassemblement » face à une crise financière grosse de menaces pour l'économie canadienne. Son principal rival, Stéphane Dion, grand perdant du scrutin puisque le parti libéral dont il est le leader enregistre une baisse historique, passant de 95 à 76 sièges, l'a déjà assuré de sa « collaboration en ces temps économiques difficiles ».

Mais au-delà des besoins particuliers du moment, Stephen Harper, cet adepte du désengagement de l'Etat, trouvera-t-il suffisamment de ces appuis qui lui font défaut pour consolider au Canada son modèle conservateur ? Pas auprès, en tout cas, du 3ème parti au parlement, le Bloc Québécois, et pas seulement parce que cette formation souverainiste régionale s'interdit toute participation durable dans un gouvernement fédéral à Ottawa. Mais c'est justement quand le premier ministre s'est mis à supprimer des subventions à la culture, thème très sensible dans la province francophone, que le Bloc a commencé à retrouver des couleurs dans les sondages, pour faire élire finalement 50 de ses candidats. Il ne les trouvera pas non plus auprès du NPD, le Nouveau parti démocrate, quatrième groupe de la chambre avec 37 élus - contre 30 dans l'Assemblée sortante. Cette formation de gauche est certainement moins encline encore à avaliser le « laissez-faire » et les compressions budgétaires que préconise Stephen Harper.

Mais force est de constater que la crise ambiante n'a pas beaucoup pénalisé l'équipe au pouvoir à Ottawa. Le Canada était le premier pays industrialisé confronté à des élections depuis le déclenchement de la grande tourmente financière mondiale. Economiste de formation, ancien brillant élève de l' « Ecole de Calgary », Stephen Harper n'est guère porté sur l'interventionnisme ; il a même suggéré durant sa campagne que la dégringolade des marchés avait du bon pour les investisseurs ! Il est malgré tout apparu aux yeux de nombreux Canadiens comme le plus qualifié pour sortir le pays d'une ornière encore assez virtuelle il est vrai, puisqu'aucune banque n'y est par exemple menacée d'insolvabilité. Face à son pragmatisme, l'obstination du chef de l'opposition Stéphane Dion à prôner une taxe sur les gaz à effets de serre, dénigrée par les conservateurs qui l'ont estimée trop risquée en ces temps incertains, a été mal perçue par l'opinion.

L'abstention s'est hissée à des niveaux record

Pour le Parti libéral, d'ailleurs, l'heure est maintenant aux interrogations, et notamment quant au sort de son leader. Après avoir dominé la scène politique durant le XXème siècle, cette formation est aujourd'hui marginalisée ; elle s'est laissée déborder sur sa gauche par le NPD. Et par les Verts aussi qui, bien qu'ayant échoué à faire élire un seul de leurs candidats à la Chambre des communes, compte tenu d'un mode de scrutin très pénalisant pour les petits partis, a tout de même rassemblé mardi un million d'électeurs. Pour l'instant, Stéphane Dion n'envisage pas de démissionner de la direction libérale, mais son autorité pourrait être de plus en plus contestée par d'autres ténors du parti, au-delà des premiers jours de solidarité entre cadres éprouvés par leurs mauvais résultats. Dans ce climat morose, les libéraux peuvent cependant se consoler avec la remarquable percée du jeune Justin Trudeau. Le fils de l'emblématique premier ministre des années 70-80 a conquis de haute lutte la circonscription de Papineau à Montréal, sur une sortante du Bloc Québécois.

Mais à l'exception de cette défaite, le Bloc n'a pas à rougir de ses résultats. Il a même singulièrement réussi à remonter la pente, après que les enquêtes d'opinion de la mi-septembre lui eurent prédit de sombres perspectives. Mais au Québec, seule province où ce parti présente des candidats, la crise mondiale a rencontré quelques résonances, le Premier ministre s'étant montré plus attentif aux compagnies pétrolières de l'Alberta, cette province de l'ouest anglophone assise sur d'immenses réserves d'hydrocarbures, qu'à l'industrie forestière traditionnelle du Québec. Le Parti conservateur n'a donc pas marqué chez les francophones de l'est du pays les points qu'il escomptait. Car le chef du Bloc Québécois Gilles Duceppe a choisi une tactique payante : tout en se gardant d'évoquer à nouveau le thème de la souveraineté qui n'a pas la cote actuellement au Québec, il s'est trouvé récompensé d'avoir présenté son parti comme le seul garant des intérêts locaux au Parlement fédéral. 

Reste que le futur gouvernement minoritaire de Stephen Harper pourrait bien faire son temps cette fois, c'est-à-dire le temps d'une législature de 5 ans au maximum. Les électeurs ont été trop fréquemment appelés aux urnes récemment pour que le taux de participation ne s'en ressente pas. Avec trois élections générales en quatre ans, l'abstention s'est hissée à des niveaux record : seuls 58% des inscrits se sont déplacés ce mardi.