par Béatrice Leveillé
Article publié le 22/10/2008 Dernière mise à jour le 23/10/2008 à 05:39 TU
Plus de deux mois après le conflit russo-géorgien, les Occidentaux ont promis à la Géorgie leur soutien au moins économique. Tbilissi a recueilli, au cours d'une conférence de donateurs à Bruxelles, plus de 3 milliards d'euros de promesses d’aide.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, donne le coup d’envoi de la conférence des donateurs pour la Géorgie à Bruxelles, le 22 octobre.
(Photo : Reuters)
Quelque 70 pays et organisations financières internationales participaient à cette conférence. Leur présence est « un message fort pour la Géorgie, surtout en période de grave crise financière », a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
La Commission a prévu jusqu'à 500 millions d'euros pour la période 2008-2010. Son aide aujourd’hui s’élève à 40 millions d’euros par an. La Suède annonce, de son coté, 40 millions d'euros, l'Allemagne 3 et la France 7. Les Etats-Unis ont promis 750 millions d’euros soit un milliard de dollars et le Japon annonce une aide de 151 millions d'euros. Le FMI s'est engagé sur un crédit stand-by de 535 millions d'euros. 750 millions d’euros sont attendus en prêts de la part de la Banque mondiale, de la Banque européenne d'investissement et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.
Une aide très stratégique
José manuel Barroso estime que les Européens ont tout intérêt à soutenir la Géorgie non seulement parce qu’elle est pro-occidentale et candidate à l'adhésion à l'Otan, mais surtout parce que les hydrocarbures de la Caspienne consommés par les Européens transitent par la Géorgie. L’opposition géorgienne a manifesté son inquiétude. Elle craint que l’aide occidentale destinée à reconstruire le pays et relancer son économie ne soit détournée par le gouvernement de Mikhaïl Saakachvili pour rebâtir les bases militaires et poursuivre la politique très contestée de militarisation du pays qu’il avait entamée avant le conflit. La commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, a affirmé que l'aide européenne serait liée à la poursuite des réformes économiques politiques. Elle a évoqué l’indépendance du système judiciaire, le respect des droits de l'opposition et la liberté de la presse.
Commissaire européenne aux Relations exterieures
« Je suis plus que satisfaite. Nous avons pu atteindre beaucoup plus que nous n'avions pensé. »
Deux mois et demi après le début du conflit, les blessures sont encore à vif et la reconstruction commence à peine. A l’approche de l’hiver, l’aide occidentale est attendue avec impatience par les réfugiés et par les Géorgiens qui ont rejoint des villages en partie détruit par les forces armées russes ou géorgiennes.
Le commissaire aux Droits de l'homme du Conseil de l'Europe qui évoquait, fin août, un désastre humanitaire vient de publier un nouveau rapport sur la situation des réfugiés. Sur les 131 000 personnes qui avait dû fuir la zone de conflit ou occupée par l’armée russe, un peu plus de 96 000 ont pu rentrer chez elles. Il reste 20 000 réfugiés pris en charge par l’Etat géorgien, par leurs propres familles et par les organisations humanitaires.
La guerre qui a commencé dans la nuit du 7 au 8 août avec l’entrée de chars géorgiens en Ossétie du Sud, a duré seulement 5 jours, mais les destructions et les pillages se sont poursuivis jusqu’au retrait, en octobre, des forces russes dans les limites de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Ces deux régions de Géorgie s’étaient autoproclamées indépendantes quand l’empire soviétique s’était effondré. Les bombardements géorgiens en Ossétie du Sud et les bombardements russe en Géorgie ont fait des dégâts considérables. Les Russes ont ciblé surtout les infrastructures militaires et les voies de transport. Des ponts ont été détruits, notamment celui sur lequel passe la ligne ferroviaire qui traverse la Géorgie.
Maisons détruites, bétail volé, champs brûlés par les forces russes et les miliciens ossètes : les villageois géorgiens qui vivaient en Ossétie du Sud ont peu d’espoir de retourner un jour dans leurs villages. La Russie a reconnu fin août l'Ossétie du Sud et l'autre région rebelle de Géorgie, l'Abkhazie, toutes deux pro-russes, où Moscou veut maintenir ses 7 600 soldats.
« L'aide étrangère sera utilisée à des fins sociales et humanitaires, comme l'assistance aux victimes de l'agression russe, les projets de reconstruction d'infrastructures et la protection de l'environnement », affirme le ministre géorgien du Développement économique, Vato Lejava. Des centaines de maisons sont déjà en construction le long de l'autoroute reliant Tbilissi à l'Ossétie du Sud.
Un soutien politique
En Géorgie, Mikhaïl Saakachvili est sur la sellette. Les populations des zones occupées par les Russes se sont senties abandonnés. Le Président géorgien a expliqué qu’il avait décidé de reprendre militairement le contrôle de la région séparatiste parce qu’il pensait que les Russes ne réagiraient pas. Une erreur stratégique, condamnée par les Occidentaux et pas toujours comprise par les Géorgiens qui ont perdu près d’un tiers de leur territoire avec la reconnaissance par Moscou de l’indépendance des deux régions séparatistes ossètes et abkhazes. Les sommes promises sont destinées à la Géorgie dans son intégrité territoriale mais Russes et Occidentaux n’ont pas la même interprétation de cette intégrité territoriale. Pour que les Abkhazes et les Ossètes puissent bénéficier eux aussi de l'aide internationale, il faudrait que les autorités de ces territoires en permettent l'accès.
Cette question pourrait être débattue dans le cadre des discussions de Genève, sur l’avenir et la sécurité de ces territoires, discussions péniblement ouvertes le 15 octobre et qui pourraient durer des années, comme le reconnaît le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner.
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