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Chine / Union européenne

Le dissident Hu Jia reçoit le Prix Sakharov 2008

par Nicolas Vescovacci

Article publié le 23/10/2008 Dernière mise à jour le 23/10/2008 à 15:49 TU

Il n'a pas eu le prix Nobel, mais le dissident chinois Hu Jia a reçu ce jeudi le prix Sakharov. Décerné par le Parlement européen, ce prix récompense depuis vingt ans un défenseur de la liberté d’expression. Malgré les pressions de Pékin, les députés européens ont fait le choix de mettre en lumière les combats d’un homme emprisonné et condamné pour avoir trop souvent critiqué le gouvernement chinois.

Le dissident chinois Hu Jia, 35 ans, lauréat du prix Sakharov 2008. (Photo : AFP)

Le dissident chinois Hu Jia, 35 ans, lauréat du prix Sakharov 2008.
(Photo : AFP)

A tout juste 35 ans, Hu Jia est l'un des activistes chinois les plus connus à l'étranger pour ses engagements en faveur de l'écologie, des paysans sans terre ou bien des victimes du sida.

Entre 2002 et 2005, ce militant passe plusieurs mois dans le Henan. Dans cette province déshéritée du centre-ouest de la Chine, Hu Jia s’intéresse à ces « villages du sida » où des centaines de paysans ont été contaminés dans des centres de transfusion sanguine peu scrupuleux. « Beaucoup de gens mouraient », disait-il à l'époque. « En tant que bouddhiste, je devais passer du temps avec ces gens pour alléger leurs souffrances ».

En 2006, Hu Jia est enlevé par la police puis placé en résidence surveillée avec son épouse l'année suivante. Le Parti communiste tente de bâillonner cet ancien étudiant en économie à la frêle silhouette. Mais Hu Jia, alias Freeborn, son surnom sur internet, apparaît au mois de novembre 2007 sur les écrans du Parlement européen grâce à sa webcam.

Lors de cette audition sur les droits de l'homme en Chine, Hu Jia s'en prend aux organisateurs des Jeux Olympiques qui, selon lui, n'ont pas respecté leurs promesses d'ouverture. Un mois plus tard, Hu Jia est arrêté et incarcéré dans un centre de détention à Pékin.

Le 3 avril 2008, Hu Jia est condamné à trois ans et demi de prison pour « incitation à la subversion du pouvoir de l'Etat ». Ses juges lui reprochent d'avoir diffamé le régime. Hu Jia aimait à dire que le Parti communiste était « la dernière dynastie chinoise appelée à disparaître ! ». Pour les autorités centrales, il n’en faut pas plus pour considérer l’homme comme un « criminel » et un « ennemi décadent » de la société chinoise.

Reportage au Parlement européen à Strasbourg

« C’est un vrai prix Sakharov, c’est quelqu’un qui se bat comme Sakharov s’était battu avec sa conscience, notre groupe avait déjà proposé Hu Jia, l’année dernière… »

23/10/2008 par Maud Czaja

Sourde colère en Chine


Avec notre correspondant à Pékin, Marc Lebeaupin

Ce que le comité Nobel n'a pas osé faire, le Parlement européen l'a fait, en attribuant une première reconnaissance internationale au dissident chinois aujourd'hui emprisonné.

Avant l'annonce du choix des parlementaires européens, des représentants chinois ont exercé des pressions sur les eurodéputés, par lettre, par mail et même par téléphone selon une porte-parole européenne. L'ambassadeur de Chine avait même envoyé une lettre au président du Parlement pour le mettre en garde contre une telle décision.

Affaires intérieures chinoises

Pour Pékin, qu'il s'agisse du prix Nobel ou du prix Sakharov, le discours est le même : Hu Jia est un criminel, accusé et condamné pour des actions subversives contre l'Etat chinois. Il purge actuellement une peine de 3 ans et demi de prison.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères n'a pas voulu faire de nouveau commentaire sur l'attribution de ce prix Sakharov. En revanche, il a dénoncé encore une fois toute ingérence dans les affaires intérieures chinoises sous prétexte de droits de l'homme.

L'attribution de ce prix intervient à 24 heures de l'ouverture du sommet de l'Asem, qui va réunir à Pékin les représentants de l'Union européenne et les dirigeants de 16 pays