par Patrick Adam
Article publié le 07/11/2008 Dernière mise à jour le 07/11/2008 à 22:32 TU

Plus de 10 000 opposants au président Saakachvili manifestaient dans les rues de Tbilissi, le 7 novembre 2008.
(Photo : AFP)
C’est une manifestation qui va un peu donner le ton. Le ton de ce que pensent les Géorgiens de leur président, de sa responsabilité dans la guerre et dans son déclenchement, le 7 août dernier.
Un an après, le cœur n’y est pas. L’appel des partis d’opposition pour un vaste rassemblement devant le Parlement à Tbilissi a certes mobilisé une foule importante, mais ce premier test politique pour le président Saakachvili depuis la guerre avec la Russie n’a pas connu le succès escompté. Rien à voir en tout cas avec les débordements et la répression violente de novembre 2007 qui avait fait plus de cinq cents blessés quand pour faire taire la rue le président avait décrété l’état d’urgence.
Il y a un an, la foule accusait Mikheïl Saakachvili de dérives autocratiques et appelait à des élections anticipées. Cette fois encore, les partis d’opposition souhaitent que soit raccourci le calendrier électoral mais ajoutent à leurs griefs la gestion par la présidence du conflit qui, au mois d’août, a vu l’armée russe envahir la Géorgie.
Une opposition en ordre dispersée
« En août, les autorités nous ont fait retourner au Moyen Age. Saakachvili a ouvert les portes de la Géorgie aux barbares », a lancé devant les manifestants l’un des dirigeants d’opposition, Guiorgui Khaïandrava. « Nous lançons une nouvelle vague de protestations » afin que soient programmées des élections anticipées, a ajouté un autre dirigeant, Levan Gatchetchiladzé. En novembre 2007, les manifestants avaient obtenu l’organisation d’un scrutin présidentiel anticipé au début 2008. Mikheïl Saakachvili avait été réélu dès le premier tour mais son image de marque en avait pâti. La communauté internationale avait estimé que les standards démocratiques n’avaient pas été respectés.
A la veille de cette manifestation, une coalition de partis d’opposition avaient annoncé que si le pouvoir ne décidait pas la tenue d’élections anticipées d’ici avril 2009, date anniversaire de la répression sanglante en 1989 d’une manifestation par le régime soviétique, alors ces mêmes partis commenceraient une manifestation « permanente, 24 heures sur 24 ».
Malgré l’affluence, le dernier rassemblement n’avait toutefois que peu de choses à voir avec les manifestations de l’an passé. Ce vendredi, tout le monde ne s’est pas retrouvé devant le Parlement et les mots d’ordre étaient variés, de la démission du chef de l’Etat à la convocation d’élections en passant par l’indépendance des médias.
S’opposer sans favoriser Moscou
Il faut dire que pour l’opposition le terrain est glissant. Il s’agit pour elle de déstabiliser Mikheïl Saakachvili sans pour autant reprendre les arguments de Moscou pour qui le départ du chef de l’Etat géorgien reste un objectif avoué. Pas facile donc dans ce contexte d’exister face à un président bien décidé à faire assumer par son entourage les erreurs passées. Ainsi, conséquence directe du conflit du mois d’août, Mikheïl Saakachvili a récemment limogé son Premier ministre puis le chef d’état-major.
Mais si Micha, comme le surnomment affectueusement les Géorgiens, conserve une réelle popularité, il n’empêche que le conflit avec la Russie a soulevé de nouveaux mécontentements. Critiqué pour ses dérives autoritaires, notamment à l’égard des médias dont la plupart sont contrôlés par le gouvernement, le voilà mis en cause pour avoir non seulement provoqué un conflit, mais aussi pour l’avoir perdu. Et la situation de ces familles, qui n’ont plus de maisons ou ne pourront y retourner comme celles expulsées d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, reste un dossier délicat à gérer. Jusqu’au choix de la terminologie. Marc-Antoine Pérouse de Montclos, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement et auteur d’une chronique dans le quotidien français Libération, constate que le gouvernement géorgien parle de « sans-abris » plutôt que de « réfugiés » ou de « déplacés », deux notions devenues politiquement incorrectes.
« L'opposition ne baisse pas les bras : si le pouvoir en place n'a pas annoncé la tenue d'élections anticipées d'ici avril 2009, elle promet une manifestation permanente, 24 heures sur 24. »
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