Article publié le 25/12/2008 Dernière mise à jour le 25/12/2008 à 14:17 TU

Le site contre la censure d'internet en Australie : No Clean Feed.
De notre correspondante en Australie, Marie-Morgane Le Moël
A partir de 2009, les internautes australiens pourraient bien voir le web étroitement surveillé. Le gouvernement australien a en effet mis en place un programme de cyber-sécurité de 125,8 millions de dollars australiens (61 millions d’euros). A la clef, un système de filtrage d’internet obligatoire devrait être instauré, pour empêcher l’accès à des sites illégaux.
Le système comportera deux niveaux. Au premier niveau, les fournisseurs d’internet devront interdire l’accès à plusieurs milliers de sites, dont la liste sera fournie par l’Autorité australienne des communications et des médias (ACMA). Au second niveau, un second filtre sera mis en place, pour protéger les enfants des contenus pornographiques ou violents. Dans ce cas néanmoins, il pourra être désactivé à la demande.
Ce plan est destiné à empêcher l’accès à des contenus illicites, de type vidéos pédophiles. Pour le ministre des Communications et d’Internet, Stephen Conroy, il s’agit d’assurer la sécurité online. Mais alors qu’il n’est encore qu’à l’essai, le système crée la polémique en Australie. Car aucun pays démocratique, jusqu’ici, n’a mis en place un filtre internet obligatoire. Et si la Grande-Bretagne ou le Canada ont des systèmes similaires, ils restent néanmoins optionnels.
Principal motif d’inquiétude : la liste de sites interdits sera tenue secrète. Des internautes craignent qu’à l’avenir, des sujets polémiques, comme l’euthanasie, se voient ainsi bannis. Déjà, un sénateur a essayé de faire inclure des sites de jeux d’argent. « Cette liste va être décidée en fonction de ce que les responsables de l’ACMA (Autorité australienne des communications et des médias) jugent approprié. C’est préoccupant, car totalement subjectif », juge Jeremy Hutchinson, de la Coalition pour la liberté digitale. Get Up, association qui milite sur le web, appelle à lutter contre la censure. Elle a d’ailleurs recueilli presque 100 000 signatures sur une pétition en ligne.
La résistance s'organise même côté industrie du sexe
Parmi les réactions étonnantes, l’industrie du sexe s’inquiète également, à la perspective de voir des sites pour adultes classés dans la blacklist. En réaction, quelques membres du secteur ont fondé l’ «Australian Sex Party », le parti australien du sexe, pour se présenter aux prochaines élections.
Les fournisseurs d’accès internet, quant à eux, sont également farouchement opposés au filtrage. Telstra, principal fournisseur d’accès du pays, a refusé de prendre part aux tests préliminaires. Le sujet est sensible : le filtre a de forts risques de ralentir l’internet. Selon une étude menée à la demande du gouvernement, dans le meilleur des cas, la rapidité de navigation pourrait être réduite de 2%. Dans le pire des cas, elle pourrait diminuer de 87%. « Le gouvernement dit vouloir mettre en place un internet rapide et accessible partout sur le continent. Mais en réalité, il va ralentir le système », déplore Colin Jacobs, de l’organisation Electronic Frontiers Australia (EFA).

Le site de l'organisation : Electronic Frontiers Australia.
Quant à l’efficacité du filtrage contre les contenus illicites, elle laisse à désirer, affirment les associations d’internautes. « Des milliards de sites existent. Même si le gouvernement en bannit 10 000, ce n’est qu’une goutte d’eau. D’autant plus que de toute façon, il sera très facile de contourner le filtre, avec un minimum de connaissances techniques », juge Colin Jacobs. Surtout, le filtrage ne concernera que les adresses http, mais sera inefficace pour réguler le Peer to Peer. Enfin, la liste établie par l’Autorité des communications risquerait de toute façon de se retrouver dans les médias rapidement, étant donné l’opposition des fournisseurs d’accès.
Alors, depuis plusieurs semaines, la résistance s’organise. Des manifestations se sont déroulées dans les grandes villes australiennes, tandis que les internautes s’indignaient sur le blog du ministre des Communications Stephen Conroy. Côté politique, le parti des Verts et l’opposition, ont fait savoir qu’ils n’étaient pas prêts à voter en faveur d’une législation instaurant ce système. Pour l’instant, le ministre des Communications semble déterminé à poursuivre le projet, qui est soutenu, entre autres, par des associations chrétiennes familiales. Avec ce plan de cyber-sécurité, le Parti travailliste au pouvoir pourrait bien prendre le risque de perdre une partie de son électorat habituel.