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Brésil / Italie

Fin de cavale pour Cesare Battisti

par Heike Schmidt

Article publié le 14/01/2009 Dernière mise à jour le 14/01/2009 à 18:07 TU

Cesare Battisti peut rajouter un nouveau chapitre à son roman Ma cavale. Pour l’ex-activiste de l’extrême gauche italienne, l’ex-protégé de la France et l’ancien gardien d’immeuble reconverti en écrivain, la cavale semble bel et bien finie. Rome, Paris, Brasilia: le roman de sa vie prend donc un nouveau tournant grâce à l’asile politique que le Brésil lui a accordé. Cesare Battisti, aujourd’hui âgé de 54 ans, peut désormais tourner la page – à condition que la Cour suprême valide la décision du ministre brésilien de la Justice, Tarso Genro. L'ambassadeur du Brésil en Italie a été convoqué mercredi soir au ministère des Affaires étrangères italien qui lui a exprimé « la grande perplexité » de Rome concernant l'absence d'extradition de Cesare Battisti, a annoncé le ministère.
L'ancien militant italien d'extrême gauche Cesare Battisti (c), lors de son arrestation à Rio de Janeiro, le 19 mars 2007.(Photo : AFP)

L'ancien militant italien d'extrême gauche Cesare Battisti (c), lors de son arrestation à Rio de Janeiro, le 19 mars 2007.
(Photo : AFP)


La saga de Cesare Battisti commence en Italie dans les années 1970. Durant les « années de plomb », il est l’un des responsables du groupe terroriste d’extrême gauche « Prolétaires armés pour le communisme » (PAC), un mouvement qui a quatre homicides à son actif. Le 6 juin 1978 à Udine, des militants tuent le gardien de prison Antonio Santoro. Le 16 février 1979, le bijoutier Pierluigi Torregiani meurt devant sa boutique à Milan, le boucher Lino Sabbadin suit le même jour dans une petite ville de Vénétie. La dernière victime des PAC sera le policier Andrea Campagna, le 19 avril 1979 à Milan.

Emprisonné en 1979, Cesare Battisti est condamné en 1981 pour appartenance à une bande armée, mais il réussit à s’évader et fuit au Mexique. Il gagne sa vie en travaillant dans des restaurants, crée une revue littéraire et commence à écrire lui-même. C’est en 1988 que la Cour de Milan le juge par contumace et le condamne à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’assassinat du surveillant de prison Antonio Santoro et du policier Andrea Campagna. Pour les autres meurtres, les juges le condamnent pour complicité. L’accusé clame son innocence et nie avoir commis ou participé aux homicides, pourtant revendiqués par les PAC.

« La doctrine Mitterrand »

Dans les années 1990, Cesare Battisti fera partie de la centaine d’activistes de l’extrême gauche italienne qui bénéficient de la protection de la France. En effet, le président François Mitterrand s’est engagé à ne pas extrader les anciens activistes italiens qui ont rompu avec la violence. La « doctrine Mitterrand », en vigueur jusqu’en 2004, permet à l’ancien terroriste de commencer une deuxième vie qui durera quatorze ans. Gardien d’immeuble dans le XIe arrondissement de Paris et écrivain de romans policiers, Cesare Battisti n’a pas besoin de se cacher. La France lui a promis la sécurité et la liberté.

Mais en 2004, la donne change. La France décide de mettre fin à la « jurisprudence Mitterrand » et envisage alors de donner suite à une nouvelle demande d’extradition de la part de l’Italie. Le 2 juillet, le président Jacques Chirac déclare qu’il ne s’opposera pas à la décision de la justice d'extrader l'ancien militant. Au lieu de risquer de finir ses jours dans une prison italienne, Cesare Battisti choisit alors la clandestinité et part vers le Brésil. Au terme de près de trois ans de cavale, il sera finalement arrêté à Rio de Janeiro le 18 mars 2007, avec l’aide de la police française.

Immédiatement après son arrestation, l’Italie réclame à nouveau l’extradition de Cesare Battisti. Fin novembre 2008, le Comité national des réfugiés refuse de donner le statut de réfugié politique à l’ex-militant d’extrême gauche. L’expulsion de ce dernier semble proche. Mais le ministre brésilien de la Justice en décide autrement. Mardi 13 janvier, Tarso Genro demande que soit accordé le statut de réfugié politique à Cesare Battisti et lui ouvre ainsi la voie pour commencer sa troisième vie, cette fois-ci au Brésil.