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Royaume-Uni

Irlande du Nord: la paix fusillée, mais bien vivante

par Piotr Moszynski

Article publié le 09/03/2009 Dernière mise à jour le 09/03/2009 à 16:47 TU

L’IRA-Véritable a revendiqué la fusillade qui a fait deux morts et quatre blessés samedi devant une caserne à Antrim en Irlande du Nord. L’action de ce groupe dissident fait resurgir les questionnements sur la stabilité de la paix dans la région. Gordon Brown, le Premier ministre britannique, s’est rendu sur place.
Le Premier ministre britannique Gordon Brown (g) lors de sa rencontre avec le Premier ministre nord-irlandais Peter Robinson (c) et son vice-Premier ministre Martin McGuinness, à Stormont, près de Belfast, le 9 mars 2009.(Photo : Reuters)

Le Premier ministre britannique Gordon Brown (g) lors de sa rencontre avec le Premier ministre nord-irlandais Peter Robinson (c) et son vice-Premier ministre Martin McGuinness, à Stormont, près de Belfast, le 9 mars 2009.
(Photo : Reuters)


Est-ce que l’Irlande du Nord risque de sombrer de nouveau dans la violence qui a tellement marqué son histoire pendant 30 ans ? Pour l’instant, rien ne permet de le penser sérieusement. L’appui aux radicaux – aussi bien du côté catholique que protestant – s’est réduit comme peau de chagrin depuis l’installation, en 2007, du gouvernement commun de Belfast.

Il n’empêche qu’il s’agit du premier attentat majeur dans la province depuis celui d’Omagh en 1998, qui a fait 29 morts civils. L’assassinat des deux soldats britanniques devant la caserne de Massereene à Antrim est d’autant plus significatif politiquement que les victimes sont les premiers soldats de la Couronne tués dans un attentat en Irlande du Nord depuis 1997.

Dissidents violents

Il est vrai que, malgré la paix conclue entre les principaux partis des deux camps, la violence n’est jamais retombée complètement à zéro. Ces derniers mois, il y a eu plusieurs policiers blessés à l’arme à feu et une voiture piégée, bourrée de 136 kg d’explosifs, a été découverte fin janvier près d’une école au sud de Belfast. La direction de la police alerte les autorités déjà depuis l’été dernier sur une possible réorganisation et – pire encore – le réarmement des groupes dissidents de l’IRA (officiellement, dissoute). Selon le chef de la police nord-irlandaise, Hugh Orde, les dissidents « sont déterminés à tuer des officiers de police faisant leur métier ». Afin de mener à bien ses opérations secrètes de surveillance de ces groupes, la police avait même demandé l’aide des services de renseignement militaire, ce qui a, par ailleurs, suscité de fortes critiques de la part de nationalistes.

Solidaires contre la violence

L’attentat d’Antrim a mis ces divergences de vues entre parenthèses et a fédéré les hommes politiques de tous bords dans une vague de vigoureuses condamnations. Aussi bien les loyalistes-protestants que les républicains-catholiques et le gouvernement britannique soulignent solidairement que l’attentat est un acte lâche qui n’a aucune chance d’ébranler le processus de paix. Même ceux qui, dans le passé, soutenaient plus ou moins directement l’IRA et sa lutte armée, aujourd’hui ne mâchent pas leurs mots en s’insurgeant contre l’attitude des prétendus continuateurs de ce courant extrémiste.

Martin McGuinness, vice-Premier ministre, jadis membre de l’IRA et représentant du parti républicain Sinn Fein, pense que l’objectif des dissidents est « de faire revenir les troupes britanniques dans les rues » et « de faire revenir l’Irlande du Nord à l’époque du conflit ». Et il se montre très ferme dans sa défense de la paix retrouvée : « Ils n’y arriveront pas. Les progrès énormes faits depuis quinze ans doivent se poursuivre ». Le leader historique de Sinn Fein, Gerry Adams, est encore plus clair : « Sinn Fein a la responsabilité d’être cohérent : nous soutenons donc la police dans la recherche des responsables de cette attaque ». C’est dire à quel point les auteurs de la fusillade d’Antrim sont isolés même au sein de leur propre famille politique. Malheureusement, ce n’est pas cela qui les empêchera d’essayer de continuer leurs opérations, certes, isolées, mais parfois meurtrières.

L’histoire de la violence en Irlande du Nord en bref

L'Ulster a vécu 30 ans de violences, connues sous le nom de « troubles ». Entre 1969 à 1998, elles ont fait environ 3 500 morts. Ces violences ont pris fin avec les accords de paix de 1998, dits du Vendredi Saint. En 2007, une étape historique avait été franchie avec l'installation d'un nouveau gouvernement partagé entre les ennemis d'hier, le protestant Ian Paisley et le catholique Martin McGuinness.