Article publié le 31/03/2009 Dernière mise à jour le 31/03/2009 à 21:35 TU
Vendredi 27 mars 2009, Barack Obama présentait sa nouvelle stratégie pour l'Afghanistan. Une stratégie saluée par l'ensemble des pays de l'Otan qui étaient ce mardi 31 mars 2009 réunis à La Haye, aux Pays-Bas pour une conférence ministérielle de l'organisation.
Plus de 90 pays, dont l’Iran, impliqués en Afghanistan assistaient à la conférence. L'approche défendue par le président américain est désormais régionale. Barack Obama a revu à la baisse ses ambitions, mais affiche deux priorités : éradiquer al-Qaïda et « afghaniser » les forces de sécurité. Tout cela pour favoriser un rapide désengagement des forces de la coalition et une sortie de crise.

Le président afghan Hamid Karzaï lors de la conférence internationale de La Haye, le 31 mars 2009.
( Photo : AFP )
Par Nicolas Vescovacci, avec la participation de Sylvain Biville
En présentant sa nouvelle politique afghane, Barack Obama a avoué au monde entier que l’Afghanistan n’était pas un enjeu stratégique majeur. Après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis n’ont pas choisi de faire la guerre en Afghanistan, ils furent contraints d’intervenir dans un pays réputé dangereux pour les armées étrangères. C’est l’une des lectures que l’on peut faire du discours de Barack Obama. Disparue la rhétorique guerrière de la lutte contre le terrorisme, disparues les velléités de reconstruction d’un Afghanistan moderne et démocratique, voilà venu le temps du désengagement ! Traquer al-Qaïda, semble toujours légitime. Vouloir faire de l’Afghanistan un pays occidental paraît déraisonnable.
Barack Obama l’a d’ailleurs expliqué, il ne veut pas occuper l’Afghanistan mais éradiquer la menace terroriste. A Kaboul, le président Karzaï ne peut qu’approuver la politique américaine. De toute façon, il n’a pas les moyens de la contester. « La nouvelle stratégie je l'approuve, les Afghans l'approuvent et je m'en félicite », explique le président afghan élu en 2004.
La stratégie de sortie de crise proposée par les Américains s’appuie sur un concept déjà éprouvé en Irak : après « l’Irakisation », voilà le temps de « l’Afghanisation ».
De quoi s’agit-il ?
Les Américains parient sur une chose simple mais dévoreuse de temps : donner les moyens politiques et militaires aux Afghans afin qu’ils puissent gérer, à moyen terme, leurs affaires courantes. En Irak, cela commence à produire des résultats. En Afghanistan, c’est aussi la seule solution. C’est ce qu’affirme Gilles Dorronsoro, spécialiste de l'Afghanistan au Carnegie Endowment Institute for International Peace, basé à Washington.
« La deuxième solution c'est l'afghanisation et la sortie. Le problème c'est qu'on ne peut pas se désengager sans avoir une armée afghane qui tient le coup. »
Pour que cette stratégie fonctionne, une armée afghane solide et responsable est nécessaire. Il faut donc recruter des hommes, les équiper et les former aux techniques de la contre-insurrection. L’objectif est clair : faire en sorte que ces soldats puissent, seuls, faire face à l'ennemi.
La formation de l’armée afghane a toujours été affichée comme une priorité. Mais elle a pris du retard et ne donne pas toujours de bons résultats. Pour l’Afghanistan, les hommes sont relativement bien payés (100 à 150 dollars par mois pour un homme de troupe). Le taux de désertion reste cependant assez élevé.
« Aux premiers combats, les hommes ont souvent tendance à quitter leur poste », explique Gilles Dorronsoro. Aujourd’hui l’armée afghane représente quelque 80 000 soldats. Au rythme de 2 500 soldats formés chaque mois, le commandement américain souhaiterait atteindre le chiffre de 130 000 hommes d'ici à 2011.
C’est la raison pour laquelle le président Obama a décidé d’envoyer 4 000 formateurs supplémentaires. « Des hommes d’élite de l’armée de terre américaine », précise Gilles Dorronsoro.
Sept ans et demi après la chute des talibans, l’armée et la police afghanes semblent toujours incapables d’affronter l’ennemi sans l’appui des forces de la coalition, soit plus de 70 000 soldats de 40 nations. Dans un pays où le sentiment national n'existe quasiment pas, peut-on alors construire une véritable armée, digne et respectée par la population ? « Il y a des limites », explique Edward Luttwak, un chercheur américain qui fut dans les années 1980, membre du Conseil de sécurité national de Ronald Reagan.
« En Irak les Américains pouvaient entrainer tout le monde. En Afghanistan cela va être plus difficile. »
Tous les pachtounophones ne sont pas des talibans. Mais il est vrai que cette dimension tribale est un élément à prendre en considération.
Pour construire un Etat moderne, la professionnalisation de l’armée paraît incontournable ; tout comme le renforcement des capacités de l’administration afghane, percluses de problèmes, dont la corruption. Il s’agit, là aussi, de participer au développement d’un Etat avec à sa tête un gouvernement central beaucoup plus efficace. « Ce n’est pas facile », analyse Gilles Dorronsoro. Car en la matière, l’Afghanistan part en effet de plus loin que l’Irak !
« Une stratégie de sortie suppose un minimum d'Etat et on a des politiques contradictoires avec cet objectif. »
L'une des politiques contradictoires constatées sur le terrain par de nombreux observateurs, c'est l'affaiblissement du centre vis-à-vis des provinces. C’est la méthode utilisée par certains acteurs institutionnels de la reconstruction pour court-circuiter le gouvernement et éviter les méandres tortueux de l’administration centrale.
Sept ans après avoir intronisé Hamid Karzaï, les Américains n’ont plus vraiment confiance dans leur créature. Au département d’Etat à Washington, les diplomates savent que les figures politiques pro-américaines, disposant d’une assise sociale et tribale aussi importante que celle de l’actuel président afghan sont rares. Autrement dit : Hamid Karzaï demeure le favori de Washington pour la prochaine élection présidentielle, prévue en août 2009.
Beaucoup d’observateurs prédisent aujourd’hui une augmentation des violences insurrectionnelles à l’approche de ce scrutin présidentiel qui coïncidera avec l’arrivée sur le terrain de 21 000 soldats américains supplémentaires. Dans ce contexte difficile, il est légitime de se demander si la nouvelle stratégie américaine, ce n'est pas trop peu et surtout trop tard !
En Afghanistan, seuls les Soviétiques ont tenté d’imposer une transformation culturelle. Et on connaît le résultat ! Après dix ans d’une terrible occupation, l’armée Rouge a quitté Kaboul en 1989, laissant l’Afghanistan entre les mains des chefs de guerre. 1989-2009 : vingt ans après la fin de la Guerre froide, l’époque est différente. Mais la guerre est toujours là.
Aujourd’hui, les Américains et leurs alliés savent qu’ils ne peuvent pas gagner la guerre. Transformer les populations pachtounes (10 millions d’Afghans) en hordes de serviteurs de l’Etat, habillés de costumes trois pièces et rasés de près, paraît impossible. Mieux vaut donc trouver une solution pour se désengager.
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