Revue de presse Afrique

Après la cascade de démentis depuis dimanche soir, depuis les premières informations faisant état de la mort d’Omar Bongo, les autorités gabonaises ont donc annoncé le décès du président gabonais, survenu officiellement hier à 14h30 à la clinique Quiron de Barcelone.
Sobriété et recueillement
La nouvelle est bien sûr à la une de toute la presse gabonaise, à l’image de ce titre sobre du site d’informations Gaboneco : « Le président Bongo est mort. » S’ensuit la reproduction intégrale du communiqué officiel lu à la télévision nationale.
Aucun commentaire pour l’instant. C’est le recueillement qui prévaut. Comme le constate d’ailleurs Gabon news, autre site d’informations gabonais, « les rues sont quasi-désertes à travers le pays. (…) Lundi après-midi, les Gabonais ont choisi de rester en famille », notamment pour écouter la télévision, la chaîne nationale et les chaînes privées qui ont diffusé ce lundi de nombreux témoignages et émissions spéciales.
Hommages et…
Alors bien sûr, les réactions dans la presse du continent sont nombreuses ce mardi. En Côte d’Ivoire, Fraternité Matin rend un hommage tout particulier à Omar Bongo : « sa mort, pour l’Afrique et le monde, est une grande perte, affirme le quotidien ivoirien. C’est certes une grande page de l’histoire du Gabon qui se tourne, mais aussi une page de l’Afrique d’hier, poursuit Fraternité Matin, avec des dirigeants qui avaient une manière de voir les choses qui ne souffrait guère de critiques, mais ils ont eu le mérite d’essayer, dans des difficultés énormes, de bâtir un pays aux dimensions de tous. Y sont-ils parvenus ? (…) Tout n’a pas été parfait dans la longue carrière de cette illustre personnalité, reconnaît le quotidien ivoirien, mais son mérite est grand d’avoir hissé au moins son pays à la hauteur des pays qui comptent dans le monde. »
Un hommage, un peu plus critique dans Le Républicain, au Mali : « le vieux baobab ramifié était, en vérité, tout à la fois, force d’interposition, faiseur de roi, oracle de ses pairs, banque de crédit pour les oppositions à retourner ou pour les élections sensibles. Le doyen, certes, poursuit Le Républicain, ne laisse pas un Gabon prospère, un paradoxe pour un pays qui a le potentiel des monarchies du Golfe (…). Mais, il a façonné son pays à sa guise, triomphant, en capitaine rusé, du cyclone post-baulien de 1990 qui emporta bien des trônes africains. (…) C’est indiscutablement la fin d’une époque que marque ce décès. », conclut le quotidien de Bamako.
… diatribes !
Le Quotidien au Sénégal n’est guère indulgent envers le disparu : « Omar Bongo Ondimba, écrit-il, était un bourgeois sur-occidentalisé qui se voulait un patriarche d’Afrique, chez qui cependant, on cherche encore des traces de vision et de sagesse. (…) En quatre décennies d’anti-gouvernance, poursuit le quotidien sénégalais, marquées par la répression, le népotisme et la corruption, Bongo a confirmé cette tendance sacro-sainte qu’ont nos chefs d’Etat à trahir les espérances de leur peuple. »
« Quoi qu’on dise du personnage, souligne Le Pays au Burkina Faso, on retiendra de l’homme qu’il a su être le garant de la cohésion nationale, même si cette unité tant vantée devait passer par l’achat de ses opposants. » Toutefois, reconnaît le quotidien burkinabé, « certes, Omar Bongo se sera beaucoup donné pour son pays, mais il aura été un blocage pour le Gabon, pour avoir été jusqu’au bout, l’obstacle à l’alternance. (…) C’est le propre des systèmes inamovibles, affirme Le Pays : ils finissent par se rouiller et par lasser. »
« Transition démocratique ou familiale ? »
Désormais, le Gabon est à la croisée des chemins. Que va-t-il se passer maintenant ? Qui va lui succéder ? Et dans quelles conditions ? Autant de questions qui agitent les plumes des commentateurs africains. « Omar Bongo laisse un pays sous-développé mais des intérêts gigantesques aux mains d’un clan désuni », constate le quotidien Sud au Sénégal. « Alors qui, s’interroge le quotidien sénégalais, qui de la fratrie (…) ou de la Françafrique s’occupe à préparer son après, au point de retarder sa mort officielle ? Lui a-t-on trouvé un successeur ? (…) Quel que soit celui ou celle qui sortira du chapeau, de la loterie des faiseurs de rois africains qui tirent les ficelles, la démocratie dans le continent en accusera encore une fois le coup », estime Sud.
« Transition démocratique ou familiale ? », s’interroge L’Observateur à Ouagadougou. Sidwaya, toujours au Burkina, tente d’apporter une réponse : « il paraît peu probable qu’on assiste à un processus démocratique pluraliste et à une alternance d’hommes et de système. » Non, poursuit Sidwaya, « il risque de se produire une transition civilisée permettant un changement formel comme au Togo où le fils a remplacé ‘ démocratiquement ’ le père. »
La France attentive…
Tous les regards se tournent évidemment vers le fils du défunt, Ali Bongo, ministre de la Défense et vice-président du Parti démocratique gabonais. L’Observateur, en RDC, remarque qu’Ali Bongo « a su verrouiller la structure en plaçant ses fidèles aux postes stratégiques. » Mais, reconnaît le journal, « personne ne sait comment pourront réagir certains acteurs politiques gabonais. » Et puis, affirme également L’Observateur, il y a aussi le risque d’un « scénario à la guinéenne », une prise de pouvoir par les militaires. En tout cas, poursuit le quotidien congolais, une chose est sûre : « la France, omniprésente au Gabon, a sur place de gros intérêts à préserver. »
Analyse similaire pour Le Potentiel, toujours au Congo démocratique, qui affirme que les forces politiques gabonaises en présence devront « trouver un consensus autour d’un seul candidat, sous l’égide de la France, l’ancienne puissance colonisatrice qui est encore présente avec sa base militaire. »
par Frédéric Couteau
[09/06/2009]
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