par Schmidt Heike
Article publié le 21/07/2009 Dernière mise à jour le 21/07/2009 à 19:06 TU

Radovan Karadzic, lors de sa première comparution, devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie.
(Photo : Reuters)
« Arrestation de Radovan Karadzic en Serbie, l’ex-chef serbe bosniaque recherché pour génocide pendant la guerre de Bosnie a été arrêté par les services de sécurité serbes ».
Le lendemain, les journaux du monde entier montrent la photo d'un homme méconnaissable avec sa longue barbe grisâtre et ses cheveux en bataille. Radovan Karadzic vivait caché derrière la fausse identité du docteur Dragan Dabic, obscur spécialiste de médecine douce qui exerçait en toute tranquillité dans son cabinet près de Belgrade, avant d'être arrêté.
L’accusé veut se défendre seul
Selon Peter Robinson, l'un de ses trois avocats, l'ancien homme fort de la République serbe de Bosnie est plutôt optimiste. Il passe son temps à préparer sa défense. Il faut savoir que l’accusé veut se défendre seul face à ses juges, tout comme l'ex-président serbe Slobodan Milosevic. Il est tout de même entouré d'une équipe de conseillers juridiques, dont Peter Robinson.
« Nous avons reçu, de la part du procureur, un million de pages qui incluent des centaines de milliers de pages sur les preuves qui lui (Karadzic) sont favorables ».
Un an déjà, depuis son arrestation
C’est vrai, aucune date précise n’a été donnée pour l’ouverture du procès. Vraisemblablement, il devrait commencer en septembre. Et le porte-parole du TPI, Christian Chartier, n’y voit rien d’anormal.
« Dans le cadre d'un accusé qui se défend lui-même, la procédure avance aussi vite que possible. Je suis intimement convaincu que ce procès s'ouvrira avant la fin de l'année ».
On comprend que sur place, à Srebrenica -le lieu du massacre où 8000 hommes et garçons musulmans ont trouvé la mort en juillet 1995- les familles s'impatientent. « L'attente ravive la douleur et l'amertume des mères et des veuves de Srebrenica », affirme Mihrija Sekovic-Kulovic qui vient de publier un livre de témoignages des victimes de ce génocide.
« La population de Srebrenica est déçue, les gens n'ont pas trop d'espoir que le procès aboutisse... ».
Il refuse de reconnaître le TPI
Jusqu'ici, il refuse de reconnaître le tribunal. L’ancien chef politique des Serbes de Bosnie considère que son procès pour crimes de guerre est illégal, puisque selon lui, il avait passé un accord, un accord secret avec le négociateur américain Richard Holbrooke, comme l’explique l'avocat Peter Robinson.
« Radovan Karadzic a clamé depuis le début que Richard Holbrooke lui a promis qu'il ne sera pas poursuivi s'il accepte de démissionner de la présidence de la République serbe de Bosnie... ».
Un plan d’expulsion définitive
Il aurait été « la plus haute autorité civile et militaire de la République serbe de Bosnie et le principal artisan d'un plan d'expulsion définitive ». Le but était de chasser musulmans et Croates des terres convoitées par les Serbes de Bosnie. Pour l'accusation, c'est ce même Radovan Karadzic qui a donné l'ordre pour le massacre de Srebrenica, ce que nie son avocat Peter Robinson.
« Si vous regardez objectivement les faits, vous constatez que Radovan Karadzic n'est pas responsable de ce qui s'est passé à Srebrenica. La vérité est que M. Karadzic n'a ni commandé ni approuvé ces tueries ».
La réconciliation est-elle possible ?
Parmi les rescapés de ce génocide qui attendent en vain, depuis 14 ans, les excuses des responsables : Muezin Omerovic. Il y a quelques années, il est retourné vivre dans cette ville qui porte encore les séquelles de la guerre. Une ville où musulmans bosniaques et Serbes se toisent et où victimes et bourreaux vivent côte à côte. Est-ce que la réconciliation entre les deux communautés est possible tant que les responsables ne sont pas encore condamnés ? Muezin Omerovic ne le pense pas.
« La réconciliation ne sera pas possible à 100% (...). Nous avons besoin de ce procès ».
Aujourd'hui, les musulmans bosniaques attendent beaucoup du procès de Radovan Karadzic, et ils attendent également de pied ferme l'arrestation du général Ratko Mladic, l'autre figure-clé du nettoyage ethnique pendant la guerre en Bosnie.
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