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Football

Les finances mirobolantes des clubs

par Guillaume Thibault

Article publié le 10/08/2009 Dernière mise à jour le 10/08/2009 à 17:47 TU

Depuis le début de la crise économique, médias, politiques et observateurs critiquent ouvertement les salaires des grands patrons. En revanche, personne ne trouve rien à redire ou presque aux gains des footballeurs et de leurs clubs. Petite comparaison : en 2007, les PDG des vingt plus grosses entreprises du CAC 40 ont touché en moyenne 6 millions d’euros, les vingt footballeurs les mieux rémunérés font mieux avec 6,3 millions de salaire annuel. En tête de liste, Thierry Henry qui encaisse plus de 17 millions d'euros chaque année, c’est mieux que Gérard Mestrallet, le PDG de GDF-SUEZ qui touche 15 millions par an.

Le président du Real Madrid, Florentino Perez, a dépensé beaucoup d'argent pour recruter des stars internationales, telles que Cristiano Ronaldo, le Français Karim Benzema ou le Brésilien Kaka.(Photo: Reuters)

Le président du Real Madrid, Florentino Perez, a dépensé beaucoup d'argent pour recruter des stars internationales, telles que Cristiano Ronaldo, le Français Karim Benzema ou le Brésilien Kaka.
(Photo: Reuters)

Le football nous a habitués à ces chiffres démesurés et rien pour le moment n'indique une inversion de la tendance. L’exemple du mercato, le marché des transferts, est frappant.

Cristiano Ronaldo, la nouvelle star du Real Madrid.(Photo : Reuters)

Cristiano Ronaldo, la nouvelle star du Real Madrid.
(Photo : Reuters)


Le Real Madrid, le club le plus endetté au monde, a déboursé plus de 300 millions d'euros cet été pour s'offrir 5 joueurs. Avec un record : Madrid a dépensé 94 millions pour acheter Cristiano Ronaldo à Manchester United, une somme jamais atteinte dans le passé.

 

Critiques sans lendemain

De nombreux observateurs, notamment Silvio Berlusconi, ont jugé ces sommes démentielles. Le président du conseil italien explique : « Le football doit revenir à la normale. Nous ne devons pas acheter à n'importe quel prix ».

Kaka, l'ex-milieu de terrain brésilien de l'AC Milan.(Photo : Reuters)

Kaka, l'ex-milieu de terrain brésilien de l'AC Milan.
(Photo : Reuters)

Il faut quand même rappeler que Berlusconi est patron du Milan AC, l'une des locomotives du foot italien. Et qu'il a vendu le brésilien Kaka au Real justement pour 65 millions d'euros.

Florentino Lopez, le président du Real a coupé court à la polémique : « En vendant 1 million 200 000 maillots du joueur à 80 euros pièces, l'investissement est remboursé ».

En France aussi les montants des transferts ont choqué.

Frédéric Thiriez, le patron de la LFP, la Ligue de Football Professionnel, analysait la situation en juin dernier : « Je pense, comme Michel Platini, que ces sommes sont injustifiables. Ce type d'excès finira par conduire le football européen dans le mur ».

Interrogé à la reprise du Championnat de France le 8 août, le même Frédéric Thiriez se félicitait des recrutements des quatre grands clubs français : Bordeaux, Marseille, Paris et Lyon. Pourtant, le patron du foot professionnel le sait : jamais les sommes dépensées n'ont été aussi importantes.

Et dans cette spirale infernale de la surenchère, on trouve : Lyon qui a dépensé plus de 70 millions d'euros, le 5è montant européen de l'été. Marseille qui a débloqué 40 millions pour s’offrir les joueurs demandés par le nouvel entraîneur, Didier Deschamps.

Pour financer de telle sommes, les clubs ont besoin d'un outil essentiel : un grand stade où les supporters peuvent venir dépenser sans compter. Toujours à Lyon, Jean-Michel Aulas compte investir 350 millions d'euros pour la construction de l'OL Land.

Une enceinte de 60 000 places, des magasins, des hôtels, des restaurants et des boutiques, un lieu aux couleurs du club où l'on vient en famille.

Même idée à Marseille. La ville et le club comptent injecter 150 millions d'euros pour réorganiser et agrandir le fameux stade Vélodrome.

Copier la méthode française

Devant ces excès, de nombreuses voix s’élèvent pour demander une réglementation commune dans toute l’Europe.

Et l’exemple français pourrait faire école. Dans l’Hexagone, la DNCG, la Direction nationale du contrôle de gestion, vérifie chaque année les finances des clubs.

Ainsi, la dette des clubs français est évaluée à 100 millions d'euros. Elle est de 3 milliards et demi en Espagne, de 4 milliards au Royaume-Uni. L'idée serait donc de créer une commission de contrôle européenne.

Les patrons de clubs français, la Fédération de football et les politiques vont dans ce sens. L'ancienne ministre des Sports par exemple, Marie-Georges Buffet, soutient ce projet car dit-elle « on peut parfois s'interroger sur l'origine de ces sommes mirobolantes ».

Un projet qui risque de rester longtemps dans les tiroirs. Les grands clubs menacent chaque année de créer une ligue privée européenne. Un championnat franchisé, à l'image de ce qui se fait dans le sport américain. Avec un objectif commun pour les joueurs, les patrons, les investisseurs et les chaînes de télévision : gagner des titres certes mais, surtout, toujours plus d'argent.