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Birmanie

Aung San Suu Kyi restera en résidence surveillée jusqu’en 2011

Article publié le 11/08/2009 Dernière mise à jour le 11/08/2009 à 19:32 TU

L'opposante birmane a été condamnée ce mardi par un tribunal spécial de Rangoon à dix-huit mois d'assignation à résidence. Un jugement moins lourd que la peine maximale, qui était de cinq ans de prison, et que beaucoup redoutaient. L'Américain John Yettaw, qui s'était invité chez l'opposante birmane en mai dernier après avoir traversé un lac à la nage, a été condamné pour sa part à sept ans de prison et de travaux forcés.

Une femme de la coalition Birmanie libre manifestant devant l'ambassade de la Birmanie, le 11 août 2009.(Photo : Reuters)

Une femme de la coalition Birmanie libre manifestant devant l'ambassade de la Birmanie, le 11 août 2009.
(Photo : Reuters)

Avec notre correspondant à Bangkok, Arnaud Dubus

En condamnant Aung San Suu Kyi à une peine moindre que le maximum prévu, la junte militaire birmane se montre relativement habile : elle neutralise politiquement son ennemi le plus redoutable, tout en donnant le sentiment à la communauté internationale qu'elle n'a pas complètement ignoré ses très fortes pressions.

Renvoyée dans sa maison familiale sur les bords du lac Inya pour un an et demi, Aung San Suu Kyi ne pourra jouer aucun rôle dans le processus électoral qui aura lieu fin 2010. Il est possible aussi que son parti politique, la Ligue nationale pour la démocratie, boycotte le scrutin pour protester contre la prolongation de la détention de son chef de file. Ces élections parlementaires, qui doivent aboutir à un gouvernement civil étroitement contrôlé par les militaires, ne seront donc pas crédibles aux yeux des pays occidentaux.

Toutefois, le régime birman n'a pas complètement fermé la porte au nez de la communauté internationale, donnant l'impression qu'elle avait tenu compte de manière limitée des pressions. Les Etats-Unis ont indiqué qu'ils pourraient réévaluer leur politique de sanctions, en fonction des efforts faits par la junte pour une transition vers un régime civil. Cette condamnation n'a donc pas rompu les ponts et le bras de fer va se poursuivre.

L'Union européenne envisage de renforcer les sanctions

Avec notre bureau de Bruxelles 

Cela fait déjà 13 ans que l’Union européenne a mis en place des sanctions à l’encontre de la Birmanie. A l’origine, il s’agissait d’un embargo sur les armes et la suspension de tous les programmes d’aide et de coopération sauf environnementaux et humanitaires. A cela s’ajoutait une liste de 300 personnes, des militaires et des membres de leurs familles, interdites de séjour ou de transit dans l’Union et dont les avoirs ont été gelés. Il y a 2 ans, ces sanctions ont été renforcées avec d’abord l’ajout d’une centaine de noms à la liste des indésirables. Surtout, un embargo a été décrété sur les ressources dont la junte tire ses revenus, métaux, bois tropicaux et pierres précieuses, ainsi que sur toutes les exportations de matériel européen destiné à ces secteurs.

Aujourd’hui, l’UE envisage de renforcer les sanctions ciblant ces ressources et de rajouter à la liste des indésirables les responsables du verdict à l’encontre d’Aung San Suu Kyi. Mais, le principal débat politique européen est désormais d’imposer ou non des sanctions au secteur pétrolier et donc au groupe français Total. Certains doutent de l’efficacité d’une telle mesure, estimant que Total pourrait être remplacé au pied levé par un groupe chinois. Mais il y a deux ans, l’UE avait affirmé au sujet du pétrole n’avoir pas voulu aller trop loin dans les sanctions afin de laisser une chance à la junte pour aller vers des réformes démocratiques.