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Venezuela

La loi sur l'éducation divise l'opinion publique

par Stefanie Schüler

Article publié le 20/08/2009 Dernière mise à jour le 21/08/2009 à 08:47 TU

Des opposants devant l’Assemblée nationale alors que le Congrès révise la loi sur l’éducation, à Caracas, le 13 août 2009.(Photo : Edwin Montilva / Reuters)

Des opposants devant l’Assemblée nationale alors que le Congrès révise la loi sur l’éducation, à Caracas, le 13 août 2009.
(Photo : Edwin Montilva / Reuters)

Au Venezuela, une nouvelle loi sur l’éducation divise une fois de plus l'opinion publique. Avec ce texte, Hugo Chavez s’attaque au cœur même de la société vénézuélienne : à l’éducation et à la formation des enfants et des adolescents. Ces derniers jours des manifestations virulentes contre la loi ont eu lieu un peu partout dans le pays, et notamment à Caracas.

Selon la Commission de l'éducation du Parlement vénézuélien, aux mains du parti présidentiel, cette nouvelle loi vise à améliorer le niveau de culture générale de la population. Il est vrai qu’au Venezuela, où plus d'un tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, l'accès à l'éducation est marqué par beaucoup d'inégalités. Et pourtant, la principale motivation d'Hugo Chavez n'est pas de réformer le système éducatif, mais, comme il l'a exprimé le week-end dernier devant une assemblée d’instituteurs en liesse, la création «de l’homme nouveau, de la femme nouvelle, de la société socialiste». 

Hugo Chavez. Extrait de son intervention sur les chaînes de télévision.

« Les chaînes se brisent ! La chaîne de la colonisation culturelle, du retard culturel... C’est la transformation de l’esprit… »

20/08/2009

Avec la promulgation de la loi sur l’éducation, Hugo Chavez instaure un nouveau principe dans l'éducation nationale: la «doctrine bolivarienne» C'est ce terme qui est inscrit dans le texte de loi.

«Doctrine bolivarienne»

Il s’agit de l’idéologie du président qui veut instaurer au Venezuela le socialisme du XXIe siècle. Cette idéologie va donc être la base de l'éducation pour chaque enfant du pays. Cette vision inquiète parents et enseignants. Carlos Alzuru est instituteur de l'école publique et s’insurge contre «une loi totalitaire, sans aucun intérêt pédagogique».

La nouvelle loi va changer beaucoup de chose dans l'actuel système éducatif. Quelques exemples : l'église catholique, qui gère un très puissant réseau d'écoles privées et gratuites au Venezuela, n'a plus le droit de dispenser des cours d'éducation religieuse pendant les heures de classe. Il est également interdit à chaque école d'utiliser à des fins pédagogique des articles de journaux ou des émissions radio-télévisées qui se prononcent ouvertement contre le gouvernement.

«C'est une loi qui va permettre au président Chavez d'écraser définitivement tout ce qu'il reste de la démocratie vénézuélienne dans l'éducation et la formation de nos enfants, comme la stabilité de l'emploi pour les professeurs, l'autonomie des universités ou encore, le contrôle du budget », estime le député de l’opposition, Ismaël Garcia.

Carlos Alzuru, instituteur

« Cette loi est une loi totalitaire. Une loi à laquelle les professeurs ne participent pas et d'où toutes nos revendications ont disparu. »

20/08/2009 par Andreina Flores

Sanctions en cas d’infraction

Le gouvernement a déjà prévu des sanctions pour chaque membre du corps enseignant qui ne respecte pas la nouvelle loi. Dans l'article 50 du texte, on peut lire que chaque infraction à la nouvelle loi peut- être punie d'une interdiction d'enseigner qui peut aller jusqu'à dix ans. Dans des cas plus graves, le gouvernement se réserve même la possibilité de fermer les écoles entières. Pour veiller à la bonne application de la doctrine bolivarienne à l'école, le texte accorde un rôle central aux conseils communaux, ces instances, souvent de voisinage ou de quartier, auxquelles chaque citoyen peut participer pour prendre part à la vie politique de la commune. Elles ont été créées par Hugo Chavez et vont jouer maintenant un rôle d'arbitre dans l'application de la nouvelle loi.

Les conseils communaux dans le rôle d’arbitre

Octavio Delamo, président de la Chambre de l'éducation qui coordonne les écoles privées au Venezuela, est plus que sceptique : « Comment peut-on prétendre que les membres des conseils communaux, qui n'ont reçu aucune formation, puissent être ceux qui évaluent la méthode pédagogique d'une école, son fonctionnement interne, les résultats de ses élèves ou encore la qualité de son enseignement».

Pour le gouvernement d'Hugo Chavez, les critiques des opposants à la nouvelle loi ne sont pas valables. Hector Navarro, le ministre de l'Education, a déclaré qu’il ne voyait en l’actuelle polémique, qu'une tentative de déstabiliser le pouvoir. Cependant, la réticence à l'égard de la nouvelle loi de l’éducation ne faiblit pas. Tout au long de la semaine, Caracas a été la scène de violents affrontements entre les opposants à la loi et les forces de l'ordre.

La résistance au sein du corps enseignant s'organise : plusieurs directeurs d'université, dont la très réputée Université centrale à Caracas, ont déjà annoncé qu'ils n'allaient pas appliquer la nouvelle loi sur l'éducation. Des collectifs d'écoles privées vont distribuer pour la rentrée scolaire une brochure. Elle fournit des conseils au personnel éducatif sur la manière de résister à l'endoctrinement sans pour autant risquer la confrontation avec les autorités. Et puis, le maire élu de Caracas, Antonio Ledezma, a appelé à une manifestation massive contre la loi. Elle aura lieu ce samedi, dans la capitale vénézuélienne.