Article publié le 30/08/2009 Dernière mise à jour le 30/08/2009 à 14:43 TU
Avec notre correspondante à Jakarta, Solenn Honorine

Des jeunes du Timor Oriental allument des bougies en souvenir des activistes pro-indépendance tués en 1999 à Dili, lors du vote pour l'indépendance. Dili, le 26 août 2009.
( Photo : Lirio Da Fonseca/ Reuters )
Pour fêter cet anniversaire, la capitale Dili a été remise à neuf. Les routes ont été réparées, les bâtiments repeints, et il y a des panneaux dans la rue qui proclament « Au revoir conflit, bonjour développement ! ». Le clou des festivités, ce sera pour la plupart des Timorais ce dimanche soir un grand concert gratuit d’une super star de pop indonésienne.
Cela peut paraître paradoxal car après le référendum de 1999, l’Indonésie avait puni très brutalement les velléités d’indépendance de ce petit pays qui avait osé voter en masse (78 %)pour l’indépendance. Le régime indonésien avait orchestré des massacres et une politique de la terre brûlée qui avait laissé le Timor oriental sur les genoux.
Une nécessaire réconciliation
La réconciliation, c’est une nécessité pour le Timor oriental. Il importe 40% de ses marchandises d’Indonésie et c’est le seul pays avec lequel il partage une frontière terrestre. En outre, la population indonésienne est 200 fois plus importante. C’est pourquoi les dirigeants timorais ont adopté une politique d’oubli et de pardon des crimes commis. Vendredi dernier encore, le président José Ramos Horta a refusé la possibilité de créer un tribunal international pour juger des crimes contre l’humanité.
D’ailleurs, sur les 84 personnes qui ont été condamnées pour crimes contre l’humanité par la justice timoraise, toutes, sauf une, ont été graciées par les deux présidents successifs. Cette politique de réconciliation fonctionne bien puisque les relations entre Dili et Jakarta sont bonnes mais pour les victimes des atrocités indonésiennes, c’est extrêmement difficile de reconstruire une vie normale, même dix ans après les faits.
Dix ans après le référendum…
Point positif, la sécurité est revenue après des troubles interethniques qui avait déchiré le Timor oriental en 2006. Les forces internationales, toujours présentes, pourraient quitter le pays d’ici trois ans. Mais ce calme est précaire en raison notamment de l’immense pauvreté de la population. Si aujourd’hui la plupart des Timorais se disent heureux d’avoir gagné leur indépendance, ils sont encore loin d’en retirer des bénéfices concrets.
Amnesty International publie le résultat de l'enquête qu'elle vient de mener dans l'ancien territoire indonésien. L'organisation de défense des droits de l'homme constate que les crimes de masse commis par l'armée indonésienne et ses milices, entre 1975 et 1999, demeurent impunis. On estime à 100 000 le nombre des victimes. Les derniers mois de l'occupation indonésienne ont été particulièrement sanglants. Selon Amnesty International, face aux dénégations de Jakarta et à l'impuissance de Dili, les familles doivent pouvoir compter sur la justice internationale.
« .... Le gouvernement du Timor oriental... favorise la réconciliation avec le gouvernement indonésien. Malheureusement, les victimes sur place demandent réparation et justice... on parle de crimes contre l'humanité... »