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Birmanie

Total et Chevron de nouveau accusés d'enrichir la junte

par Georges Abou

Article publié le 10/09/2009 Dernière mise à jour le 10/09/2009 à 16:10 TU

Total est présent en Birmanie depuis 1992 où il exploite le champ gazier de Yadana, dans le sud du pays.(Photo : AFP)

Total est présent en Birmanie depuis 1992 où il exploite le champ gazier de Yadana, dans le sud du pays.
(Photo : AFP)

Un nouveau rapport sur les conditions d'exploitation du gaz birman est publié par l'ONG EarthRights International. Selon les deux documents, les compagnies pétrolières, la  Française Total et l'Américaine Chevron sont de véritables « pompes à finances » du régime militaire birman. L'ONG indique notamment que leur attitude bienveillante à l'égard de la junte conforte son intransigeance et entretient les brutalités à l'égard des populations.

La nouveauté de l’enquête de l’ONG EarthRights International réside à la fois dans le fait qu’elle fournit des chiffres du volume des sommes détournées par les généraux, qu’elle nomme et localise les établissements bancaires offshores qui les abritent et qu’elle indique la permanence de mauvais traitements et de crimes perpétrés contre les populations riveraines du gazoduc très controversé de Yadana, qui alimente la Thaïlande voisine. La démonstration de l’ONG s’appuie sur de nombreux témoignages, recueillis au cours de plusieurs années d’enquêtes.

Tout d’abord, selon le document, les compagnies pétrolières étrangères sont une véritable pompe à finances du régime. Depuis l’ouverture des vannes du pipe-line de Yadana, en 2000, 4,83 milliards de dollars se sont écoulés vers les comptes des généraux birmans abrités dans des banques de Singapour, affirme l’ONG. Résultat : c’est grâce à Chevron et Total que le régime militaire birman peut s’autoriser une telle intransigeance à l’égard de la communauté internationale et c’est la principale raison pour laquelle les pressions n’ont aucune influence sur sa conduite.

Matthew Smith, coordinateur de projet à EarthRights International

« L'exportation de pétrole a rapporté 4,83 milliards de dollars aux militaires. »

10/09/2009 par Nicolas Vescovacci

L’autre révélation du rapport, c’est la persistance des brutalités qui accompagnent l’activité des compagnies pétrolières, en dépit de leurs affirmations. Dans le document, témoignages à l’appui, il est de nouveau question de meurtres, de travail forcé, d’entraves à la libre circulation, de violations de propriété, d’expropriation et de menaces.

Total, « le dernier rempart »

Pour la compagnie pétrolière française, malgré les soutiens officiels qu’elle reçoit et le dynamisme de sa communication, cette affaire du gaz birman ressemble à une tâche de cambouis réfractaire à toutes les lessives. Le PDG du groupe, Christophe de Margerie, avait beau affirmer en novembre 2007 que Total rendait la junte meilleure et que sa compagnie constituait « le dernier rempart de la démocratie » en Birmanie, l’accumulation des rapports à charge fragilise sa ligne de défense.

Du bout des lèvres, Total reconnaît pourtant que les pratiques qui ont accompagné le chantier n’ont pas toujours été vertueuses et qu’il s’est bien passé « quelque chose » autour de la construction du gazoduc de Yadana. En 2006, pour échapper au scandale d’un procès pour « crime de séquestration » (la qualification juridique du « travail forcé » dans le droit français), elle a même été contrainte d’indemniser huit villageois. La compagnie décline toute responsabilité particulière et se prévaut au contraire d’une politique d’assistance et de coopération à l’égard des populations concernées par le tracé du pipe-line.

Mais selon l’un des rédacteurs du rapport, Matthew F. Smith, « Total a grossièrement trompé le grand public, les hommes politiques, et les autres compagnies pétrolières en dissimulant son véritable rôle en Birmanie ».

Interrogé ce jeudi, Total refusait de commenter les rapports de EarthRights International. La compagnie pétrolière déclare qu’elle veut prendre le temps d’éplucher le contenu des deux documents avant de réagir.

A consulter

http://www.earthrights.org/mwt_journal_admin/total-impact.pdf