par RFI
Article publié le 17/09/2009 Dernière mise à jour le 17/09/2009 à 16:08 TU

Des Afghans transportent une urne à la Commission électorale indépendante, à Kaboul, le 25 août 2009.
(Photo : Reuters)
La Commission électorale s’apprête à invalider une forte proportion de suffrages exprimés en faveur de Hamid Karzaï, le chef sortant, lors du scrutin du 20 août. Les résultats préliminaires annoncés le 16 septembre, donnent au chef sortant, 54,6% de voix contre 28% à son rival Abdullah Abdullah. Mais les observateurs européens estiment à 30% les votes entachés de fraude. Ce qui nécessitera l’organisation d’un second tour.
Au lendemain du scrutin du 20 août, on évoquait le succès que constituait ces élections du simple fait qu'elles aient pu se tenir malgré la menace que faisait planer l'insurrection. Désormais, cette réussite est en train de tourner au fiasco du fait de la question des fraudes. Les résultats divulgués mercredi 16 septembre par la commission électorale dite indépendante, accorde une victoire au président Karzaï dès le premier tour, avec 54,6% des voix contre à peine 28% à son principal rival, Abdullah. Mais l'on sait d’ores et déjà que la Commission des plaintes électorales s'apprête à invalider une forte proportion des suffrages exprimés.
Dans certains endroits, le président sortant recueillait 100% des voix avec une participation de 100%, au lieu des 38% de participation officielle. De quoi mettre la puce à l'oreille des observateurs. Les Européens qui ont surveillé les opérations de vote sous la houlette du Français Philippe Morillon, vont jusqu'à contester 30% des votes attribués à Karzaï, ce qui a fait bondir l'équipe de campagne du président, bien décidée à le voir réélu dès le premier tour.
Des fraudes dénoncées par les alliés de Karzaï
Pour sortir de cette impasse, Il faut encore attendre les résultats des travaux de la Commission des plaintes. Elle a entrepris un nouveau décompte dans 10% des bureaux de vote jugés suspects. Il y a donc une possibilité de voir Karzaï repasser en dessous de la barre des 50%, ce qui nécessiterait l'organisation d'un second tour. La logistique serait d'ailleurs en train de se mettre en place dans cette éventualité : commande de bulletins supplémentaires à la Grande-Bretagne et d'encre indélébile au Canada. Certains observateurs estiment que le vote pourrait avoir lieu d'ici cinq semaines, car dès la fin octobre, l'enneigement rend de nombreuses localités déjà quasiment inaccessibles.
Pour assurer un minimum de crédibilité dans ce processus, il n'y a pas vraiment d'autres solutions. On voit mal l'équipe Karzaï refuser jusqu'au bout de reconnaître des fraudes dénoncées par ses propres alliés occidentaux. Or, l'hypothèse d'un compromis à l'amiable entre Karzaï et Abdullah s'éloigne chaque jour qui passe.
Cette cacophonie ne facilitera pas la tâche des militaires face à l'insurrection qui, elle, ne relâche pas la pression. Les généraux américains qui demandent des renforts vont avoir du mal à plaider la cause de Kaboul devant l'opinion.
Chercheur rattachée au Centre d’études et de recherches internationales (CERI - Sciences Po)
« La Commission des plaintes est bien décidée à aller au bout de son enquête. Toute la société afghane a été extrêmement choquée par l’ampleur de la fraude et n’acceptera pas que Hamid Karzaï soit déclaré élu au premier tour avec 55 % des voix... »
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