Article publié le 28/09/2009 Dernière mise à jour le 28/09/2009 à 04:05 TU
Avec notre envoyé spéciale sur l'île de Margarita, Angèle Savino

Les présidents Mouammar Kadhafi de Libye (G), Hugo Chavez du Venezuela (C) et Inacio Lula Da Silva du Brésil (D).
( Photo : Eitan Abramovich/ Reuters )
« Nous dépendons plus de nos propres décisions que des rêves de l’aide extérieure », a déclaré le président brésilien Lula Da Silva lors de son intervention. Les 66 Etats d’Afrique et d’Amérique du Sud réunis sur l’île de Margarita, ont donc lancé un message fort aux pays occidentaux : tous souhaitent construire un axe Sud-Sud qui puisse concrétiser des projets de développement, à partir de leur propres richesses énergétiques, minières et agricoles.
La Banque du Sud
« Les pauvres financent les riches avec leurs ressources, ces aberrations doivent cesser, nous devons unir nos réserves dans un fond commun dont les excédents serviront à capitaliser la banque sud-américaine », a expliqué le chef d’Etat équatorien Rafael Correa. L’Argentine, le Venezuela et le Brésil initieront les premiers projets de développement, avec un capital de départ de 20 milliards de dollars, pour ne plus dépendre des conditions imposées par le FMI. Le président vénézuélien Hugo Chavez espère d’ailleurs que ses pairs africains se joindront à l’initiative pour conformer une structure bi-régionale. Pour Rafael Correa, une monnaie commune entre les deux continents est une nécessité à moyen terme. Elle permettra selon lui aux pays du Sud de ne plus être soumis au système de Bretton Woods, dominé par le dollar. « 30 % des votes de l’ONU sont représentés ici. Nous pouvons former un bloc influent pour changer l’ordre mondial terriblement injuste », a assuré le président équatorien, qui a rejoint son homologue bolivien Evo Morales sur la nécessité de réformer le conseil de sécurité de l’ONU : « Les Nations Unies ne doivent plus être contrôlées par un petit groupe de privilégiés, et cela sera possible si l’Afrique et l’Amérique du Sud s’unissent ».
Les matières premières aussi
Hugo Chavez a proposé la création de Petrosur, une compagnie pétrolière du Sud. Le chef d’Etat vénézuélien souhaite créer un réseau de raffineries dans les pays pétroliers d’Afrique, qui pourrait fournir de l’or noir aux petits Etats sans ressources énergétiques : « il faut en construire une en Guinée Équatoriale car la différence entre un baril de brut et un raffiné est d’environ 15 dollars, c’est cela le colonialisme ! », a critiqué le tonitruant chef d’Etat, qui a annoncé la signature de 8 accords énergétique avec divers pays d’Afrique. Le Venezuela devrait notamment bénéficier des technologies sud-africaines dans le domaine du gaz GPL. En échange, la compagnie publique Petrosa pourra exploiter une partie des immenses richesses vénézuéliennes du bassin de l’Orénoque.
Les présidents brésilien et argentin ont souhaité renforcer les accords agricoles avec certains pays africains, dont les terres fertiles ne sont pas exploitées. « L’Afrique possède des terres riches, très étendues qui peuvent contribuer à lutter contre la famine qui touche les peuples les plus pauvres du monde », a estimé le président Lula Da Silva. La présidente de l'Argentine, Cristina Kirchner a proposé aux dirigeants africains d’apporter des machines et de la technologie « pour que le continent ne dépende plus de la charité des missions internationales ».
Prochain sommet en Libye
Ce désir d’union entre l’Afrique et l’Amérique latine, devra prendre forme d’ici 2011, lors du prochain sommet bi-continental en Libye. Les différences idéologiques entre les dirigeants radicaux, comme Hugo Chavez, Robert Mugabe et Mouammar Kadahfi, et les modérés pourraient rendre la tâche compliquée. Pour arriver à construire une véritable alternative aux institutions multilatérales existantes, les 66 pays ont décidé de créer un secrétariat dont les membres se réuniront régulièrement pour suivre l’évolution des commissions de travail, car aucune des décisions prises au sommet d’Abuja en 2006 n’a été suivie de réalisations concrètes.
| La Banque du Sud est née |
Sept pays sud-américains ont signé samedi dans la nuit, à Polomar au Venezuela, l'acte de naissance de la Banque du Sud. Il s'agit du Brésil, de la Bolivie, de l'Equateur, de l'Argentine, de l'Uruguay, du Paraguay et du Venezuela. Le projet avait été lancé fin 2007 mais n'avait pas beaucoup avancé en raison des divergences de plusieurs pays sur ces moyens de fonctionnement. Près de deux ans après son lancement en grande pompes à Buenos Aires, la Banque du Sud – projet porté par l'Argentine et le Venezuela – devient donc enfin une réalité. Le siège de cette institution, présentée comme une riposte au Fonds monétaire international, sera installé à Caracas. Deux succursales seront ouvertes en Argentine et en Bolivie. La banque disposera au départ d'un capital de 20 milliards de dollars financé par ses Etats-membres. Les grands pays, comme l'Argentine, le Brésil et le Venezuela, s'engagent à verser une plus forte contribution que les quatre autres. Le Chili pourrait très bientôt adhérer à cette initiative. La Banque du Sud a été créée pour financer des projets de développement dans la région avec une priorité pour les projets d'infrastructures transfrontalières et pour les liaisons routières et ferroviaires. Au moment de son lancement en 2007, le président de la Banque mondiale Robert Zoellick s'était déclaré favorable à cette initiative à condition que « la Banque du Sud encourage la transparence et la bonne gestion dans sa politique de développement ». Des principes qu'elle devra appliquer si elle veut être une alternative au Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Le président Hugo Chavez, hôte de ce deuxième sommet Amérique du Sud / Afrique, a appelé ces homologues africains à créer un établissement financier régional similaire sur le continent. RFI |