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Honduras

Le gouvernement Micheletti se radicalise

Article publié le 28/09/2009 Dernière mise à jour le 28/09/2009 à 10:45 TU

Les autorités issues du coup d’Etat ont décidé, dimanche 27 septembre, d’interdire tout rassemblement non autorisé au préalable et de réprimer les médias d’opposition. Ce nouveau durcissement intervient alors que les partisans du président déchu, Manuel Zelaya, préparent un rassemblement, lundi 28 septembre, pour marquer les trois mois qui se sont écoulés depuis le putsch du 28 juin.

Sécurité renforcée aux abords de l’ambassade du Brésil, où Manuel Zelaya a trouvé refuge.(Photo : S. Biville/RFI)

Sécurité renforcée aux abords de l’ambassade du Brésil, où Manuel Zelaya a trouvé refuge.
(Photo : S. Biville/RFI)

De notre envoyé spécial à Tegucigalpa, Sylvain Biville

Le décret présidentiel signé dimanche par Roberto Michelletti revient à suspendre de fait la plupart des libertés individuelles : la liberté de circulation. Les rassemblements non autorisés sont désormais interdits. La liberté de la presse : le gouvernement s’autorise à brouiller les programmes radio télé qui ne lui plaisent pas. Par ailleurs, les forces de l’ordre vont avoir le droit d’arrêter n’importe qui sans mandat d’arrêt.

Ces mesures ont été annoncées dimanche soir, peu avant l’entrée en vigueur du couvre-feu, par la lecture d’un communiqué officiel sur toutes les chaînes de radio et de télévision, sur fond de drapeau hondurien bleu et blanc. « Nous sollicitons la compréhension, la patience de la population et sa collaboration pour appliquer ces mesures, qui sont prises dans le seul objectif de protéger la tranquillité, la vie et le bien-être des personnes », conclut le communiqué.

Communiqué du gouvernement Micheletti

28/09/2009

Le Honduras, déjà soumis depuis une semaine à un couvre-feu nocturne très contraignant, se retrouve, avec ces mesures, qui doivent encore être ratifiées par le Congrès, dans un quasi état de siège. Ce raidissement témoigne d’une certaine fébrilité du gouvernement issu du coup d’Etat, une semaine tout juste après le retour surprise de Manuel Zelaya dans le pays. Les partisans du président déchu, qui manifestent quotidiennement depuis lundi dernier, ont justement prévu un grand rassemblement aujourd’hui, pour marquer les trois mois qui se sont écoulés depuis le putsch du 28 juin.

Manuel Zelaya,toujours cloîtré dans l’ambassade du Brésil, a d’ailleurs dénoncé le décret dimanche soir dans une interview par téléphone à Radio Globo.

Manuel Zelaya

28/09/2009 par Radio Globo

Comme la chaîne de télévision Canal 36,  Radio Globo est l’un des principaux outils de propagande à la disposition du président déchu. Cela fait des semaines que ces deux medias, dont les programmes avaient été interrompus au lendemain du coup d’Etat, sont dans le collimateur des autorités, qui les accusent de diffuser des appels à l’insurrection. Malgré la signature du décret, les deux medias émettaient encore, dimanche soir, leurs émissions habituelles.

Diplomates refoulés

Le président par intérim Roberto Micheletti, dont le gouvernement n’est reconnu par aucun pays, a pris également le risque ce week end de se mettre un peu plus à dos la communauté internationale. Des diplomates de l’organisation des Etats américains  (OEA) ont été bloqués à l’aéroport de Tegucigalpa, le 27 septembre et interdits d’entrée sur le territoire hondurien. « Nous avons été détenus pendant six heures et je dois dire qu’en tant que Chilien, cela ravive de mauvais souvenirs » a déclaré à l’AFP John Biehl, le seul membre de la délégation de l’OEA qui n’ai pas été refoulé.

Le ministre des Affaires étrangères a par ailleurs confirmé dimanche l’ultimatum lancé à l’ambassade du Brésil, qui a dix jours pour clarifier le statut de Manuel Zelaya, faute de quoi elle perdra son immunité diplomatique. « Par courtoisie, l’invasion des locaux n’est pas envisagé », a précisé Carlos Lopez Contreras.

Même fermeté à l’égard de l’Union européenne et de plusieurs pays latino-américains, qui avaient prévu de renvoyer à Tegucigalpa dès lundi leurs ambassadeurs, rappelés au lendemain du coup d’Etat, en signe de protestation. Les diplomates ne sont pas les  bienvenus tant qu’ils ne reconnaissent pas les autorités issues du putsch, dit en substance le gouvernement Micheletti. Une source diplomatique dans la capitale hondurienne a indiqué à RFI que les ambassadeurs européens avaient suspendu leur projet de rentrer dans l’immédiat.