Article publié le 30/09/2009 Dernière mise à jour le 30/09/2009 à 06:28 TU
Un groupe d’influents hommes d’affaires a proposé mardi un plan de sortie de crise : il prévoit un retour au pouvoir de Manuel Zelaya sous certaines conditions. C’est la première fois que les milieux économiques, qui ont ouvertement soutenu le coup d’Etat du 28 juin, acceptent l’idée d'une réinstallation du président déchu. Ce plan n'aboutira pas, car il a été rejeté par les partisans de Manuel Zelaya, mais il est révélateur des craquements dans le soutien à Roberto Micheletti.
De notre envoyé spécial à Tegucigalpa, Sylvain Biville

Manuel Zelaya (G) le président déchu du Honduras et le «président» putschiste Roberto Micheletti (D).
(Photos : Reuters / Montage : RFI)
Le scénario proposé par les milieux d’affaires est digne d’un film policier : Roberto Micheletti quitterait son poste pour redevenir simple député, il pourrait être nommé à vie. Manuel Zelaya, renversé le 28 juin, retournerait au palais présidentiel jusqu’au terme de son mandat, le 27 janvier, avec des pouvoirs très limités – sans possibilité de nommer les ministres et en déléguant au gouvernement le commandement des forces armées.
Le président déchu accepterait par ailleurs de se soumettre à la justice. Il est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt pour trahison, ce qui reviendrait de fait à une assignation à résidence à la présidence. Pour garantir l’accord, une force militaire internationale de 3 000 hommes, venus du Canada, de Colombie et du Panama, serait déployée au Honduras.
Assignation à résidence
« C’est pour rompre la glace, pour réamorcer le dialogue, explique Adolfo Facussé, l’auteur de cette proposition. Il y a des choses qui vont plaire à certains et déplaire à d’autres. Que chacun dise ce qu’il veut. » L’influent homme d’affaires, qui préside l’association nationale des industriels du Honduras présente son projet comme une version améliorée de l’accord de San José, proposé le 22 juillet par le président du Costa Rica, le Prix Nobel de la paix Oscar Arias, mais resté lettre morte en raison du refus catégorique des autorités issues du coup d’Etat d’envisager un retour au pouvoir de Manuel Zelaya.
Le pouvoir économique, l’un des piliers du régime issu du coup d’Etat, amorce donc une ouverture. « Le pays est paralysé et polarisé, il faut résoudre nos problèmes entre nous », estime Adolfo Facussé.
Au palais présidentiel, l’entourage de Roberto Micheletti cherchait à minimiser, mardi, la portée de cette proposition, qui a également été présentée à l’ambassadeur des Etats-Unis à Tegucigalpa, en expliquant qu’elle émanait d’un seul homme et ne reflétait pas le point de vue de l’ensemble des entrepreneurs.
« Proposition inacceptable »
Arturo Facussé n’a pas soumis directement son projet à Manuel Zelaya, qui vit toujours cloîtré à l’ambassade du Brésil. Il l’a transmise à l’évêque auxiliaire de Tegucigalpa, Juan José Pineda, visiteur régulier du président déchu, qui fait office de facilitateur.
Mais les partisans du chef de l’Etat renversé rejettent déjà en bloc la proposition Facussé, qualifiée d’ « inacceptable, irrationnelle et illogique » par Nelson Avila, ministre de l’Economie dans le gouvernement renversé. « Ce plan va seulement dans l’intérêt de l’oligarchie, estime-t-il, en dénonçant une manœuvre des milieux d’affaires. Cela démontre la nature des putschistes : ils ne pensent pas à l’avenir du peuple, ils ne pensent qu’à leur avenir. »
Divergences dans le camp putschiste
Qu’elle se concrétise ou non, cette proposition révèle en tous cas des divergences croissantes au sein du camp putschiste. Certains des influents hommes d’affaires qui ont aidé Roberto Micheletti à s’emparer du pouvoir semblent désormais prêts à le lâcher.
La semaine dernière, le candidat du parti national (droite) à l’élection présidentielle du 29 novembre, Porfirio Lobo, a pour la première fois appelé ouvertement Manuel Zelaya et Roberto Micheletti à s’asseoir autour d’une même table. Lundi, c’était le Parlement, qui a pourtant avalisé le coup d’Etat, qui implorait le président de facto de renoncer au décret, signé dimanche, qui instaure un état de siège et restreint les libertés individuelles.
Autre signe, le chef d’état-major, le général Roméo Vasquez, l’homme qui a supervisé le putsch, a lancé mardi un appel au dialogue, en estimant qu’une sortie de crise était en vue.
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