Les meurtres d’albinos continuent impunément en Tanzanie


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Trois albinos ont été tués en Tanzanie entre février et avril 2010. Quatre tentatives de meurtres ont été signalées pendant la même période. Ces assassinats, très lucratifs, seraient liés à des pratiques de sorcellerie. Les coupables restent le plus souvent impunis.

Selon une ONG canadienne, Under the same sun, (Sous le même soleil), le trafic d’organes d’albinos se poursuit impunément en Tanzanie comme au Burundi. Les sorciers qui sont concentrés dans les régions du lac Victoria où les meurtres d’albinos sont endémiques, sont souvent accusés de recommander l’utilisation de parties du corps d’albinos à leurs clients en quête de bonne fortune. Ainsi, une commande comprenant les bras, les jambes et plusieurs parties du visage vaut 75 000 dollars. Un membre coûte, à lui seul, 3 000 dollars. C'est donc un trafic extrêmement lucratif.

L’année dernière, une quarantaine d’albinos, y compris des enfants en bas âge, ont été atrocement mutilés dans cette région du lac Victoria, une des plus pauvres de Tanzanie, où le taux d’alphabétisation est très bas. Un enfant blanc né de deux parents noirs est un phénomène qui, en Afrique, a toujours alimenté des croyances voulant que les albinos détiennent des pouvoirs magiques. Il s’agit en fait d’une maladie génétique caractérisée par une absence de pigmentation de la peau, des yeux et des cheveux. Des pays d’Afrique, la Tanzanie est celui qui compte le plus d’albinos, avec 170 000 cas sur 38 millions d’habitants. 

Une protection précaire

Les autorités de Dodoma, capitale de la Tanzanie, essaient tant bien que mal de protéger les enfants albinos. Une centaine d’entre eux ont trouvé refuge à l’internat de Mitindo, situé à une trentaine de kilomètres de la ville de Mwanza. Certains ont été victimes de tentatives de kidnapping. La paranoïa a atteint un degré tel, suite aux meurtres et aux accusations relatives au trafic de chair humaine, que certains enfants sont envoyés à l’école Mitindo uniquement parce que leurs parents ont peur d’avoir des ennuis avec les autorités. Nsojola Kaliyaya, père d’un albinos de 12 ans, avoue qu’il préfère se séparer de son fils : « S’il se fait tuer, la police m’accusera de l’avoir vendu pour me faire de l’argent. Je préfère qu’il ne vive plus avec nous pour pouvoir dormir en paix et ne pas finir en prison ». Le Premier ministre tanzanien, Mizengo Pinda, a décidé à la fin du mois de janvier 2010 de supprimer les licences pour les guérisseurs traditionnels, afin d’enrayer la chasse aux enfants albinos. 

Une justice inefficace 

« Sur les 57 meurtres d’albinos recensés depuis 2007, seuls deux cas ont abouti à une condamnation en justice. Et les condamnés ne sont toujours pas en train de purger leurs peines », se désole Peter Ash, le président de l'ONG canadienne Under the same sun (Sous le même soleil). « Dans les deux procédures, les sorciers et les assassins ont été nommés, mais ceux au sommet de l'affaire, ceux qui peuvent payer jusqu’à 75 000 dollars pour un "philtre" à base de parties du corps d’un albinos, ceux-là n'ont jamais été inquiétés ».

« Pratiquement tous les politiciens consultent des sorciers avant une campagne électorale ou pour s’assurer du succès de leur politique, certains sont forcément impliqués », estime un avocat de Mwanza. Et il rajoute, fataliste : « Même si une personne prend le risque d’aller voir la police, il lui est très difficile d’apporter des preuves. Les sorciers ont beaucoup d’argent et peuvent soudoyer les policiers afin d’être relâchés, puis se venger sur toute la famille du dénonciateur. Personne ne prendra jamais un tel risque, parce que tout le monde croit en la sorcellerie ».