Les 24 sommets France-Afrique (1973-1981)


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De la réunion informelle de coopération entre la France et l'Afrique francophone au baromètre des relations de la France avec l'ensemble du continent, il y a un long chemin ponctué de 24 sommets, avec ses absents et ses présents.

Ier Paris 13 novembre 1973
Président français : Georges Pompidou
C'est le président nigérien Hamani Diori , relais influent de la diplomatie française en Afrique, qui a eu l'initiative de cette rencontre à laquelle assistent outre Hamani Diori, les piliers de la zone francophone : Félix Houphouët-Boigny (Côte d'Ivoire), Albert-Bernard Bongo (Gabon), le général Sangoulé Lamizana (Haute-Volta), le général Jean-Bedel Bokassa (Centrafrique), Léopold Sédar Senghor (Sénégal) et 4 délégations de ministère des Finances : Congo, Dahomey, Mali, Togo.
La réunion définit un cadre pour les futures rencontres :  organisme de concertation mutuelle de la coopération.

IIe Bangui 7 mars 1975
Président français : Valéry Giscard d'Estaing
Entre les deux rencontres, Hamani Diori a été victime d'un putsch. Le Niger est représenté par le lieutenant-colonel Seyni Kountché. le général Jean-Bedel Bokassa est devenu maréchal. Le major-général Juvenal Habyarimana (Rwanda), instigateur d'un coup d'État en juillet 1973, Michel Micombero (Burundi) sont présents ainsi que des délégations du Zaïre, de Maurice et des Seychelles.
On évoque la situation des pays enclavés, la lutte contre la sécheresse, les catastrophes naturelles et l'avenir de la francophonie. Le président français émet le voeu d'ouvrir la réunion aux pays lusophones (voisins des pays francophones et donc intéressés par la zone d'échanges commerciaux).

Au VIIIe sommet France-Afrique, en 1981 à Paris, la représentation des chefs d'Etat (20) fait un bond, puis en 1983 (24). En 1995, au XVIIIe sommet à Biarritz, 27 chefs d'Etat sont présents. Le record : 38 chefs d'Etat en 2003 au XXIIe sommet à Paris. © RFI

IIIe Paris 10 mai 1976
Président français : Valéry Giscard d'Estaing
Le major-général Habyarimana est devenu général. Le colonel Moussa Traore (Mali) et le général Gnassingbé Eyadéma (Togo) sont présents. Le Dahomey, devenu Bénin, est représenté par le ministre de l'Industrie et de l'Artisanat. Les pays lusophones (Cap-Vert, Guinée-Bissau, Sao Tomé & Principe) ont également des représentants. L'Union des Comores, indépendante en juillet 1975, participe à la réunion avec son ministre de l'Intérieur.
Les questions monétaires et économiques de l'Afrique indépendante sont à l'ordre du jour ainsi que l'aide au développement. On décide de la création de deux fonds : un fonds de promotion de l'Afrique, financé par les pays industrialisés et un fonds de solidarité africain, financé par les pays africains et la France. La France participe aux côtés de l'Allemagne fédérale, la Suède et le Canada au Fonds africain de développement de l'OUA.

IVe Dakar 20 avril 1977
Président français : Valéry Giscard d'Estaing
Le Tchad et les Seychelles, indépendantes en juillet 1976, sont représentés par leurs chefs d'État, respectivement, le général Félix Malloum et James Mancham. Un observateur : le Territoire des Afars et des Issas.
L'influence soviétique gagne du terrain sur le continent provoquant de nouvelles tensions : les pays lusophones plongent dans des conflits intérieurs qui vont vite dépasser les frontières. La Corne de l'Afrique voit des changements d'alliance. La guerre qu'a entrainé la décolonisation du Sahara espagnol, fait rage. Les problèmes de sécurité sont à l'ordre du jour mais l'inflation mondiale, les termes des échanges commerciaux et le dialogue Sud-sud restent les sujets dominants. Développement, paix, unité et coopération sont les maîtres-mots.

Ve Paris 22 mai 1978
Président français : Valéry Giscard d'Estaing
Le maréchal Jean-Bedel Bokassa est devenu Bokassa Ier.  Djibouti est indépendant depuis le 27 juin 1977 et est présent avec son président Hassan Gouled Aptidon. Le général Mobutu Sese Seko a fait pour la première fois le déplacement ainsi que le président Moktar Ould Daddah de Mauritanie. Tous deux ont de bonnes raisons.
Depuis une dizaine de jours, les rebelles katangais, basés en Angola, ont pénétré la province du Shaba au Zaïre. Le front Polisario au Sahara occidental (ex espagnol) est aux prises avec le Maroc et la Mauritanie. La Libye est entrée au Tchad. On parle du droit à la sécurité «garantie du développement» et d'un pacte d'assistance militaire entre États. La France fait une dotation exceptionnelle pour la lutte contre la sécheresse, accroît les moyens financiers du Fonds d'aide et de coopération, améliore les conditions de prêts de la Caisse centrale de coopération économique, future Agence française de développement. C'est à Paris que prend naissance l'idée, chapeautée par le Sénégal, de la réunion des chefs d'État et de gouvernement francophones. Elle prend forme en 1986, en devenant le Sommet de la Francophonie dans le cadre de l'Agence de coopération culturelle et technique.

VIe Kigali 21 mai 1979
Président français : Valéry Giscard d'Estaing
Le colonel Jean-Baptiste Bagaza, auteur du coup d'État de novembre 1976 au Burundi est présent ainsi que Ahmed Abdallah Abderamane, président renversé en 1975 par les mercenaires de Bob Denard, puis remis en selle par les mêmes mercenaires, en mai 1978 et élu quelques mois plus tard. Le Liberia est représenté par son ministre des Affaires étrangères. La Mauritanie, qui a déposé son président après la guerre contre le Polisario (Sahara occidental) a dépêché son Premier ministre, le lieutenant-colonel Bouceif,  Le Maroc, en pleine impasse au Sahara occidental, est représenté par un ancien ministre. La situation est compliquée au Tchad. Le vice-président du gouvernement provisoire est obligé de quitter la réunion pour «manque de représentativité». L'empereur Bokassa Ier, présent au sommet, voit la création d'une mission d'enquête par ses pairs sur les massacres d'écoliers en Centrafrique. Les problèmes de sécurité sont largement débattus (solidarité franco-africaine, force panafricaine contre les «États racistes de l'Afrique australe»). Les questions économiques et de développement sont toujours dominantes rehaussées par la tenue de la cinquième Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (7 mai au 3 juin) aux Philippines où est évoqué le nouvel ordre économique mondial. Valéry Giscard d'Estaing exprime le souhait d'une conférence euro-arabo-africaine.

VIIe Nice 8 mai 1980
Président français : Valery Giscard d'Estaing
Pour la première fois, la réunion a été préparée par les ministres des Affaires étrangères, un mois plus tôt. La Guinée équatoriale est présente avec son président Teodoro Obiang Nguéma Mbasogo qui a renversé son oncle Francisco Macias, l'année précédente. La Somalie et la Sierra Leone sont représentées par leurs présidents respectifs, le général Siad Barré et Siaka Stevens. Cacophonie tchadienne entre le représentant du gouvernement unitaire à Nice et Hissène Habré resté à N'Djamena. La Haute-Volta a envoyé cette fois son minitre des Finances. On est au début du deuxième choc pétrolier avec la désorganisation des circuits de distribution et une forte augmentation du prix du barril. La facture est lourde pour les pays dépourvus de ressources pétrolières (12 francophones). La sécheresse ravage le Sahel et décime la population. De nouveaux efforts financiers sont consentis. Le Sommet de Nice essaie d'avancer sur l'idée du trilogue entre pays africains dépourvus, arabes (pétrole) et européens (technologie) et donne une dimension culturelle au projet.

VIIIe Paris 3 novembre 1981
Président français : François Mitterand
Le général Kolingba a remplacé Bokassa Ier pour la Centrafrique et Abdou Diouf, Léopold Sédar Senghor pour le Sénégal. Goukouni Weddeye est présent pour le Tchad; le colonel Sayé Zerbo, qui a renversé le général Sangoulé Lamizana, représente la Haute-Volta, Denis Sassou-Nguesso, le Congo et Mathieu Kerékou, président du Bénin fait son premier déplacement. 

Le Soudan et l'Egypte ont envoyé leurs ministres. Le Zimbabwe, qui vient d'abandonner le carcan de la Rhodésie du Sud, est présent avec son ministre du Travail et l'Angola avec un vice-ministre. C'est le lieutenant-colonel Haïdalla qui représente la Mauritanie. Les pays arabophones sont en nombre (9) comme les anglophones (6). Pas moins de 10 militaires parmi les chefs d'Etat. Le changement à la tête de l'Etat français a attiré du monde. Préoccupée par la situation à N'Djamena, la France décide d'apporter son aide à la mise en place d'une force interafricaine. On émet le souhait de voir la Namibie accéder à l'indépendance dès 1982. Les participants soutiennent l'OUA dans le règlement du conflit au Sahara occidental. Sur le plan économique, un appel est lancé pour la stabilisation des cours des matières premières. François Mitterand promet que l'aide française au développement sera portée à 0,70% du produit national brut.
 

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