Les 24 sommets France-Afrique (1982-1990)


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De la réunion informelle de coopération entre la France et l'Afrique francophone au baromètre des relations de la France avec l'ensemble du continent, il y a un long chemin ponctué de 24 sommets, avec ses absents et ses présents.  

Au VIIIe sommet France-Afrique, en 1981 à Paris, la représentation des chefs d'Etat (20) fait un bond, puis en 1983 (24). En 1995, au XVIIIe sommet à Biarritz, 27 chefs d'Etat sont présents. Le record : 38 chefs d'Etat en 2003 au XXIIe sommet à Paris. © RFI


IXe Kinshasa 8 octobre 1982

Président français : François Mitterrand
L'OUA est en crise à propos du Sahara occidental. Kinshasa fait salle comble avec 37 pays participants. La Gambie est représentée pour la première fois par Daouda Jawara, son président. L'Angola, le Nigeria et la Tanzanie participent à un niveau ministériel. Hissène Habré, qui a renversé Goukouni Weddeye trouve la consécration de son gouvernement et les crédits sont débloqués pour le Tchad. La France se présente comme le champion de la cause africaine dans le dialogue Nord-Sud et plaide en faveur d'un rééquilibrage des échanges économiques, notamment face aux États-Unis. Toutefois, elle met un bémol à sa solidarité affichée : pas question de «se substituer aux grands pays qui ont pris du retard, n'ont pas compris et ont limité leurs vues du monde aux rapports de force militaire». Les pays renouvèlent leur souhait de voir la Namibie accéder à l'indépendance en 1983 Côté économique, des négociations vont être entreprises auprès de l'Onu et de la Cnuced pour obtenir une régulation des cours des matières premières. François Mitterrand s'engage à ce que l'aide au développement de la France atteigne 0,7% du PIB pour 1988.

Xe Vittel 3 octobre 1983
Président français : François Mitterrand
Thomas Sankara (Burkina Faso) et João Bernardo Vieira (Guinée-Bissau) sont présents. Le Kenya est pour la première fois représenté. La question du Sahara occidental et du Tchad empoisonne toujours la bonne marche de l'OUA et François Mitterrand répète à nouveau que les sommets France-Afrique ne peuvent se substituer à l'organisation africaine : la France et ses troupes sont dans un imbroglio politico-militaire au Tchad et aimeraient que les Africains trouvent une solution pour le pays. Le Maroc s'engage à respecter le résultat du référendum au Sahara occidental. En ce qui concerne l'indépendance namibienne, François Mitterrand marque son impatience de ne pas voir avancer les travaux du Groupe de consultation occidental. Sur le plan économique, c'est un nouvel appel aux pays industrialisés et au FMI pour que les pays en voie de développement puissent bénéficier des droits de tirage spéciaux .

XIe Bujumbura 11 décembre 1984
Président français : François Mitterrand
La France a évité la confrontation avec la Libye au Tchad et le Congolais Denis Sassou Nguesso  joue les intermédiaires entre factions tchadiennes. Ce sont les problèmes économiques qui reprennent le dessus avec la sécheresse et son corollaire la famine (Tchad, Ethiopie), l'insécurité alimentaire, l'endettement des États. Pour la première fois, on met en exergue la course à l'armement, qui prive les pays africains d'une partie de leur développement. La France annonce la création d'un fonds spécial pour l'Afrique ouvert à tous les pays désireux d'y souscrire. On envisage également la création d'une Maison de l'Afrique à Paris.

XIIe Paris 11 décembre 1985
Président français : François Mitterrand
Première représentation (ambassadeur) du Botswana à ce sommet. Le colonel Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya, qui a renversé son prédécesseur Mohamed Khouna Ould Haidalla (Mauritanie), un an plus tôt, a rejoint Paris. Le roi Hassan II est également présent : la question du référendum au Sahara occidental est à l'ordre du jour. Au Tchad, La France a le sentiment de s'être «fait avoir» en retirant ses troupes, ce que n'a pas fait la Libye. Les pays africains sont étonnés de ne pas voir de réplique militaire française. Mais «l'unité du Tchad concerne les Tchadiens» réaffirme François Mitterrand. Au «menu» économique : les États africains sont écrasés par leurs dettes et sont incapables d'aller de l'avant. Le président François Mitterrand souligne son engagement en faveur de l'Afrique auprès des instances internationales (sommet des pays industrialisés, GATT, etc). Le régime d'apartheid en Afrique du Sud s'invite aussi dans cette rencontre et décroche une condamnation sans faille. La dispute entre la France et les Comores sur le statut de l'île de Mayotte (qui a voté deux fois pour son maintien comme département d'outre-mer français) n'est pas règlée et le président français laisse entendre qu'il y a eu une «erreur»dans le passé. L'Onu est convoquée pour une session extraordinaire sur la dette africaine. La décision de créer une Maison de l'Afrique est entérinée.

XIIe Lomé 13 décembre 1986
Président français : François Mitterrand. Le Premier ministre, Jacques Chirac assiste également à la réunion. Un symbole de la cohabitation politique.
Le Liberia et le Soudan sont représentés pour la première fois à un haut niveau : Samuel Doe et Ali Hassan Taj Eddin conseiller spécial du nouveau président Sadiq al-Mahdi pour les questions africaines. Le sommet compte un invité spécial : Jacques François membre du Conseil national de gouvernement mis en place par le général Namphy, à Haïti.
Au Tchad : Goukouni Weddeye se retourne contre ses alliés libyens et fait alliance avec Hissène Habré. L'unité retrouvée des Tchadiens est saluée mais le dispositif militaire français (Epervier) est toujours en place pour contenir les troupes libyennes. Le Togo sort tout juste d'une attaque commando  (23 septembre) et le président Gnassingbé Eyadema qui a fait appel aux militaires français dans le cadre des accords de défense, dénonce «les forces ennemies de la paix qui exporte la violence terroriste». François Mitterrand appuie la proposition de plan Marshall pour les États africains soumise par le président togolais, en donnant cinq lignes de conduite : assurer une croissance élevée et durable aux pays en voie de développement, augmenter les aides publiques à ces pays, ouvrir les marchés du Nord aux produits de ces pays, résoudre le problème de l'endettement et progresser vers le désarmement. Soutien à nouveau au référendum au Sahara occidental et condamnation du régime d'apartheid en Afrique du Sud.

XIVe Antibes 10 décembre 1987
Président français : François Mitterrand. Le Premier ministre, Jacques Chirac, assiste également à la réunion.
Pour la première fois, Félix Houphouët-Boigny est absent (raisons de santé). Abdou Diouf est en campagne électorale au Sénégal.
Le gouvernement français a fait parvenir une note aux participants avant la rencontre, avec deux thèmes de discussion : dette publique et les prix des matières premières. Les deux sont liés. Le Zaïre soutient l'idée d'une conférence internationale sur la dette qui offrira l'occasion d'un forum de négociations entre partenaires : proposition retenue par le sommet. La France envisage un rééchelonnement des dettes africaines et décide de contribuer à hauteur de 500 millions de dollars aux facilités des programmes d'ajustement structurel du FMI. L'avenir de la zone franc et le marché unique européen à l'horizon 1992 sont également évoqués. Le Tchad est toujours en situation de fragilité. Le Zaïre prend langue avec l'Angola qui a dépêché son ministre de l'Intérieur, à propos du soutien apporté à Jonas Savimbi et les troupes de l'Unita contre Luanda.

XVe Casablanca 14 décembre 1988
Président français : François Mitterrand
Après 4 sommets d'absence, c'est le retour du Burkina Faso, avec Blaise Compaoré, qui a renversé son ancien compagnon d'arme et prédécesseur Thomas Sankara (assassiné en 1987). Pierre Buyoya, le Putchiste de consensus comme le surnomme le quotidien français Libération, a déposé Jean-Baptiste Bagaza, un an plus tôt. au Burundi. Lansana Conté représente la Guinée. La situation au Tchad s'est  apaisée, la Namibie est proche de voir son indépendance (mars 1990), les Cubains ont quitté l'Angola. Enfin, le Maroc a accepté la procédure du référendum au Sahara occidental. Restent les questions économiques avec la dette et le prix des matières premières. Les États africains se plaignent des interventions du FMI et de la Banque mondiale.

La France réitère sa promesse d'annuler le tiers de la dette des pays pauvres et rend compte de sa mission auprès des institutions internationales sur la question de la dette.  Le marché unique européen ? Si on annonce que la parité avec le FCFA sera maintenue, il est question de restructurer le système bancaire africain. Un Observatoire du Sahara, chargé de suivre les évolutions climatiques et une cellule d'urgence sur les migrations des criquets pélerins sont créés.

XVIe La Baule 19 juin 1989
Président français : François Mitterrand
Première apparition du chef d'État ougandais, Yoweri Museveni qui a pris le pouvoir en janvier 1986 et du Mozambicain Joaquim Chissano, qui a accédé au pouvoir en novembre de la même année, à un sommet France-Afrique. Le «bloc» soviétique a du plomb dans l'aile et incite à assouplir les politiques intérieures. La Baule c'est LE discours sur la prime à la démocratie, en termes exacts: «Il y aura une aide normale de la France à l'égard des pays africains, mais il est évident que cette aide sera plus tiède envers ceux qui se comporteraient de façon autoritaire, et plus enthousiaste envers ceux qui franchiront, avec courage, ce pas vers la démocratisation.» Réactions plus que mitigées des partenaires africains sur le sujet. Sur le plan économique, la France avance l'idée d'un Fonds spécial mondial alimenté par les droits de tirage spéciaux. Le président français se dit hostile à la dévaluation du FCFA et confirme son rattachement à la future monnaire européenne.  L'aide financière distingue les pays les moins avancés (PIB annuel par habitant inférieur à 500 dollars) pour qui la France fait des dons et les pays intermédiaires où les taux d'intérêt des emprunts seront limités à 5%.

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