Les 24 sommets France-Afrique (1992-2007)


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De la réunion informelle de coopération entre la France et l'Afrique francophone au baromètre des relations de la France avec l'ensemble du continent, il y a un long chemin ponctué de 24 sommets, avec ses absents et ses présents.

Au VIIIe sommet France-Afrique, en 1981 à Paris, la représentation des chefs d'Etat (20) fait un bond, puis en 1983 (24). En 1995, au XVIIIe sommet à Biarritz, 27 chefs d'Etat sont présents. Le record : 38 chefs d'Etat en 2003 au XXIIe sommet à Paris. © RFI


XVIIe Libreville 5 octobre 1992

Président français : François Mitterrand. Malade, le président ne fait pas le déplacement et dépêche son Premier ministre, Pierre Bérégovoy.
Le sommet ne semble pas mobiliser l'attention des chefs d'État africains non seulement en raison de l'absence de François Mitterrand mais aussi parce que ces derniers sont encore sous «le choc La Baule». Les conférences nationales font leur travail de démocratisation dans quelques pays. Nicéphore Soglo (Bénin), élu en 1991, remplace Mathieu Kérékou. Alpha Oumar Konaré est élu démocratiquement en février 1992, Pascal Lissouba est élu en août au Congo. Au Rwanda, des pourparlers sont entamés après la pénétration du Front patriotique rwandais sur le territoire national. Didier Ratsiraka (Madagascar), par ailleurs peu présent aux sommets, va bientôt être remplacé par Albert Zafy, après 16 ans de pouvoir. La Somalie est en proie aux guerres de chef depuis l'éviction de Siad Barré, en janvier 1991. Idriss Déby a été désigné président par ses pairs au Tchad après la fuite de Hissène Habré. Avec l'assassinat de Samuel Doe, en septembre 1991, le Liberia est entré dans la spirale de la violence. Côté économique, la France réaffirme son refus de la dévaluation du FCFA et se range à l'avis de ses alliés africains sur les conditions imposées par les institutions internationales en échange de leur aide. Un fonds de conversion de créances pour le développement est créé. Le Cameroun, le Congo, la Côte d'Ivoire et le Gabon en bénéficient. Une proposition d'harmonisation du droit des affaires et du travail entre pays de la zone franc a reçu le feu vert du sommet.

XVIIIe Biarritz 7 novembre 1994
Président français : François Mitterrand. Le Premier ministre, Edouard Balladur assiste également au sommet.
L'Éthiopie et l'Érythrée, qui est devenue indépendante de la première, depuis mai 1993, sont représentées pour la première fois par leur chef d'État : Melès Zenawi et Issayas Afeworki. Première fois aussi pour l'Afrique du Sud, présente avec le vice-président Thabo Mbeki ainsi que le Cameroun, avec Paul Biya, qui se maintient fermement au pouvoir depuis novembre 1982. Mahamane Ousmane, premier chef d'État nigérien élu démocratiquement, assiste à la réunion. Henri Konan Bedié, élu avec un score de plus de 96% des voix, a pris le siège du défunt Félix Houphouët-Boigny pour la Côte d'Ivoire. Le génocide a ravagé le Rwanda en avril-mai. Les militaires français sont intervenus avec une mission «humanitaire» ambigüe. Pour la première fois, le Rwanda n'est pas invité au sommet. Les aléas de l'intervention internationale dans le pays conduisent la France à proposer une prise en charge de ce genre d'opération par les Africains. Le maréchal Mobutu, après deux sommets d'absence, est de retour : le conflit du Rwanda a enflammé le Kivu, au sud-est du Congo-Kinshasa. La dévaluation du FCFA a eu lieu en janvier. Elle est un choc indescriptible pour les 14 pays de la zone franc.La France s'efforce de rassurer les Africains de son soutien auprès des institutions financières afin d'obtenir des mesures de protection des populations touchées par la dévaluation du FCFA et une relance des économies nationales.
Biarritz constitue la cérémonie des adieux de François Mitterrand. Très diminué physiquement, il a à gérer une nouvelle cohabitation politique, et est éclaboussé par de nombreuses affaires. On voit apparaître une lutte interne pour le contrôle des questions africaines. Les organisations non gouvernementales ont organisé un contre-sommet.

XIXe Ouagadougou 4 décembre 1996
Président français : Jacques Chirac
Le Nigeria est présent en la personne du général Sani Abacha, président autoproclamé. Le colonel Ibrahim Baré Maïnassara (Niger), qui a renversé Mahamane Ousmane en janvier, a été élu en juillet et assiste à la réunion. Mohamed Taki Abdoulkarim, a pris le siège de Mohamed Djohar pour les Comores. Le Botswana signe son retour avec le président Quett Ketumile Masire, en poste depuis 1980. La réunion a été préparée à l'avance au mois d'août, avec un thème retenu «Bonne gouvernance et développement» Les discussions sont riches et le communiqué final propose plusieurs directions : réformes économiques, aspect social du développement, État de droit et ses obligations, réorganisation des fonctions publiques, consolidation des structures démocratiques, réduction des dépenses militaires, transparence, intégration régionale, appui au secteur privé etc. En matière de sécurité, c'est la première guerre dans la région des Grands Lacs qui monopolise l'attention avec la rebellion du Kivu. Le maréchal-président Mobutu est absent du sommet. L'autre dossier concerne la Centrafrique où 3 mutineries militaires ont eu lieu dans les mois précédents. Le président Ange Patassé, absent du sommet, n'a du sa survie au pouvoir qu'à l'intervention française.  Dans le souci de responsabilisation des Africains à l'égard des conflits du continent, une mission bons offices de quatre chefs d'État est envoyée à Bangui, peu après le sommet. L'initiative fait date. Autre sujet de préoccupation abordée : la dissémination des mines antipersonnel qui concerne directement une vingtaine de pays.

XXe Paris 27 novembre 1998
Président français : Jacques Chirac
Avec Jerry John Rawlings et Daniel Arap Moi, le Ghana et le Kenya sont pour la première fois à la table de rencontres des chefs d'État. La Namibie est également représentée à son plus haut niveau avec Sam Nujoma, élu en 1990. Il y a aussi Charles Taylor (Liberia), Ahmad Tejan Kabbah (Sierra Leone) et le Premier ministre, Sibusiso Dlamini (Swaziland). En tout, 13 pays anglophones sont à Paris.
Le conflit des Grands lacs est le sujet dominant (le président Laurent-Désiré Kabila est présent pour la première et dernière fois) et suscite de longs débats, mais d'autres conflits ravagent le continent. L'Érythrée et l'Éthiopie en décousent depuis le mois de mai (Meles Zenawi est à Paris). Après le coup d'État en Guinée Bissau, on s'oriente vers un accord de paix et des élections. Le président comorien Mohamed Taki est mort trois semaines auparavant dans des circonstances étranges. Les sujets sont quasi imposés par l'actualité : rôle de l'Onu et maintien de la paix, prévention de conflits, et construction post-conflits, lutte contre le trafic d'armes légères, élimination des mines antipersonnel, sécurité et développement et l'évaluation de la mission de la Minurca en Centrafrique.

XXIe Yaoundé 18 janvier 2001
Président français : Jacques Chirac
Les Comores sont les seules à n'avoir pas été invitées à ce sommet pour cause de coup d'État (avril 1999) et la promesse d'un calendrier d'élections, non tenue par le colonel Azali. La veille du sommet, Laurent-Désiré Kabila a été assassiné. Inquiets, Robert Mugabe (Zimbabwe) et Denis Sassou Nguesso (Congo) n'ont pas fait le voyage. Ce meurtre sera à l'origine d'intenses discussions bilatérales (l'Onu et l'Oua sont représentées) mais aussi d'échanges plutôt vifs entre le Premier ministre rwandais et le ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo. Pour la première fois, l'Algérie est présente au niveau du chef de l'État, Abdelaziz Bouteflika ainsi que le Soudan avec Omar el-Béchir. Mohamed VI en personne représente le Maroc. Les deux dernières années ont été turbulentes au Niger, et c'est Mamadou Tandja qui est à Yaoundé. Pour la Somalie, c'est le tout nouveau président Abdoulkassim Salat Hassan, vivant, pour des raisons de sécurité, à Djibouti, qui est venu. L'ordre du jour, l'Afrique face aux défis de la mondialisation, est consistant et a été préparé à l'avance. À la suite des exposés des différents chefs d'État, la France annonce une série de mesures pour accélérer le processus des allégements de dette pour les pays pauvres très endettés. Jacques Chirac organise en marge du sommet une réunion du Conseil de l'Entente sur la Côte d'Ivoire.

XXIIe Paris 19 février 2003
Président français : Jacques Chirac
Beau palmarès de présence de chefs d'État : 37. Chefs de gouvernement : 5. Pays participants : 52. Seule la Somalie manque à l'appel faute de gouvernement. Paul Kagame du Rwanda est présent mais sa rencontre avec Jacques Chirac reste circonspecte. L'invitation de Robert Mugabe (Zimbabwe) a fait grincer des dents l'Union européenne. Laurent Gbagbo (Côte d'Ivoire) est aux prises avec des rebelles et l'assassinat du général Robert Gueï en septembre 2002 a envenimé la situation. Il a envoyé son Premier ministre. Les Américains s'apprêtent à envahir l'Irak et la France compte bien trouver le soutien de ses alliés contre cette opération. Le sommet se déroule sur le thème du partenariat dans la foulée du Nouveau partenariat pour le développement en Afrique (NEPAD), lancé en 2001. La France lance un appel à plus de démocratie et de justice, faisant de la lutte contre l'impunité, un nouveau cheval de bataille : le Statut de Rome, qui régit la Cour pénale internationale, est entré en vigueur le 1er juillet 2002.

XXIIIe Bamako 3 décembre 2005
Président français : Jacques Chirac.
Hissène Habré (Tchad) est en exil au Sénégal, poursuivi pour crimes contre l'humanité. Omar Bongo (Gabon) fait une courte incursion. Sa réélection fin novembre est plus que contestée au pays. L'Angola n'est pas représenté pour cause d'Angolagate. Le Congolais Joseph Kabila, le Rwandais Paul Kagame et le Burundais Pierre Nkurunziza absents eux-aussi, la région des Grands-Lacs n’a finalement pas tenu le rang annoncé, malgré la présence du président de la commission européenne, l’ancien ministre des Affaires étrangères belge, Louis Michel. La présidente du Liberia, Ellen Sirleaf, première femme portée à la magistrature suprême en Afrique, se fait longuement applaudir par les participants. C'est la Côte d'Ivoire, avant même la guerre au Darfour (Soudan), qui occupe les esprits. La nomination du Premier ministre ivoirien, intervient juste après la clôture du sommet comme une conséquence des discussions qui s'y sont tenues.
Celui-ci est consacré à la jeunesse africaine, sa vitalité, ses espoirs et ses difficultés. Hasard de l'agenda : la France sort tout juste d'un mois d'émeutes des jeunes des banlieues. À Bamako, la rencontre des chefs d'État (25)  s'inscrit aussi dans la prolongation du forum de la Jeunesse qui s'est déroulé un mois plus tôt. La formation, l'insertion économique, les migrations, les retours au pays et la lutte contre le VIH/sida, le paludisme et les autres maladies infectieuses sont à l'ordre du jour. Tous les sujets au menu du sommet étant renvoyés à des réunions ou à des programmes à venir, la réponse à la jeunesse consiste surtout en un engagement à «développer et à rendre accessible les technologies de l’information» et à redoubler d’efforts dans les domaines de la formation professionnelle ou de la santé. Plus encore que l’image des banlieues parisiennes quadrillées par les forces de l’ordre, ce sont visiblement les commentaires politiques et les mesures répressives qui ont semé l’émoi parmi les jeunes africains. L’heure de la mondialisation a sonné la fin du «rêve français» pour les jeunes, qu’il prenne forme d’aide budgétaire ou de visas.

 XXIVe Cannes 15 février 2007
C'est le dernier sommet du président français, Jacques Chirac.
31 chefs d'État, 9 délégations. Certains veulent y voir la fin des réseaux de la Françafrique et l'installation pleine et entière de l'Union européenne dans les discussions avec l'Afrique (la chancelière allemande Angela Merkel, présidente de l'UE et du G8, et Louis Michel, le commissaire européen au Développement, sont présents). Parmi les dirigeants africains présents à Cannes, Abdelaziz Bouteflika, le président de l'Algérie et le président djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh. Protégé par son immunité diplomatique, ce dernier n'a pas répondu à la convocation d'un juge français qui souhaite l’entendre dans l’instruction de l’affaire de l'assassinat du magistrat Bernard Borrel, en 1995. La guerre au Darfour a dépassé les frontières, le président Omar el-Béchir est présent ainsi que les chefs d'État des pays voisins du Soudan. La Guinée, en pleine tourmente, est absente. De même, les présidents sud-africain (Thabo Mbeki), ivoirien (Laurent Gbagbo) et zimbabwéen (Robert Mugabe). Ce dernier est interdit de séjour en Europe en raison de graves violations des droits de l'homme dans son pays. 

Le thème central  du sommet : la place de l’Afrique et de ses matières premières dans la mondialisation et les rapports avec la société de l'information. Les Européens, s’inquiètent de l’intérêt croissant des puissances émergentes - Chine, Inde, Brésil - pour les matières premières africaines, indispensables pour alimenter leur croissance économique. En parallèle, Jacques Chirac insiste sur la nécessité de trouver des mécanismes innovants pour l'aide au développement et se félicité du succès d'Unitaid, la taxe sur les billets d'avion destinée à financer un fonds mondial pour les médicaments. Un contre-sommet France-Afrique a été à nouveau organisé par des organisations non gouvernementales.


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