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Les coulisses du 25e sommet Afrique-France


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Propos entendus et scènes vues par les envoyés spéciaux de RFI à Nice : Sébastien Nemeth, Christophe Boisbouvier, Jean-Karim Fall, Boniface Vignon, Anne-Marie Capomaccio, William Niba, Ariane Poissonnier, Marion Urban.  

Samedi 29 mai. 17h30Hôtel Novotel, bureau des accréditations. La délégation officielle de Sao Tomé & Principe vient récupérer ses laisser-passer. Elle s'identifie comme telle aux préposés. «Presse écrite ou audiovisuelle ?» se voit-elle demander.

Samedi 29 mai. 18h30Palais de la Méditerranée, Promenade des Anglais. Les limousines et voitures diplomatiques font leur apparition. Des Congolais, en costume. Un peu tendus. Ils font le pied-de-grue devant l'imposant bâtiment. «Nous sommes de Nice. Nous voudrions parler à Denis Sassou Nguesso». Ils s'éloignent, pas très à l'aise, avec des signes de dénégation en réponse aux questions subsidiaires.

Dimanche 30 mai. 12h30. La station de taxis. En face de l'hôtel Méridien. En route pour Saint-Laurent-du-Var où les sans-papiers qui ont marché depuis le 1er mai pour rejoindre Nice ont prévu une halte. Le chauffeur grommelle contre les «zones interdites» à la circulation. «Regardez, dit-il en désignant la succession de voitures de couleur noire et aux vitres fumées «lls ont loué 400 véhicules qu'ils mettent à la disposition des participants du sommet». Le seul budget avoué par l'Elysée pour «un France-Afrique»: 7 à 8 millions d'euros, à Cannes.

Dimanche 30 mai. 15h. Gare RER à Riquier.  «Même si nous ne les rencontrons pas, nous avons gagné». La voix est forte, puissante. Le regard fier. Mais, l'émotion est palpable. Un tremblement dans les intonations. De l'eau dans les yeux ? «Nous avons été soutenus dans notre marche. Les gens nous ont accueilli partout chaleureusement» poursuit-il vaillamment devant le micro. On parcourt mentalement avec lui, 30 jours de marche entre Paris et Nice. C'est long. Il en faut de la conviction ou du désespoir.

Dimanche 30 mai. 18h. Centre de presse. «Comme on dit en wolof, je ne peux pas passer sans dire bonjour aux parents». Jacques Diouf, directeur général de la FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture est entré dans l'espace de travail des envoyés spéciaux de RFI.

Dimanche 30 mai. 22h30. Palais de la Méditerranée. Les ministres des Affaires étrangères dînent. Les journalistes guettent leur sortie, à la recherche des confidences, du "off". Passe le conseiller du président français pour les questions africaines, Robert Bourgi. Il salue des journalistes et jette un oeil sur le livre Aujourd'hui, l'Afrique, coédité par RFI.
- Je peux en avoir un ?
- C'est 20 euros...
L'héritier de Jacques Foccart ouvre son porte-monnaie et en tire un billet avant de s'éloigner avec le livre.

Lundi 31 mai. 3h30. Jardin Albert 1er. Un fracas dans la rue. Les employés municipaux sont en train de placer des barrières métalliques le long des trottoirs de l'avenue. Des camions sillonnent la ville, tous feux clignotants dehors. On entend des bruits de jets d'eau projetés sur le sol. Des ombres marchent. Nice se prépare.

Lundi 31 mai. 8h30. Jardin Albert 1er. Deux cars arrêtés le long des barrières métalliques. Les touristes japonais sont les premiers à étrenner les nouveaux obstacles avec leurs valises à roulettes. Le tram boude l'arrêt de l'Acropolis, où le Palais des Congrès accueille tout à l'heure les chefs d'Etat.

 Lundi 31 mai. 10h30. Centre de presse. «Le président sud-africain Jacob Zuma a fait le voyage avec l'une des ses épouses. Elle est enceinte. Il se pourrait qu'elle accouche à Nice. Ce serait le 21eme enfant de Zuma». La presse d'Afrique australe est sur les dents. Il paraît que c'est tout un art de distinguer les coups de coeur et les favorites du président qui a épousé 5 femmes et qui a des relations extra-conjugales.

 Lundi 31 mai. 12h15. Dans le tram. Dialogue entre deux femmes.
- J'habite à Acropolis [lieu de réunion des délégations et chefs d'Etat]. Ils ont tout bouclé. Je me demande comment je vais rentrer chez moi.
- Vous avez une carte d'identité ?
- Oui
- Vous avez un justificatif de domicile ?
- Oui
- Alors, la police ne peut pas vous empêcher de rentrer chez vous
- Heureusement que cela ne dure que deux jours !
Intervention d'un autre voyageur du tram :
- Dans deux jours, on saura combien cela nous a coûté.



Lundi 31 mai.12h. Hôtel Boscolo. Le rendez-vous avec Salou Djibo, chef de la junte a été fixé à 12h "zéro zéro". Le nouvel homme fort de Niamey, officier militaire, arrive à 12h «tapante»pour l'interview. D'autres de ses pairs font attendre parfois plusieurs heures les journalistes ou annulent au dernier moment leur rendez-vous.

Lundi 31 mai. 14h15. Palais des congrès Acropolis. Les chefs d'Etat, assis dans de confortables fauteuils, sont sur l'estrade. Sommités et membres du public ont pris leurs écouteurs portables pour les traductions. Nicolas Sarkozy s'avance vers le micro. Le journaliste ghanéen se penche et demande discrètement à son homologue français: «c'est le Premier ministre ?»

Lundi 31 mai. 16h . Palais des congrès Acropolis. Tous les journalistes tempêtent depuis le début de l'après-midi : les chefs d'entreprise français et africains, qui constituent ce que le protocole élyséen appelle «les forces vives de la société» sont devenus des citadelles imprenables. Qui a donné la consigne d'empêcher les media d'accéder aux entrepreneurs français et africains ?  Personne ne le sait. Une consoeur est plus chanceuse que les autres et a réussi à interviewer l'un des participants. De quelle nature est son passe-droit ? Le cameraman de son équipe était à Djerba, en Tunisie, il y a quelques semaines dans un hôtel avec spa. L'entrepreneur, qui travaille beaucoup avec l'Afrique, ignorait que l'homme qui plongeait avec lui dans la piscine, était dans les média. Ils se sont retrouvés nez-à-nez dans l'hôtel, voisin du palais des congrès. La journaliste a décroché son "spécial économie".

Lundi 31 mai. Palais des congrès. Réunion des acteurs économiques. Donald Kaberuka, qui a vu son mandat de président de la Banque africaine de développement il y a 4 jours, s'exprime en anglais, puis en français. Paul Kagame, son président, est au premier rang. Question de protocole national.

Lundi 31 mai. 20h30. Espace Associations
. Projection d'un film sur l'assassinat de Thomas Sankara. Un échange vif s'ensuit où le mot francophonie est lâché. «Parler de francophonie me fatigue. Il faut laisser Senghor !», implore un Sénégalais qui a connu la période des indépendances africaines.

Lundi 31 mai. 21h. Palais des Rois sardes. «Cher Jacob, j'espère que les Bafana se montreront le 22 juin prochain plus accommodants avec l'équipe de France que les Lions de la Téranga en 2002. Si tel n'était pas le cas, Jacob, nous n'en voudrions pas plus à nos amis sudafricains qu'à nos frères sénégalais». Nicolas Sarkozy.
[L'équipe du Sénégal a battu la France 1 à 0, lors de la Coupe du monde de football en 2002]
 
Lundi 31 mai. 23h55. Centre de presse. Un journaliste, à l'attention d'un confrère «T'as fait la diplomatie-hôtel ?»
 

".... FORTES PERTURBATIONS SUR LE RESEAU". © Marion Urban/RFI

Mardi 1er juin. 7h15. Arrêts des tram. L'artiste français, d'origine suisse, Ben a essaimé ses maximes et pensées aux différentes stations du tram niçois. A la place Opéra-Vieille Ville, cela donne «J'attends l'impossible» et à la suivante, «Un jour après l'autre», puis en provençal «Qui cherche trouve».

Mardi 1er juin. 14h20. Palais des Congrès Acropolis. Les chefs d'Etat sont déjà montés dans leurs voitures et ont quitté le bâtiment à vive allure. Les délégations attendent leurs chauffeurs sur le parvis. Un agent de la sécurité annonce au talkie walkie, les pays. Chacun des convois est précédé de deux motards avec l'uniforme des grandes occasions et compte une voiture de sécurité surmonté d'un gyrophare bleuté dès qu'il y a plus de 2 véhicules.
Somalie : 2 voitures.
Kenya : 2 voitures.
Angola : 4 voitures et 1 minibus.
Sierra Leone : 3 voitures.
Mali : 3 voitures et 2 minibus. Une équipe de télévision malienne grimpe dans le véhicule.
Lesotho : 2 voitures
Togo : 4 voitures et 1 minibus.
Guinée : 3 voitures et 1 minibus (ils reviendront une seconde fois)
Ghana : 4 voitures et 1 minibus.
Ethiopie : 2 voitures et 2 minibus.
Bénin : 2 voitures
Guinée Bissau : 3 voitures et 1 minibus.
Côte d'Ivoire : 3 voitures et 1 minibus.
Cameroun : 4 voitures et 1 minibus.
Burundi : 1 voiture et 1 minibus
Rwanda : 2 voitures
...
France : 18 voitures dont 3 minibus.

 

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