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AFRIQUE-FRANCE/SOMMET - 
Article publié le : jeudi 03 juin 2010 - Dernière modification le : vendredi 04 juin 2010

L'entreprise, thème du 25e sommet Afrique-France

© J-B. Pellerin

Par MFI

Le sommet franco-africain de Nice, qui s’est achevé le 1er juin, a permis d’entamer un nouveau dialogue entre entrepreneurs. Des échanges destinés à donner un coup de fouet au secteur privé africain considéré aujourd’hui comme un des moteurs de la croissance économique au même titre que l’aide publique au développement (APD).

Si tous se sont accordés sur l’importance de cette première étape de dialogue, beaucoup reste à faire pour à la fois rendre compétitifs le secteur privé africain mais aussi les entreprises françaises qui travaillent en Afrique qui sont concurrencées par les nouveaux partenaires du continent africain comme la Chine, l’Inde ou le Brésil.

Le thème de l’entreprise a été au centre des discussions de cette rencontre au sommet qui a réuni autour du président français Nicolas Sarkozy et de plusieurs de ses ministres les dirigeants de 38 pays africains et les représentants des autres, seule Madagascar n’ayant pas été invitée.

Ce sujet comme les problèmes politiques abordés par les chefs d’Etat et de gouvernement dans leurs discussions à huis clos sur la gouvernance mondiale et le rôle de l’Afrique, en particulier l’élargissement du Conseil de sécurité de l’ONU, la réforme dans les relations franco-africaines ou le climat et le développement ont fait apparaître des points de convergence mais aussi des divergences, vu les intérêts différents de chacun.

Ainsi, en ce qui concerne le Conseil de sécurité l’Afrique réclame toujours un élargissement de quatre sièges, deux permanents et deux non permanents, mais accepte de discuter au prochain sommet de l’Union africaine l’éventualité de solutions intermédiaires prônées par la France.

De même, en ce qui concerne le climat et le développement, les points de vue restent différents entre les Africains qui ne veulent pas payer ou subir les conséquences de la pollution provoquée par les pays développés. Ils redoutent également, quand on parle de financements innovants tels que des taxes sur les transaction financières internationales, que ceux-ci ne soient destinés à remplacer à terme des diminutions de l’APD jugées inévitables en raison de la crise financière et économique qui frappe tout d’abord les pays riches qui sont aussi les plus gros bailleurs de fonds.

Les opérateurs économiques invités à jouer un rôle dans les sommets Afrique-France

Les différences d’approche sont aussi perceptibles dans les discussions qui ont accompagné les différents séminaires consacrés à l’entreprise : environnement des affaires, financement des entreprises, formation professionnelle, responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE) ou encore énergie renouvelables. Tant Christine Lagarde, ministre de l’Economie et des Finances, que Michel Roussin, ancien ministre de la Coopération et vice-président du Medef international se sont déclarés satisfaits de cette première étape. «C’est un nouveau paradigme. Il est important que les entreprises jouent un rôle plus important dans les sommets», nous a déclaré Christine Lagarde. Michel Roussin, qui travaille aussi pour Veolia et EDF, estime que l’invitation de nombreux chefs d’entreprise français et africains donne une impulsion au secteur privé de plus en plus considéré comme un interlocuteur essentiel pour le développement et traduit une évolution depuis les accords de Lomé puis de Cotonou liant les pays de l’Union européenne aux pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) qui étaient étatiques.

Pour Alain Viry, président du Conseil de surveillance de la Compagnie française  de l'Afrique de l'Ouest (CFAO), compagnie française de distribution qui opère dans 31 pays africains, l’invitation aux entreprises est une excellente initiative, d’autant plus que l’accent est mis sur la responsabilité sociale. «Notre entreprise a déjà des programmes pour lutter par exemple contre le VIH-sida», nous précise-t-il.

Ce point de vue est partagé par Philippe Chandezon de la BIPC, entreprise spécialisée dans la promotion immobilière, filiale de Bouygues, qui est aussi consul-honoraire du Burkina Faso au Gabon. Il a aussi créé un journal gratuit sur le monde des affaires déjà distribué en Côte d’Ivoire et au Gabon et espère faire de même dans six ou sept autres pays africains. Il estime qu’il y a eu un manque de communication en ce qui concerne les entreprises mais que la situation est en train d’évoluer.

L’énergie au menu de Nicolas Sarkozy et Jacob Zuma

De même à Nice des avancées ont été perçues en ce qui concerne les énergies renouvelables comme le projet Africasol, pour créer de l’énergie thermodynamique avec le lancement d’un consortium de grosses entreprises françaises et de quelques entreprises africaines candidates. Ce programme a pour objectif de contribuer à l’électrification du continent africain en utilisant une technologie solaire innovante. Des entreprises françaises du domaine de l’énergie, réunies sous l’égide du Medef International, dans le cadre du groupe de travail AfriquEnergies ont signé un protocole d’accord qui jette les bases du programme dont Alsthom, Areva, La Compagnie du Vent d’EDF, Lafarge, Aluminium Pechiney, Saint-Gobain, Total, Veolia, ou Vergnet, groupe qui a, par ailleurs, lancé un projet d’éoliennes moyennes en Ethiopie.

L’énergie en général a été un des sujets dominants notamment au cours du déjeuner entre Nicolas Sarkozy et le Président sud-africain, Jacob Zuma, y compris la construction de centrales nucléaires par la France, apprend-on de sources informées.

L’Afrique du Sud reste toujours la porte d’entrée des investisseurs étrangers en Afrique sub-saharienne et un candidat sérieux pour le Conseil de sécurité de l’ONU avec notamment le Nigeria. Des entrepreneurs africains estiment, par ailleurs, comme de nombreux participants, qu’il est nécessaire d’améliorer le climat des affaires et aussi d’harmoniser les systèmes juridiques entre francophones et anglophones envisageant les problèmes sur un plan régional.

La formation, y compris à distance, et la professionnalisation des services juridiques ont été considérés comme essentiels pour contrer notamment la corruption qui freine le travail des entreprises.

«Il faut essayer de rattraper le dialogue»

«Il s’agit d’une démarche pragmatique pour trouver des pistes et renforcer le droit car des administrations trop faibles sont un handicap pour les affaires», explique l’un des participants.

Des hommes d’affaires africains restent cependant circonspects et attendent de voir quel va être le suivi des discussions de Nice. Pour l’Ivoirien Joseph-Désiré Biley, directeur de Tropical Rubber Côte d'Ivoire (TRCI), filiale d'une société de Singapour qui exporte du caoutchouc, et président de la Fédération nationale des industries et services de Côte d'Ivoire (Fnisci), les entreprises françaises opérant en Afrique «ont du mal à rester dans la course. Les Africains ont changé mais la France reste parfois sur des clichés (vis-à-vis de l’Afrique). De même l’Afrique a besoin de leaders qui aient une vision, un projet de société», souligne-t-il. Son concurrent et néanmoins ami Jean-Louis Billon, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire, tout en saluant l’initiative «d’avoir associé pour la première fois le secteur privé africain et français aux discussions du sommet qui étaient toujours politiques», a mis l’accent sur les déficits que connaît encore l’Afrique en matière de cadres juridiques des affaires ou d’infrastructures ( chemins de fer, ports, transports aériens). «J’aimerais voir la France plus intéressées par l’Afrique, ajoute-t-il, estimant qu’elle se tourne plutôt vers l’Union européenne ou le projet d’Union pour la Méditerranée alors que l’Afrique est la prochaine zone de croissance».

Il estime aussi que si la Chine arrive en Afrique, c’est peut-être pour combler un vide, jugeant que les entreprises françaises ne sont pas souvent très compétitives. «Il faut essayer de rattraper le dialogue, ajoute-t- il, sans toutefois partager le point de vue radical d’un responsable africain d’une boîte de communication : «les seuls entrepreneurs [étrangers en Afrique : NDLR] sont absents. Il s’agit bien sûr des Chinois».

Ouvert aux syndicats, la réunion n'a bénéficié que de 3 de leurs représentants : 1 Africain et 2 Français (CFDT et CFTC). 

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