Ushahidi, le témoignage des sans-voix


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Au Kenya est née, il y a deux ans, une plate-forme qui se répand désormais dans le monde entier. Ushahidi, qui veut dire « témoignage » en swahili, est un logiciel mis en place pendant les violences post-électorales de 2008, et qui permet à tout le monde d’envoyer des informations par sms ou courriels sur des crises, des catastrophes naturelles, ou durant des périodes électorales. Les informations sont rassemblées sur des cartes accessibles sur le site, qui a gagné ses lettres de noblesse lors du tremblement de terre en Haïti.

Ils déambulent entre les chemins marécageux du bidonville de Kibera, le plus grand bidonville de Nairobi. GPS dans une main et questionnaire dans l’autre, ils s’arrêtent à chaque clinique privée, point d’eau ou dépôt d’ordures du quartier Soweto ouest. « Là, nous sommes près du chemin de fer, explique Douglas Namale. C’est important de relever les points d’ordures pour informer la population sur les dangers sanitaires. En se référant à notre carte, ils savent que ces endroits sont à éviter ».

Cette jeune équipe de volontaires récoltent depuis plusieurs mois des données sur la santé, l’éducation ou la sécurité et, via le logiciel Ushahidi, rassemblent toutes ces informations sur des cartes, accessibles sur le site, mapkibera. Leur organisation, « Voice of Kibera  » (voix de Kibera) est un des exemples nombreux d’utilisation de ce logiciel, créé en 2008, par une avocate kenyane, Ory Okolloh vivant en Afrique du sud.

A l’origine, il s’agissait de cartographier en temps réel les incidents qui avaient lieu durant les violences post-électorales de 2008 au Kenya, via des informations envoyées par sms ou courriels par les citoyens. Depuis, l’initiative s’est répandue et a provoqué l’intérêt de nombreuses organisations, des médias (Al Jazeera) et des ONG dans tous les coins du monde, Afrique du Sud, Gaza, et dernièrement, le tremblement de terre en Haïti où les ONG se sont beaucoup référées aux cartes d’Ushahidi pour venir en aide aux victimes.

« Nous voulons faire participer les habitants de Kibera, qui sont trop mis de côté dans la vie citoyenne, explique Regynnah Awino, volontaire comme Douglas. Si de nouvelles violences surgissent, nous serons capables d’informer la population grâce au réseau que nous mettons en place actuellement. Si des maisons brûlent à Laisanaba (quartier de Kibera), nous pourrons mettre en ligne l’information après l’avoir vérifiée grâce à nos contacts sur le terrain ».

Une idée venue d’Afrique

Dans un immeuble moderne de la rue Ngong, l’équipe d’Ushahidi organise de plus en plus souvent des rencontres avec des ONG ou des consultants qui ont entendu parler de l’initiative et qui réfléchissent à la manière de l’utiliser. « C’est révolutionnaire, admet Alun Mac Donald, porte-parole d’Oxfam. Cependant, nous nous interrogeons pour l’instant sur la vérification de toutes les informations qui pourraient nous parvenir. En temps de crise, il ne faudrait pas que l’aide se dirige prioritairement vers les zones où les gens ont accès à internet et donc ont les moyens d’alerter sur la situation. D’autres zones moins couvertes peuvent avoir besoin d’une aide plus urgente ».

Pour Erik Hersman, cofondateur d’Ushahidi, le logiciel doit pouvoir être utilisé librement par tous ceux qui le souhaitent, car « c’est un moyen de contourner les canaux traditionnels, médias, gouvernement ou agences humanitaires qui parfois font de la rétention d’information ».

Les membres d’Ushahidi ne cherchent pas à s’étendre, à devenir une grosse entreprise, ils souhaitent avant tout que l’outil puisse se propager dans le monde entier et servir les sans voix. « Bien sûr, je me sens fière que cette idée soit née au Kenya, en Afrique, explique Rebecca Wanjiku membre de la plate-forme. Même s’il a fallu une grave crise dans mon pays pour qu’elle puisse surgir, j’espère qu’elle servira à d’autres pays, et pourra s’étendre à des problématiques de temps de paix, comme l’accès aux médicaments ».