La situation des droits de l’homme en Libye est «toujours désespérée»


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L’organisation humanitaire Amnesty International a publié ce mercredi 23 juin 2010 un rapport au sujet de la situation « toujours aussi désespérée » des droits de l’homme en Libye. Ce document accablant décrit un pays sous chape de plomb.

C'est la première fois, depuis des années, qu'une ONG internationale sort un document fourni et précis sur la Libye du colonel Kadhafi, un Etat où la société civile est totalement absente et où le système policier et judiciaire condamne, torture et applique la peine de mort « en toute impunité ». La situation des droits de l'homme en Libye est « catastrophique », selon Hassiba Hadj Sahraoui qui est l'une des chercheuses d'Amnesty International qui s'est rendue dans ce pays pour une mission en mai 2009 : « Il y a des forces de sécurité, notamment la sécurité intérieure, qui n’ont aucune obligation de rendre des comptes, qui ont des pouvoirs absolus, qui sont omniprésentes. L’omnipotence des forces de sécurité, notamment de la sécurité intérieure, doit cesser ».

Les autorités libyennes se sont livrées à de graves violations des droits humains dans les années 1990, notamment en 1996 avec les événements de la prison d'Abou Salim, avec le massacre d’au moins 1 200 prisonniers. Ces faits ont été reconnus par les autorités de Tripoli en 2004. Mais aucune enquête n'a vu le jour malgré les promesses. Il faut noter que les deux principales prisons de Tripoli sont gérées par l’Agence de sécurité interne.

Parmi les nombreuses victimes du régime libyen, on retrouve les migrants, réfugiés et demandeurs d'asile d'origine sub-saharienne. Rien ne leur est épargné : arrestations, détention illimitée, et même la peine de mort pour certains, a ajouté Hassiba Hadj Sahraoui qui est également directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International: « On constate que si vous êtes un migrant d’Afrique sub-saharienne vous êtes discriminé, tout le long, par le système de justice pénale. Vous n’avez pas accès à un traducteur, vous ne comprenez pas la procédure à laquelle vous êtes soumis, vous êtes condamné au terme de procès sommaires. Et vous pouvez être envoyé, tout d’un coup, à des endroits où vous risquez d’être torturé, sans aucune garantie. Les autorités ferment l’œil et endossent de tels comportements ».

En 2009, 50% des condamnés à mort étaient des ressortissants étrangers, selon une confidence du directeur générale de la police judiciaire libyenne à Amnesty International, dont le siège est à Londres. L’organisation affirme également que la réintégration de la Libye dans le concert des nations - notamment après la normalisation de ses relations avec les Etats-Unis en 2006 - n’a pas été accompagnée d’avancées significatives dans le domaine des libertés.