La fièvre du cinquantenaire de l'indépendance s'empare de Kinshasa


© © Katrina Manson/Reuters

Kinshasa revêt sa plus belle robe, à l’approche du 30 juin, date à laquelle la république démocratique du Congo (RDC) commémore le cinquantenaire de son indépendance. Sur les principales artères de la ville, c’est la fièvre. Jour et nuit, les rues sont balayées, les caniveaux curés et l’éclairage public réapparaît dans certains coins où il avait disparu depuis des lustres. La précipitation dans laquelle les travaux sont exécutés traduit la volonté de donner la meilleure image de la ville pour le jour de la fête.

Une chasse aux enfants des rues est lancée depuis plusieurs semaines. Les vendeurs ambulants et autres débrouillards tenanciers de petites échoppes doivent déguerpir des grandes artères. La vente d’eau en sachet est interdite, pour réduire la quantité de sacs plastique qui tapissent habituellement la ville. L’autorité urbaine a même instauré ce qu’on appelle ici «courtoisie». Cette mesure temporaire interdit aux agents de la police de verbaliser les conducteurs.

Longtemps surnommée Kinshasa-la-poubelle, la capitale congolaise tend à renouer avec son appellation d’antan. Enfouie pendant des décennies sous des montagnes d’ordures, Kinshasa-la-belle refait surface. Cette transformation alimente les conversations dans le transport en commun et dans les bars de la ville.

Pour la première fois, les utilisateurs de la route de la Libération auront une idée précise de leur ligne de conduite. La signalisation au sol a été peinte pour le cinquantenaire de l'indépendance. © © Cédric Kalonji

«Pourquoi les travaux n’ont-ils pas débuté plus tôt ? Faut-il à chaque fois attendre les grandes occasions pour penser à réhabiliter les infrastructures ?» interroge un conducteur de taxi-bus, bloqué dans les embouteillages occasionnés par les travaux. «C’est l’illustration même de l’hospitalité légendaire du père africain qui organise un festin pour ses hôtes alors que ses propres enfants meurent de faim», ironise l’un des passagers.

Fêter ou ne pas fêter l’indépendance ? La question divise. Le Mouvement de libération du Congo (MLC), parti de l’opposant Jean-Pierre Bemba refuse de participer aux festivités, en réaction à l’assassinat du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya.

François Mwamba, secrétaire général de ce parti justifie cette décision par le besoin de protester contre l’insécurité grandissante dans le pays. Plutôt que de faire la fête, le MLC appelle la population congolaise à méditer sur la situation du pays.

«Sous le règne de Mobutu, la commémoration de l’indépendance était occultée par la date du 20 mai pour l’anniversaire du parti unique MPR et celle du 24 novembre pour la prise de pouvoir du président Mobutu», estime pour sa part le professeur Yoka Lye Mudaba, auteur et écrivain. «Il est important de commémorer le jubilé d’or de l’indépendance de la RDC mais au regard du bilan contrasté de ces 50 dernières années, il faut tirer les leçons des échecs, afin de ne pas commettre les mêmes erreurs dans le futur. Pour fêter, il faut avoir de l’argent, mais la réflexion peut se faire même les poches vides», ajoute-t-il.

Grogne sociale et menaces de boycott

Un mouvement de grève touche depuis plusieurs semaines les ministères des Affaires foncières, Justice, Intérieur, Culture et Arts, Environnement, Recherche Scientifique, Développement rural, Agriculture,… C’est presque toute l’administration qui se retrouve ainsi bloquée.

Les fonctionnaires menacent de boycotter les festivités du 30 juin si leurs revendications ne sont pas prises en compte par le gouvernement. Ils réclament la mise en application du nouveau barème salarial qui prévoit que le salaire minimum dans la fonction publique soit fixé à 93 600 francs congolais (100$ US).

Tension perceptible à l’approche du 30 juin

Des mesures exceptionnelles de sécurité ont été mises en place. Plusieurs éléments des forces armées prennent position dans la capitale ainsi que dans les principales villes du pays. Des patrouilles de la police sont visibles. Sur le boulevard Lumumba qui conduit de l’aéroport au centre-ville, sur le boulevard triomphal qui servira de cadre au défilé officiel et sur celui du 30 juin, artère principale du centre-ville, ouvriers chinois et congolais travaillent sans relâche.

© © Cédric Kalonji

La ville qui va accueillir plusieurs délégations étrangères doit afficher une bonne mine et tout doit être prêt avant le 30 juin. Certains Kinois parlent volontiers de «routes du roi», faisant allusion au fait que les seules artères réfectionnées sont celles qu’emprunteront le roi des Belges et les autres invités, le jour de la cérémonie officielle.

Une chose est sûre, la bière coulera à flots le 30 juin. Les Congolais danseront au rythme endiablé de la rumba que servent les grands orchestres du pays. Mais une question revient sur toutes les lèvres : les travaux d’embellissement entrepris iront-ils au delà de la fête ?