L'Afrique a paradé sur les Champs-Elysées


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Le défilé militaire du 14-Juillet sur les Champs-Elysées à Paris s'est achevé à midi, heure française. A l'occasion de sa fête nationale, la France a invité des pays d'Afrique francophone qui célèbrent cette année le cinquantenaire de leur indépendance. Des soldats de 13 armées africaines, du Bénin au Cameroun, en passant par le Tchad et le Gabon, ont descendu les Champs-Elysées. Douze chefs d'Etats africains ont assisté à la cérémonie. Cérémonie qui a fait l'objet d'une vive polémique ces dernières semaines.

Officiellement, Paris souhaite montrer sa reconnaissance envers les soldats des anciennes colonies qui se sont battus pour la France... D'ailleurs Nicolas Sarkozy a annoncé mardi 13 juillet la réévaluation des pensions de retraite de ces anciens combattants. Elles seront au même niveau que celles des Français. Mais pour certains, l'ancienne puissance tutélaire fêtant les indépendances de ses ex-colonies, c'est un symbole embarrassant, comme l'explique Pierre Kipré, ambassadeur de Côte d'Ivoire à Paris. «C'est notre anniversaire. Nous le fêtons à la maison ! Chez nous ! Nous ne voyons pas bien les raisons profondes de cette volonté de fêter le cinquantenaire d'états indépendants en France. C'est une initiative très ambigüe. Pourquoi est-ce uniquement un groupe de pays, surtout après qu'il y a eu ce sommet Afrique-France où il y avait tous les Etats africains. Si c'est la francophonie qu'on fête, qu'on nous le dise. Mais la francophonie n'a pas 50 ans.»

La contestation se retrouve également dans la société civile

Contre la politique française en Afrique, bal anticolonial à Paris - Reportage d'Anne Pinczon du Sel -
16-10-2013 - Par RFI

Quelque 75 organisations françaises et africaines ont fait campagne contre ce défilé. En plein tour de France, elles ont organisé une course cycliste contre la «Françafrique» entre Paris et Lyon, une manifestation et même un bal mardi soir. Ces ONG accusent Paris d'avoir invité des criminels de guerre et d'entretenir le réseau de la «Françafrique». Patrick Farbiaz, membre du réseau Sortir du colonialisme, critique l’initiative présidentielle : «Ce qui se passe le 14 juillet est un défilé de la honte. Parce que défilent et regardent dans les tribunes, des gens qui ont participé à des massacres. Ce qui est intéressant dans le cas du Congo-Brazzaville, c'est qu'il ne s'agit même pas de troupes, mais des milices Cobra qui ont sauvé le régime de Sassou Nguesso en 1997. Ce sont aussi les troupes tchadiennes, où il y a des milliers d'enfants-soldats, ce sont aussi les troupes togolaises qui en 2005 ont participé à l'arrivée au pouvoir de Faure Gnassimbé et qui ont massacré plus de 500 personnes, etc, etc. C'est absolument intolérable.»

Mardi 13 juillet, Nicolas Sarkozy a invité les chefs d'Etats africains à un déjeuner de travail à l'Elysée. Le président de la République a répondu aux accusations de néocolonialisme : «D'aucuns ont critiqué la proposition que je vous ai faite de nous réunir aujourd'hui. Ils ont cru y déceler l'expression d'une nostalgie coloniale. Ou encore la tentation pour la France de s'approprier la célébration de vos indépendances. C'est un contresens absolu. Et c'est bien mal me connaître que de penser que je puisse être inspiré par un quelconque sentiment de nostalgie envers une période dont j'ai -plus d'une fois- souligné l'injustice et les erreurs. L'objet de cette rencontre c'est de souligner la force des liens que l'histoire a tissé entre nos peuples. Et la force de cette rencontre c'est de construire l'avenir ensemble.»

Jean-Marie Ehouzou lui, ne nie pas le passé parfois douloureux entre la France et ses partenaires. Mais selon le ministre béninois des Affaires étrangères, il ne faut plus regarder en arrière : «Il ne faut pas toujours regarder dans le rétroviseur quant à nos relations avec la France. L'histoire nous lie c'est vrai. C'est un passé commun qui a eu des hauts et des bas, et surtout des bas, il faut le reconnaître. Mais maintenant nous sommes 50 ans après. Il faut aller de l'avant. Aujourd'hui qu'est ce que le Bénin, le Congo, le Togo offrent à nos populations pour que leur sort puisse changer ?»

Autre polémique en cours, celle du cas ivoirien

Les «voeux les plus sincères »du président de la Haute autorité de transition malgache à Nicolas Sarkozy
16-10-2013 - Par Grégoire Pourtier

Il y a eu deux absents au défilé. D'abord le numéro un malgache. Andry Radjoelina, qui, toujours sous le coup de sanctions, n'a pas été convié. Pourtant, un contingent de l'armée de la Grande île était bien là et a descendu les Champs-Elysées.

Concernant la Côte d'Ivoire, le président Laurent Gbagbo, a lui bien été invité, mais il a refusé de venir. A la place il a envoyé son ministre de la Défense. La raison est surtout politique. Les relations entre Paris et Abidjan sont compliquées depuis la guerre civile. Les événements de septembre 2002 et novembre 2004, le bombardement du camp de Bouaké, la destruction de l'aviation ivoirienne et la fusillade de l'hôtel Ivoire... un lourd passif et comme l’explique Pierre Kipré, ambassadeur de Côte d'Ivoire en France, il faut en quelque sorte crever l'abcès : «Un grand pays démocratique ferme les yeux sur un coup d'Etat. Et la France prend sur elle de tirer sur des manifestants, de détruire toute l'aviation ivoirienne, et on fait comme si de rien n'était ! Il faut que le dossier soit ouvert, qu'on se dise un certain nombre de choses et à ce moment-là, les esprits se seront totalement apaisés de part et d'autres.»

Il était peut-être logique, compte-tenu de ce passif,  que les armées ivoiriennes et françaises ne défilent pas côte à côte ce 14-Juillet...