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CulturesFrance devient « L’Institut français » et la culture s’élargit

Sous les dorures du Quai d’Orsay est né ce 21 juillet « L’Institut français », la nouvelle marque unique de la France pour promouvoir la culture française dans le monde. « Tout a changé. Nous ne sommes plus les rois du monde… Tout le monde pensait qu’une démarche novatrice devrait être entamée », a déclaré Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères. A partir de janvier 2011, CulturesFrance sera remplacé par « L’Institut français », un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) qui rassemblera les 140 établissements culturels français à l’étranger et se rapprochera sous forme de convention avec les 1 016 Alliances françaises dans 135 pays. L’action culturelle extérieure de la France représente chaque année 50 000 manifestations culturelles avec 5 000 artistes, auteurs et professionnels de la culture dans 150 pays.
A première vue, c’est juste le nom qui change par cette loi du 12 juillet 2010 : CulturesFrance devient « L’Institut français ». Mais à la fin de la présentation à la presse, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, évoque les véritables enjeux de cette réorganisation spectaculaire sous le toit commun des ministères des Affaires étrangères et de la Culture. M. Mitterrand admet ne plus être hanté par une hégémonie culturelle américaine : « Nous sommes dans un grand basculement du monde maintenant. La grande question c’est de savoir : entre la Chine et l’Inde qui se parlent, où se trouve la place de la France ? »
« Vendre » la culture ?
Dans le Conseil d’Administration de l’Institut français, dirigé par l’ancien ministre Xavier Darcos, le ministère de la Culture disposera de plusieurs membres. Jusqu’à maintenant, le ministère n’avait pratiquement aucun pouvoir statutaire sur la politique culturelle à l’extérieur de la France. CulturesFrance fut une association régie par la loi de 1901 et les Alliances françaises sont des associations privées de droit local. L’Institut français agira comme un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), mais sans « vendre » la culture, a répondu Bernard Kouchner face aux craintes exprimées : « Arrêtez cette critique permanente : ‘Nous vendons la culture’. Il y a longtemps que cette culture est soutenue par les entreprises et par les entreprises culturelles. Heureusement. Nous ne pouvons pas non plus nous contenter de contempler ce qui se passe en Allemagne, en Espagne, en Grande Bretagne ou en Chine. Bien sûr il faut marier ces deux soutiens. Un établissement public est plus public qu’une association régie par la loi de 1901. »
100 millions d’euros supplémentaires pour 10 grands objectifs
Le statut d’EPIC permettra de lever plus facilement des financements privés et l’Institut français bénéficiera des crédits budgétaires supplémentaires de 100 millions d’euros sur cinq ans, obtenus par le ministre des Affaires étrangères. En échange, l’Institut français promet une action culturelle élargie. Parmi les « 10 grands objectifs » se trouvent notamment : « 1. accroître la part qu’occupent les productions françaises sur les scènes artistiques et sur le marché des industries culturelles à l’étranger. 2. renforcer la présence française dans le paysage audiovisuel mondial. 3. promouvoir la diversité culturelle, en particulier au bénéfice des pays en développement. 4. diffuser la langue française. »
Le ministre des Affaires étrangères s’est montré particulièrement fier concernant l’importance sur le plan international du nouvel Institut français : « Notre budget culturel représente 350 millions d’euros. C’est beaucoup plus que les Instituts espagnols Cervantes ou les Instituts allemands Goethe. C’est moins que le British Council, mais le British Council n’a pas la prétention d’avoir cette proposition multiculturelle. »
Quelles priorités géographiques ?
« Il y a des endroits qui sont excessivement bien fournis. » Malgré la sortie de Bernard Kouchner, les ministres sont restés extrêmement vagues concernant le redéploiement des centres culturels et des effectifs. Dans le chapitre « priorités géographique » apparaît « l’Europe » en premier (« consolider la place de notre pays… en participant à la formation des élites »), suivis par « Le G20 » (exercer « une influence politique forte… promouvoir notre langue »), « L’Afrique et les pays en développement de la francophonie » (« venir en appui au développement des expressions culturelles ») et « La Méditerranée » (« approfondir le dialogue des cultures »). En même temps le ministre des Affaires étrangères a souligné qu’il ne s’agissait nullement d’une hiérarchie. « Il n’est pas question de donner un ordre prioritaire. Les choix stratégiques seront faits sur nos propositions par l’Agence. »
Quel rôle en Afrique ?
L’Afrique, quel rôle va-t-elle jouer dans ce nouvel dispositif ? « Les cultures émergentes font parties de mes priorités », dit le ministre de la Culture. Le monde africain est d’une richesse de création considérable et souvent, malheureusement, d’une très grande pauvreté matérielle. On a assisté depuis 15 ans à une quasi disparition du cinéma africain. Ce sont ce genre de mesures, ce genre de politiques qu'il nous conviendra de mener. »
Le ministre de la culture a insisté sur « l’importance inédite » et le « rôle décisif » de la culture. Celui qui voit une certaine contradiction avec les réductions budgétaires annoncées par l’Elysée et le Premier ministre François Fillon (« De tous les budgets de l'Etat, le seul qui ne soit pas soumis à la rigueur, c'est celui de l'enseignement supérieur et de la recherche ».) est renvoyé par Frédéric Mitterrand : « Il n’y a pas de diminution du budget de la culture. Les arbitrages qui sont actuellement rendus ne vont pas dans ce sens là. Pour l’instant, il n’en est pas question. »
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Lire aussi : « Vers une réforme de l'action culturelle française à l'étranger » par Thierry Perret (RFI, 23/07/2009)

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Commentaires (4)
Après les effets d'annonce habituels : Quoi et comment ?
Je ne suis pas sur que la centralisation soit le meilleur moyen d'élargir l'audience de la langue française et de la culture qu'elle est supposée transporter avec elle. Ce qui est évident c'est que sur ce site il n'est pas possible d'informer "ceux d'en haut" simplement de ce qui se passe dans la réalité quotidienne.
Que cet "EPIC" commence donc par ouvrir une boite aux lettres dans laquelle "ceux d'en bas" pourront déposer humblement des informations et suggestions.
Une suggestion générale : le français n'appartient plus à la France, heureusement, les belges, suisses, québécois, pays d'Afrique et, encore pour peu de temps, du proche orient l'utilise souvent mieux. Il ne faudrait pas l'oublier. Enfin la "littérature" n'est pas l'unique objet de l'emploi du français, le droit, la Science et la technique s'y expriment excellemment, encore faudrait-il que "ceux d'en haut" le sachent.
Bon travail, il ya de quoi faire.
contribution
Bonjour je pense que la politique culturelle de la France doit s'appuyer d'avantage sur l'expertise des acteurs culturels qui ont des affinités et une histoire commune mais surtout une cohabitation pacifique avec la France.En Afrique ce ne sont pas les élites mais les citoyens issus des anciennes villes coloniales qui peuvent promouvoir la politique culturelle de la France pour son rayonnement dans le monde
Alioune gueye
mail cqkeurysouf1@yahoo.fr
président du comité de sauvegarde du patrimoine architectural et culturel du vieux Rufisque
Un exemple d'action concrète
Voilà un bel exemple d'action concrète. Je suis en accord avec la remarque " ce ne sont pas les élites mais les citoyens"; oui, ce sont "ceux d'en bas" qui travaillent dans la réalité : déjà simplement écouter ce qu'ils font et leur demander comment ils le font.
Bravo pour votre action.
les héritages de Poivre d'Arvor
Nous attendons avec impatience que Darcos puisse hausser les couleurs de la politique culturelle française. Olivier Poivre d'Arvor a quand même laissé ses marques . Sa compagne Tilla Rudel bénéficie d'une aide à l'écriture de Cultures france avec le concours du Centre national du Livre. Gageons que c'est un dernier privilège !
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