Le scandale d’ICC Services continue de secouer la classe politique béninoise


©

Dans une lettre adressée au président du Parlement, -qui doit lui être remise mardi en séance pléniaire à l'Assemblée-, une majorité de députés, de l’opposition mais aussi de la branche dissidente de la mouvance présidentielle, demandent que le chef de l’Etat soit traduit devant la Haute cour de justice pour «forfaiture et parjure». Le président Boni Yayi lui-même est maintenant mis en cause dans le scandale ICC Services. Explications.

A en croire les députés béninois signataires de cette lettre, le chef de l’Etat Yayi Boni aurait favorisé les activités de ICC Services, et ce en dépit d’un avertissement de la BCEAO émis depuis août 2009. «Le président a laissé l’entreprise fonctionner en toute illégalité, au vu et au su de tout le monde, c’est un scandale», a déclaré à RFI le député Janvier Yahouédéhou, initiateur de la motion de défiance.

Du côté de la mouvance présidentielle, on dénonce une cabale. Benoît Dègla, porte-parole de la coalition FCDE (Forces Citoyennes pour le Développement et l’ Emergence) accuse les initiateurs de la motion : « il y a une affaire ICC qui est une affaire privée, entre Béninois, une vaste affaire d’escroquerie. Le chef de l’Etat se bat pour que la lumière soit faite…il s’est séparé de certains de ses collaborateurs et a laissé la justice faire son travail ; au moment où nous parlons, des parents et collègues à lui sont détenus à la prison civile de Cotonou, d’anciens ministres… jeter l’opprobre sur le chef de l’Etat, sur notre pays, ce n’est pas à leur honneur en tant que députés».

La lettre sera remise mardi 3 août 2010 au président du Parlement, ce lundi étant férié en raison de la célébration du Cinquantenaire de l’indépendance.

ICC-Services, à l'origine du scandale

ICC Services (Investment consultancy and computering services) est enregistré en 2006 sous le régime d’une association à but non lucratif. Cette ONG a financé, entre autres choses, la construction de plusieurs centres de santé ou financé le forage de puits, avant de se lancer, de façon illégale dans la collecte et la rémunération d’épargne.

A la nouvelle qu'elle pratiquait des taux d’intérêt de 200 %, son activité, d’abord limitée aux seuls fidèles d’une église, a pris une envergure nationale. Près d’un million de Béninois y ont souscrit. Seulement les placements en ligne, qui devaient générer des fonds, n’étaient que mirages. Les premiers épargnants étaient payés par les dépôts des suivants.

Les fonds, manipulés de façon irrégulière, ont conduit ICC Services à la cessation de paiement pour un sinistre estimé à près de 100 milliards de franc CFA. Des milliers de famille se retrouvent maintenant en situation de détresse.

Pour l’opposition, le gouvernement est coupable de complicité pour avoir accepté des dons et protégé les responsables de ICC Services et pour n’avoir pas assez rapidement réagi aux mises en garde des banques régulièrement installées et de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest.