Côte d'Ivoire: les grandes dates de l'histoire politique


© (CC) Thomatton/Flickr

L'histoire de la Côte d'Ivoire se confond avec celle du père de l'indépendance, Félix Houphouët-Boigny. Mais le «miracle ivoirien» a mal tourné. Retour sur l'histoire mouvementée de ce pays phare de l'Afrique francophone en quelques dates. 

 1944: Félix Houphouët-Boigny crée un syndicat de fermiers qui deviendra  en 1946 la section ivoirienne du Rassemblement démocratique africain, Parti démocratique de Côte d'Ivoire

11 avril 1946: Vote en France de la loi abolissant le travail forcé dans les colonies, promue par Félix Houphouët-Boigny, l'un des députés représentant l'Afrique occidentale française (AOF) à la chambre des députés française. 
 
1er février 1956: Houphouët-Boigny devient ministre délégué à la présidence du Conseil. Membre du gouvernement français jusqu’en janvier 1959, il participera à la rédaction de la constitution de la cinquième République française. 
 

7 août 1960
16-10-2013

7 août 1960: Proclamation de l'indépendance de la République de Côte d'Ivoire. Le 27 novembre suivant, Félix Houphouët-Boigny est élu président de la République. Il le sera à nouveau six fois de suite en 1965, 1970, 1975, 1980, 1985 et 1990. Il instaure un régime de parti unique. En 1961, la France et la Côte d'Ivoire signent un accord de défense, qui sera complété par la suite.
 
1970: Répression d'un soulèvement au sein de l’ethnie Bété dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, mené par Kragbé Gnagbé, fondateur d’un éphémère parti d’opposition. Il est arrêté puis porté disparu.
 
1980 : Philippe Yacé, jusque-là considéré comme le dauphin d’Houphouët-Boigny, tombe en disgrâce. Il cède la présidence de l’Assemblée nationale, qui faisait de lui le successeur constitutionnel du chef de l’Etat, à Henri Konan Bédié. 
 
1982: Des manifestations étudiantes entraînent la fermeture de l'Université et des grandes écoles. Le leader de la contestation, Laurent Gbagbo, pose les bases du Front populaire ivoirien (FPI),  principal adversaire du PDCI, puis s'exile en France. Il ne rentrera en Côte d’Ivoire qu’en 1988.
 
1983: le 21 mars, Yamoussoukro, bourgade natale du chef de l'Etat ivoirien, dans le centre du pays, devient la capitale politique de la Côte d'Ivoire. Félix

des bergers font paître leurs troupeaux, le 10 février, au bord du lac qui sépare la basilique Notre Dame de la Paix et le quartier populaire de Dioulabougou de Yamoussoukro. © AFP / ISSOUF SANOGO

Houphouët-Boigny y construira ensuite la gigantesque Basilique Notre-Dame de la Paix, inspirée de Saint-Pierre de Rome, achevée en 1989.
 
1990: La Côte d'Ivoire connaît une série inédite de manifestations contre les mesures d’austérité économique et le régime de parti unique. En mai, Félix Houphouët-Boigny décide finalement d'instaurer le multipartisme. 14 nouvelles formations sont officialisées. Le 28 octobre suivant, il remporte la présidentielle avec 82% des voix face à Laurent Gbagbo. Aux législatives de novembre, le PDCI remporte 163 sièges, le FPI 9, le PIT (Parti ivoirien du travail) de Francis Wodié 1, deux sièges reviennent à des candidats indépendants. En novembre, Alassane Ouattara, gouverneur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), est nommé Premier ministre.
 
Février 1992: Arrestation de Laurent Gbabgbo, à la suite d’une manifestation anti-gouvernementale. Le 6 mars, il est condamné à deux ans de prison.
 
7 décembre 1993: Décès de Félix Houphouët-Boigny. Le même jour, Henri Konan Bédié, président de l’Assemblée nationale, annonce qu’il assume désormais les fonctions de président de la République, conformément à la constitution. Dans un premier temps, Alassane Ouattara s’oppose à cette succession, mais il démissionne deux jours plus tard, après que la France a reconnu la légitimité d’Henri Konan Bédié.
 
Octobre 1995: L’élection présidentielle se tient sans Laurent Gbagbo, du FPI, et Alassane Ouattara, qui vient de fonder un nouveau parti, le Rassemblement des républicains (RDR). Réunies au sein d’un Front républicain, les deux formations appellent au boycott actif, notamment en raison des conditions d’éligibilité (être né de parents ivoiriens et avoir résidé en Côte d’Ivoire sans discontinuer 5 ans avant le scrutin) qui excluent de facto l’ancien Premier ministre de la course à la magistrature suprême.
 

Le général Robert Gueï, le 24 décembre 2010, au siège de la radio nationale. «Nous sommes venus pour balayer la maison», affirme-t-il. © AFP

23 décembre 1999: une mutinerie éclate au sein de l’armée ivoirienne et se transforme en coup d’Etat. Le lendemain, le général Robert Gueï, un ancien chef d’état-major des armées en disgrâce, annonce la formation d’un Comité national de salut public. Il promet de mettre fin à la corruption et assure n’avoir aucune ambition politique. Henri Konan Bédié fuit le pays.
 
22 octobre 2000: Contrairement à ses engagements, Robert Gueï se présente à la présidentielle. Son seul véritable challenger est Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara ayant été empêchés de se présenter, en vertu d’une nouvelle constitution adoptée par référendum en juillet. Le lendemain du scrutin, le général suspend le décompte des résultats et s’autoproclame vainqueur. Les 24 et 25 octobre, des dizaines de milliers de manifestants envahissent le centre d’Abidjan, à l’appel de Laurent Gbagbo, qui finit par obtenir le ralliement de l’armée et de la gendarmerie. Le leader du FPI est déclaré vainqueur avec 59,4% des suffrages mais une très faible participation. Le 10 décembre suivant, les élections législatives (et les scrutins partiels de janvier 2001) se tiennent sans le RDR qui proteste contre la nouvelle exclusion d’Alassane Ouattara. Le FPI remporte 96 sièges, le PDCI-RDA 94, des dissidents du RDR 5.
 
19 septembre 2002: Une tentative de coup d’Etat, alors que le président Gbagbo est en déplacement à l’étranger, dégénère en soulèvement armé. Le général Gueï et le ministre de l’Intérieur Emile Boga Doudou sont tués à Abidjan. Les villes de Korhogo, dans le nord, et Bouaké, dans le centre, tombent aux mains des rebelles, pour majorité des militaires originaires du nord du pays. Regroupés au sein du Mouvement patriotique de la Côte d’Ivoire (MPCI), ils réclament le départ de Laurent Gbagbo, la tenue de nouvelles

Le sergent Kone Massemba (au centre) un des chefs rebelles Ivoiriens, pose avec ses soldats le 6 octobre 2002 à Korhogo, ville au nord du pays et sous contrôle rebelles. © AFP / Philippe Desmazes

élections et se posent en défenseurs des ressortissants du nord du pays ou originaires des Etats limitrophes victimes de discriminations depuis la présidence d' Henri Konan Bédié au nom de «l'ivoirité». De leur côté, les partisans du président ivoirien accusent Alassane Ouattara et des pays voisins, dont le Burkina Faso, de soutenir les rebelles. Malgré les demandes du gouvernement de faire jouer les accords de défense, la France se limite d’abord à évacuer les ressortissants étrangers, puis à faire respecter la ligne de démarcation entre la zone nord, contrôlée par les rebelles, et la zone sud, contrôlée par les forces gouvernementales. La Côte d’Ivoire est coupée en deux.
 
15 au 26 janvier 2003: A l’initiative de la France, l’ensemble des parties au conflit se retrouvent à Marcoussis, près de Paris, pour des négociations. Elles aboutissent à un accord qui prévoit le maintien de Laurent Gbagbo et l’entrée au gouvernement du MPCI qui obtient les postes clé de l’Intérieur et de la Défense. Cette disposition suscite la colère des partisans du président ivoirien. Dans les jours qui suivent, de vastes manifestations hostiles à la France et aux accords de Marcoussis éclatent à Abidjan. Dans le même temps, l’ONU autorise le déploiement d’une force par la France et la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) qui deviendra par la suite l'ONUCI, Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire. Un gouvernement sera finalement formé en mars, dirigé par Seydou Diarra, mais les postes de la Défense et de l’Intérieur sont confiés à titre intérimaire à des personnalités non issues de la rébellion.
 

Jean Hélène, correspondant de RFI à Abidjan, en 2003.

21 octobre 2003: Jean Hélène, correspondant de Radio France Internationale, est abattu par un policier à Abidjan. Le 16 avril 2004, le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer  disparait. L'entourage du président Gbabgbo est mis en cause par la justice française.
 
4 au 8 novembre 2004: L'armée gouvernementale lance une offensive pour reprendre Bouaké, "capitale" de la zone nord. Le 6 novembre lors d'un raid de l'aviation ivoirienne 9 soldats français sont tués et 34 sont blessés. En réaction, l'armée française détruit tous les aéronefs ivoiriens, suscitant de violentes manifestations anti-françaises. A Abidjan, l’armée française tire sur des manifestants faisant une vingtaine de  morts,  selon Paris, 57 selon les autorités ivoiriennes.  Dans les jours qui suivent plus de 8000 français sont évacués de Côte d'Ivoire.
 
4 décembre 2005: Le gouverneur de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO), Charles Konan Banny, est nommé Premier ministre, en remplacement de Seydou Elimane Diarra.
 
29 mars 2007: Après la signature de l'accord de Ouagadougou entre le gouvernement et

Un mois après l'accord interivoirien de Ouagadougou, le président Laurent Gbagbo a officiellement nommé samedi un nouveau gouvernement d'union dirigé par Guillaume Soro, chef politique des ex-rebelles des Forces nouvelles. © (Photo : AFP)

les rebelles, le président Gbagbo nomme Guillaume Soro, secrétaire général des Forces nouvelles (ex-rebelles) au poste de Premier ministre, en remplacement de Charles Konan Banny. Cette cohabitation inédite entre les deux adversaires est censée permettre l'accélération du désarmement et la tenue d'une élection présidentielle, sans cesse repoussée. Elle le sera encore à plusieurs reprises, le camp présidentiel et l'opposition se rejetant mutuellement la responsabilité.
 
5 août 2010 : l’élection présidentielle est finalement fixée au 31 octobre 2010.
 
 
 

Dossier spécial 50 ans des indépendances africaines
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